/misc
Navigation

L’édulcoration

L’édulcoration
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Il était une fois l’histoire d’un premier ministre d’une nation qui semblait en avoir honte. 

Un premier ministre qui voulait dissimuler sous le tapis les particularités de sa nation. 

Après avoir passé plusieurs jours à tenter de sauver son gouvernement de la dégradation totale, tentant de le dépendre de la corruption et du favoritisme, il a continué de faire des actions qu’il aimait: par exemple, asservir les «parias» nationalistes qui voudraient diffuser des vidéos pour souligner la fête nationale.

Le premier ministre était satisfait. 

Ce premier ministre se demandait pourquoi ses sujets ne comprenaient pas qu’ils avaient déjà une fête nationale le 1er juillet, et se donnait comme projet de société de rétablir les aberrations historiques faisant en sorte que les citoyens du Québec avaient une culture propre, une langue officielle autre et un passé différent. Il était temps, selon lui, que nous nous soumettions enfin à la Confédération canadienne. 

Il en rêvait toutes les nuits. D’ailleurs, il se regardait souvent dans le miroir en ricanant: malgré toutes les allégations et le manque de solidarité envers les siens, son gouvernement était toujours majoritaire dans les intentions de vote. Ses ministres auraient pu empoisonner des bonbons d’Halloween qu’ils seraient encore réélus haut la main. 

Le premier ministre était satisfait. 

Il refusa systématiquement, dans la même semaine, d’obliger les nouveaux arrivants à apprendre la langue officielle de sa province, ne comprenant vraisemblablement pas que cette langue était le joyau du Québec, que comprendre, parler, écrire et lire cette langue étaient des outils primordiaux pour participer à la vie québécoise, contribuer à la vie citoyenne, occuper un bon emploi, créer des relations interculturelles entre les Québécois et les nouveaux Québécois, voter pour des projets de société qui lui tenaient à cœur. 

En fait, il refusait cela. Il savait que moins les gens parleraient la langue, moins ils seraient au courant, et plus ils continueraient de voter pour lui et son parti. Il voulait même augmenter les seuils des nouveaux arrivants à 60 000, mais avait reculé. En fait, on ne sait pas s’il le voulait vraiment, ou si c’était une stratégie afin de faire en sorte que l’opinion publique cautionne le seuil actuel de 50 000 immigrants par années sans broncher. Il a aussi mentionné en Chambre, en réponse à François Legault s’inquiétant de la francisation, que le Québec aurait «d’autres débats chaque année sur les seuils d’immigration».

Le premier ministre était satisfait. 

Franciser ces gens? Bien sûr que non. Plus de 60 % des nouveaux arrivants ne maîtrisant pas le français ne s’inscrivent pas aux cours de francisation, entre autres, parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre cette langue parce que l’État qu’il dirige fonctionne de façon complètement bilingue! 

Satisfait de ses accomplissements, le premier ministre était fier de lui: il pouvait continuer à ne pas s’en faire pour le Québec, parce que le Québec lui-même ne s’en faisait pas. Finalement, il avait réussi.