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De plus en plus de détenus envoyés au «trou»

Le nombre de détenus et de jours passés en réclusion a bondi de façon spectaculaire

De plus en plus de détenus envoyés au «trou»
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Santé mentale, toxicomanie, surpopulation... les centres de détention de la province sont de plus en plus ingérables. Résultat, le nombre de détenus envoyés au «trou» a bondi en cinq ans.

Depuis 2010, le nombre de détenus mis en réclusion a augmenté de 33 %, selon des données obtenues grâce à la loi d’accès à l’information. Au cours de la dernière année, ce sont 1385 détenus qui ont été visés par cette mesure disciplinaire, ce qui représente le quart de la population carcérale.

Le nombre de jours total passé au trou a lui aussi fait un bond spectaculaire et augmenté de 56 %.

«Les problèmes de surpopulation font en sorte que les tensions sont plus vives à l’intérieur des murs. La situation est très tendue», affirme Éric Belisle d’Alter Justice, qui aide les personnes judiciarisées.

Le nombre important de détenus en réclusion est aussi le reflet d’un problème maintes fois dénoncé par le syndicat.

«Il y a un manque cruel de formation de nos agents en santé mentale, déplore Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec. Ça fait partie de nos demandes de négociation de convention collective. On est des intervenants de première ligne, mais on ne nous donne pas les outils.»

M. Lavoie a lui-même travaillé dans les secteurs de réclusion et il y a quel­ques années, on pouvait voir un détenu aux prises avec des problèmes de santé mentale par secteur. Aujourd’hui, on parle de secteurs complets occupés par ce type de détenu.

Mathieu Lavoie, Président du syndicat
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Mathieu Lavoie, Président du syndicat

Clientèle lourde

Le ministère de la Sécurité publique justifie aussi ces données par un alourdissement de sa clientèle. La porte-parole Alexandra Paré cite notamment la santé mentale, la toxicomanie et le vieillissement de la population carcérale.

«Soulignons que la population quotidienne moyenne en institution a augmenté de plus de 10 % dans les cinq dernières années (de 4588 à 5178 en 2014-2015). Il est donc normal que les cas de réclusion augmentent également», ajoute-t-elle.

Le syndicat se défend d’ailleurs d’abuser de cette mesure. «On n’est pas censé mettre des détenus en réclusion sans raison, souligne M. Lavoie. Mais c’est sûr que si demain on dit qu’on ne met plus personne en réclusion, on a un autre problème. Il va falloir construire une autre prison.»

Le MSP précise que la Direction générale des services correctionnels est en train d’améliorer le processus disciplinaire carcéral afin de s’assurer que l’application des sanctions est équitable à travers son réseau.

Orsainville, champion de la réclusion

Le centre de détention de Québec, anciennement Orsainville, décroche chaque année la palme des centres de détentions ayant le plus recours à la réclusion.

Selon nos données, le centre pour hommes compte le plus grand nombre total de jours passés en réclusion, soit 3536, loin devant Bordeaux et Rivière-des-Prairies.

Pourtant, l’établissement de Bordeaux, à Montréal, accueille un plus grand nombre de personnes que Québec (1350 contre 650).

«Il y a beaucoup de cellules de réclusion à Orsainville et plusieurs centres des régions leur envoient tous leurs cas les plus problématiques», justifie le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie.

Pas un caniveau

C’est aussi dans cet établissement que l’on compte le plus grand nombre de jours consécutifs passés au trou, c’est-à-dire 35.

En théorie, une personne ne peut rester plus de sept jours consécutifs en réclusion, par sanction. Cela signifie qu’une personne cumulant trois ou quatre manquements peut ainsi passer tout un mois isolée.

«Ce n’est pas comme dans les films non plus où on envoie quelqu’un dans le caniveau», insiste M. Lavoie.

Un détenu en réclusion est enfermé 23 heures sur 24 dans une cellule où il n’a aucun effet personnel. La cellule ne compte qu’un lit, une toilette en inox et une caméra. En principe, il a droit à un livre et il n’a pas droit à des repas chauds pour éviter tout risque d’agression.

M. Lavoie rappelle aussi qu’avant d’envoyer un détenu en réclusion, il est entendu devant un comité de discipline et qu’il peut faire appel de la décision auprès de la direction. Il peut aussi faire appel à son avocat ou au protecteur du citoyen. «Et ils sont généralement assez rapides là-dessus.»

Punir par la réclusion

La réclusion est une sanction visant à punir un détenu qui, par exemple, s’est battu, a insulté un agent ou encore a fait de la contrebande de tabac. La réclusion se distingue de l’isolement. Un détenu peut être mis en isolement de façon préventive avant d’être fouillé s’il est suspecté de cacher des objets interdits. Il peut aussi être isolé préventivement si l’on craint qu’il se suicide.

Nombre de personnes « distinctes » placées en réclusion (1er avril au 31 mars)

  • 2010-2011 1037
  • 2011-2012 1165
  • 2012-2013 1133
  • 2013-2014 1207
  • 2014-2015 1310
  • 2015-2016 (jusqu’a fev.) 1385

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