/opinion/columnists
Navigation

Un guichet, pas un accès

Gaetan Barrette, sante
Photo d'Archives Le ministre Gaétan Barrette.

Coup d'oeil sur cet article

Le ministre Barrette a annoncé cette semaine un guichet unique pour ceux qui n’ont pas de médecin de famille: 30 000 inscriptions en un jour! Cela servira plus à connaître l’ampleur de la pénurie qu’à la régler. Le ministre espère peut-être des chiffres rassurants sur une crise qui se résorbe. Mais il doit se méfier des apparences: avoir un médecin de famille, cela ne signifie pas y avoir accès.

Même ceux qui ont un médecin de famille se plaignent. Un vieillard expliquait cette semaine que le guichet lui a attitré un médecin qui l’a rencontré, questionné, rempli son dossier. Mais il doit rappeler dans deux mois pour avoir un vrai rendez-vous, qui sera fixé dans les 3 mois suivants...

Problème d’accès

Devant ces complications, les patients passent par le «sans rendez-vous»... qui fonctionne sur rendez-vous, pris le jour même au bout d’une pénible file d’attente physique, téléphonique ou virtuelle. Le médecin refuse alors souvent de soigner plus qu’un bobo. Vous avez mal au genou et à l’estomac, on soigne le genou. Pour l’estomac, refaites le circuit infernal. Pourtant le malaise vient peut-être des anti-inflammatoires pris pour le genou!

Cette pratique répandue du bobo unique indispose le Collège des médecins, mais semble motivée plus par l’urgence de voir beaucoup de patients que par la cupidité.

Il faut se demander pourquoi et comment d’autres omnipraticiens arrivent à opérer avec plus d’humanité des rendez-vous planifiables à deux ou trois semaines d’avis...

Ailleurs

Tranche de vie: le pharmacien français s’inquiète de ma vilaine toux. «Allez voir le médecin!» Je renâcle, je ne veux pas perdre une journée de vacances à poireauter. Il insiste: un docteur voisin opère sans rendez-vous.

Un quart d’heure plus tard, je m’assieds dans une minuscule salle d’attente, sans réceptionniste, sans revues, sans télé, avec un autre patient.

Aussitôt, un homme en jeans se pointe, relax: «À qui le tour?»

C’est le docteur. Il m’ausculte dans un bureau nanti de tous les instruments sanitaires et de torture habituels, imprime une prescription, me demande quelques euros, navré que je ne bénéficie pas de gratuité comme tout le monde, et me tend un reçu.

Médecine chromée

En 30 minutes, me voilà soignée, sans passe-droit, sans supplication, sans plaider ma cause, sans poireauter, simplement et efficacement, dans un petit bureau à même une résidence, sans personnel. J’ai mes antibiotiques et ma journée devant moi!

Pourquoi n’est-ce pas possible chez nous? Statistiquement, la santé au Québec ne manque ni d’argent, ni de compétence, ni d’effectifs. Le ministre Barrette devra aller au-delà des chiffres de son guichet, préconiser une médecine moins chromée et sans doute entamer le sacro-saint monopole des médecins pour déléguer des tâches.

Cela leur permettrait de mieux soigner les patients au lieu de remplir à la course un quota! Mais le docteur Barrette trahirait-il ainsi sa caste toute- puissante?