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Cancer: vivre quand on survit

Cancer won't beat me!
Photo Fotolia Pas moins de 64 % des personnes atteintes du cancer survivent maintenant à leur maladie.

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En 2016, le cancer fait malheureusement partie de la vie. Nous avons tous plein de visages en tête. Au moment où s’achève à Montréal la Conférence annuelle pour vaincre le cancer, une donnée doit ouvrir de toute urgence un nouveau champ de réflexion: 64 % des personnes atteintes du cancer survivent maintenant.

Il s’agit d’une bonne nouvelle, qui est le fruit d’efforts de la recherche médicale et pharmacologique qui doivent continuer. Cette bonne nouvelle amène avec elle un énorme défi que nous avons encore mal saisi. Chaque année, des milliers et des milliers de Québécois voudront reprendre leur vie dite normale avec ce statut de survivants.

Parmi eux, un très grand nombre ne sont pas des personnes âgées ou retraitées. Des adultes dans la fleur de l’âge voudront reprendre leurs activités professionnelles, gagner correctement leur vie et être traités comme des citoyens actifs.

Des enfants

Parmi eux se trouvent aussi des enfants ayant surmonté l’horreur de la maladie en bas âge. Chez les enfants canadiens, le taux de survie au cancer dépasse les 80 %. Ces jeunes survivants ont toute la vie devant eux: des projets, une carrière, une maison, une famille.

La maladie leur a sans doute donné une force de caractère et un regard sur la vie qui en feront de meilleures personnes. Mais d’aucune façon cet épisode de maladie ne devrait traîner derrière eux comme une ancre qui te garde accroché au fond.

Pourtant, des organismes comme la Coalition Priorité Cancer ne cessent de répéter à quel point les survivants du cancer font face à des obstacles, particulièrement en matière économique. Des obstacles qui peuvent vous faire sentir comme un citoyen de deuxième classe. Alarmant!

Obstacles encombrants

Au départ, les compagnies d’assurance ne sont pas très intéressées à offrir leurs produits à quiconque coche «oui» vis-à-vis de la case «cancer». L’incapacité de s’assurer est déjà un problème. Les personnes qui ont survécu à un cancer sont aussi désavantagées à l’assurance-emploi. La Coalition avait tenté d’en faire un enjeu électoral l’automne dernier.

Des obstacles surgissent aussi sur le marché du travail. Pour la personne qui a un travail stable, ça devrait aller. Nos lois ne permettent pas un congédiement pour cause de maladie. Cependant, les organismes agissant dans le secteur déplorent les difficultés vécues par des personnes qui cherchent un emploi. Avoir un cancer dans son CV effraie certains employeurs.

La Société de leucémie et lymphome relate le cas de survivants qui «se butent à des problèmes de congédiement, de refus d’embauche, de rétrogradation, de refus de promotion, de déni de certains avantages, de mutation non souhaitée et même d’hostilité de la part de collègues». Pas joli...

Des difficultés peuvent aussi surgir pour l’obtention d’un prêt. La difficulté de citoyens à obtenir un prêt immobilier a d’ailleurs motivé la France à adopter la règle du «Droit à l’oubli». Après un certain temps, le gouvernement exige que la maladie soit effacée du dossier.

C’est le genre de progrès que les gouvernements et entreprises d’ici doivent envisager rapidement.