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Le p’tit maudit kangourou!

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Si vous regardez le moindrement la télé ces jours-ci, vous êtes sûrement tombés sur la pub du shiraz Wallaroo Trail, le fameux vin australien à l’étiquette jaune arborant un petit kangourou.

«Écoute, on goûte toute la richesse australienne. Des arômes de cerise noire, de mûre, de poivre. Pour de vrai! Je ne sais pas combien ça a pu y coûter. Je sais pas?!» La faute à Giroux, me direz-vous!

C’est vrai qu’à moins de 11 $ la bouteille de 750 ml, ce n’est pas cher du tout. Selon les chiffres que j’ai pu trouver, il s’en vend environ 2 millions de bouteilles par année, et ce, juste au Québec. Deux millions! Le vin fait d’ailleurs partie du Top 5 des meilleurs vendeurs de la SAQ depuis plusieurs années.

La question qui tue, maintenant. Est-ce que c’est bon?

Si on s’en tient strictement au goût, on peut dire que c’est un vin généreux qui donne l’impression d’être riche, pulpeux, avec pratiquement pas de sensation tannique et une acidité basse. Un vin Pamela Anderson dans ses belles années. Ça passe comme du gâteau blanc d’épicerie à une fête d’enfants.

Sauf qu’en creusant un peu, on apprend que c’est un vin en vrac. Ça arrive par bateau dans d’immenses conteneurs de plastique avant d’être «usiné» en bouteille ici, au Québec. C’est bourré de sucre résiduel (11 g/L) et «shooté» de produits de synthèse. C’est un vin qui n’existe pas en Australie. Comme la plupart des vins importés en vrac, l’étiquette et le marketing ont été développés pour charmer les consommateurs d’ici en misant sur leur dent sucrée. Autrement dit, Giroux aurait pu lui ramener un deux litres de Coca-Cola, le gars de la pub n’aurait presque pas fait la différence.

Je ne vais pas me faire d’ami auprès de l’agence qui importe ce produit de consommation de masse, mais s’il fallait que le Québec accepte enfin de forcer les producteurs/importateurs à indiquer en contre-étiquette les ingrédients contenus dans leurs vins, je pense que vous y penseriez deux fois avant d’en mettre deux bouteilles dans votre panier.

Ma montée de lait sur les vignerons ayatollahs la semaine dernière sur notre blogue Les Méchants Raisins a suscité beaucoup de réactions. On m’a notamment accusé d’attiser le mépris, tant du côté des pro-naturels que de celui des straights. Une chose demeure: tout le monde s’entend pour dire que le vin devrait rester du vin. On ne parle pas ici de mettre ou pas quelques grammes de soufre à la mise en bouteille. Ni d’enfouir dans la terre des cornes de bœuf remplies de bouse de vache ou de sortir à la pleine lune pour vaporiser des tisanes d’ortie sur les vignes. On ne parle même pas de bio. Mais au moins, chers importateurs, assurez-vous que vos vins sont le moindrement «propres». Bannissez ceux qui utilisent du désherbant à base de glyphosate. Évitez les vins aux levures modifiées ou qui sont bourrés de produits qui permettent d’ajuster les tanins. On veut juste du jus de raisin fermenté. Du travail honnête, pur et simple. Du vin fait dans le respect de la terre, du fruit et, surtout, du consommateur.

La prochaine fois, au lieu d’en prendre deux bouteilles comme le suggère la fin de la pub, sortez de votre zone de confort, pointez le nez dans l’inconnu et essayez au moins de prendre un vin que ne vous ne connaissez pas, histoire de comparer. En voici trois qui devraient vous convaincre que le vin, ce n’est pas une boisson gazeuse.

Buvez moins. Buvez mieux.

vin plaisir

Pour offrir ou se faire plaisir

Cosse Maisonneuve, La Fage 2011, Cahors

★★★ ½ | $$$$ 

Photo courtoisie

Oubliez les Cahors puissants et rustiques qui égratignent le palais. Matthieu Cosse et Catherine Maisonneuve produisent parmi les meilleurs vins de cette jolie région du Sud-Ouest. Les cuvées du domaine sont déterminées par la spécificité des sols. Les pieds de malbec utilisés pour faire ce La Fage poussent dans des sols argilograveleux. Pas besoin de vous dire que tout est bio et biodynamie. On devine un rouge profondément coloré. Tonalités florales et d’anis. C’est ample, avec de la concentration et un grain de tanins soyeux. Finale soutenue évoquant la menthe poivrée. Élégance, authenticité en plus d’être remarquablement digeste.

13 % Pays | Vin rouge | 26,50 $

CODE SAQ : 10783491

L’aubaine

Coop. San Marcos, Campobarro Tempranillo 2014

★★★ ½ | $$$ ½

Ribera del Guadiana: Beaucoup de couleur. Bonne définition au nez: confiture de fruits noirs, encens, figue, réglisse, pruneau. Riche, plein, juteux, avec un côté velouté et des tanins assez arrondis. C’est un peu plus rustique que du Wallaroo Trail, mais pour le même prix, on trouve ici une impression d’authenticité et une buvabilité qui en font un vin nettement plus intéressant!

13,5 % Espagne | Vin rouge | 11,10 $ | 2,5 g/L

CODE SAQ : 10357994

Le vin hommage

Hugel, Gentil 2014

★★ ½ | $$

Alsace: J’ai été dévasté en apprenant la disparition subite et tragique d’Étienne Hugel, 57 ans, un homme que j’aimais beaucoup. Le monde du vin perd un grand ambassadeur. Étienne s’est promené partout sur la planète pour éduquer les amateurs à la beauté de l’Alsace. De tous les vins, cette cuvée Gentil est certainement celle qu’il aimait le plus, parce qu’à la fois simple, accessible et représentative de la qualité des vins de chez lui. Le 2014 n’a jamais été aussi bon. Un assemblage des six cépages emblématiques de l’appellation: muscat, gewurztraminer, riesling, pinot gris, sylvaner et pinot blanc. Exotique, nourri, énergique et d’une grande sapidité. Tu vas nous manquer!

12,5 % France | Vin blanc | 17,95 $ | 3,8 g/L

CODE SAQ : 367284

Correct

★★ Bon

★★★ Très bon

★★★★ Excellent

★★★★★ Exceptionnel

Plus d’étoiles que de dollars: vaut largement son prix.

Autant d’étoiles que de dollars: vaut son prix.

Moins d’étoiles que de dollars: le vin est cher.

www.saq.com