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Solange regarde sa montre

Ben Pelosse
Photo courtoisie Quand Jean Lapierre demandait son opinion à une personne au cours d’un bain de foule, en la regardant droit dans les yeux, celle-ci sentait que son opinion avait une réelle importance.

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Dans le protocole, on trouve des funérailles d’État, nationales, civiques, selon le rang du défunt, ses réalisations et l’importance de l’hommage que l’on veut lui rendre. Il faudra ajouter une catégorie: les funérailles arc-en-ciel.

C’est le mot qui décrit le mieux celles de Jean Lapierre hier. Elles ont rassemblé des personnalités de toutes les allégeances politiques, de tous les paliers; du monde de l’information bien sûr, des affaires et... des citoyens de toutes les classes, touchés par la tragédie qui l’a emporté.

La conductrice

Solange Larose était la conductrice du Québecor Express, le bus à bord duquel Jean et moi avons effectué une tournée électorale du Québec en 2012.

Elle parle de Jean avec émotion. «Il m’a marqué drôlement», confie-t-elle. Comme bien d’autres au cours des derniers jours, elle souligne son humour, son esprit vif, sa passion, son sens de la répartie, sa constante bonne humeur...

Mais c’est une autre dimension de l’homme qu’elle célèbre. «Partout où nous allions, m’a-t-elle rappelé, il me présentait à tout le monde. Je n’étais pourtant qu’une simple citoyenne. Il voulait toujours m’inclure avec vous.»

«À Saguenay, le maire (Jean Tremblay) vous avait taquinés parce que vous aviez une femme pour conductrice. M. Lapierre lui donnait la réplique. C’était tellement drôle».

La montre

Le dernier jour de la tournée, Jean a acheté discrètement une montre à Solange pour la remercier de ses précieux services. «Je ne l’oublierai jamais. Depuis son décès, je la regarde tous les jours», m’a-t-elle glissé avec des trémolos.

Les enfants de Jean Lapierre, de nombreux dignitaires, des collègues de travail et amis ont rendu de vibrants hommages hier. Ils sont résumés dans nos reportages sur les funérailles.

J’ai plutôt choisi de donner la parole à cette femme d’une grande modestie et discrétion, dont la vie a croisé celle de Jean Lapierre pendant quelques semaines et qui dit en être restée marquée.

Jean a ainsi été marquant pour des millions de Canadiens et de Québécois «ordinaires» par le contact direct avec eux, ce dont il raffolait, ou à travers ses interventions à la télévision ou à la radio aussi documentées que colorées.

Savoir écouter

Jean Lapierre a beaucoup parlé dans sa vie, mais il a aussi beaucoup écouté.

Quand Jean demandait son opinion à une personne au cours d’un bain de foule, en la regardant droit dans les yeux, celle-ci sentait que son opinion avait une réelle importance pour Jean Lapierre.

Au restaurant, si des inconnus l’abordaient, contents de pouvoir le saluer, ce qui était fréquent, il déposait ses ustensiles pour les écouter. Il leur consacrait toute son attention. Il venait de faire d’autres heureux.

Si Jean était aussi pertinent dans ses analyses, c’est parce qu’il prenait en permanence le pouls de la population et non seulement celui des autorités politiques. Il a même plus été une précieuse courroie de transmission des volontés populaires. Depuis le 29 mars, ses publics ressentent un grand vide.