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Comprendre le phénomène eSport avec Ubisoft

Comprendre le phénomène eSport avec Ubisoft
Capture d'écran YouTube

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Vous avez probablement entendu le terme «eSport» dernièrement. Mais, savez-vous c’est quoi? Pèse sur Start a jasé avec Alexandre Remy, directeur de marque pour Rainbow Six: Siege chez Ubisoft pour mieux comprendre le phénomène.

«eSport» ou «Sport électronique» est une pratique via Internet ou en LAN-Party d’un jeu vidéo multijoueur où l’on utilise un ordinateur ou une console.

Êtes-vous un peu perdu dans la description? Voici une comparaison: c’est comme un match de baseball, où les équipes s’affrontent plutôt avec des jeux vidéo. 

Pèse sur Start s’est entretenu avec Alexandre Remy, directeur de marque pour Rainbow Six: Siege chez Ubisoft afin de jaser du phénomène qui génère des millions de dollars, et qui ne cesse de grandir. 

 

C’est quoi, l’eSport? Comment pourrais-je l’expliquer à ma mère?

A.R. : Pour moi, la façon la plus simple de l’expliquer, c’est avec l’analogie du sport. [ L’eSport ] a des joueurs qui jouent contre d’autres joueurs. Ces derniers ont poussé le niveau compétitif au plus haut niveau pour enfin avoir des compétitions officielles avec de l’argent à faire, comme des athlètes. Ces joueurs s’entraînent tous les jours et peuvent gagner leurs vies comme ça.

 

Donc, il y a des équipes? C’est quoi une équipe eSport?

A.R. : Ça dépend des jeux. Il y a des jeux en équipe, et des jeux individuels. Exactement comme les sports, par exemple le tennis et le football. Dans les jeux 4 contre 4, effectivement, il y a des équipes. C’est la nature du jeu qui fait que vous êtes 4 contre 4. Avec la commercialisation de l’eSport, il y a des franchises qui se forment. Il y a des grosses équipes, qui sont sur plusieurs jeux en même temps, comme pour FNATIC en Angleterre. 

Par exemple, j’aime suivre le Canadien de Montréal, j’aime aussi suivre l’équipe FNATIC. 

 

Est-ce que les joueurs ont leurs fiches de statistiques comme dans le baseball, par exemple?

A.R.: Oui, pour chaque jeu, en plus! Ce qui est cool dans la spécificité de l’eSport en comparaison avec le sport traditionnel où les équipes sont locales ou attachées par une territorialité, dans le cas de l’eSport, toutes ses équipes un peu connues sont composées de joueurs qui ne sont souvent pas du même pays. Et la notion de territoire et de pays et moins importante, ce qui revient au fait que ces jeux-là sont joués en ligne. Donc moi, au Canada, je peux jouer avec mes amis en Europe. Donc naturellement, tu as des équipes qui sont composées de façon multiculturelle.

 

Quels sont les critères pour qu’un joueur puisse se joindre à une équipe?

Le critère principal pour les gens qui veulent jouer à un niveau professionnel ou semi-professionnel, c’est quand même la performance. Ce n’est même pas le top 1%, on parle ici du top 0.001% des joueurs d’un jeu qui peuvent aspirer à devenir un joueur professionnel comme les athlètes le font. Vraiment, les performances dans le jeu sont une nécessité. Ensuite, dans cette petite population, tu vas avoir des joueurs ou des équipes qui sont un peu plus fortes dans la représentation ou avec les médias donc ils deviennent plus facilement des ambassadeurs de jeux ou de marques. On voit ça dans Call of Duty avec «OpTic Gaming» qui ont des bons résultats, mais qui ne sont pas forcément les meilleurs. Mais ils ont un nombre de personnalités qui sont très reconnues, donc l’équipe a beaucoup de visibilité et beaucoup de gens qui la suivent. Il y a des revenus importants qui viennent des compétitions, mais aussi les commanditaires. Donc, la popularité d’un joueur qui est actif sur YouTube et Twitch vient forcément aider les équipes. 

 

Est-ce qu’il y a un âge pour participer? Est-ce que beaucoup de parents accompagnent leurs enfants qui sont dans des équipes?

A.R.: Dans les événements auxquels j’ai assisté, j’étais extrêmement surpris de voir de plus en plus effectivement de parents et de familles qui accompagnent leurs enfants. Il y a pas mal de jeux où les plus jeunes, 15-16-17 ans sont bien présents. Comme dans un concert, si je voulais assister à un spectacle quand j’étais plus jeune, mes parents m’accompagnaient. Chaque fois, j’ai senti une atmosphère chaleureuse et sympa, contrairement à ce que l’on peut voir dans certains stades de sports [rires]. Leurs parents sont souvent aussi la première génération de joueurs, 30-40 ans, donc je crois que culturellement ce sont des parents pour qui ça parle plus. Moi, mes parents sont de la génération juste avant, si je leur parle de compétition de jeux vidéo je ne pense pas que ça leur parlerait du tout! Donc je crois que les parents accompagnent leurs enfants avec plaisir. 

 

L’eSport, est-ce récent?

A.R.: Ah, non! Si on tente de vraiment trouver le tout début de l’eSport, on peut dire que tout a commencé au moment où un jeu avait un classement. L’arcade Asteroids (1979), par exemple. Le moment où l’on pouvait jouer et voir son score s’afficher sur l’écran contre d’autres joueurs, on a commencé à voir le comportement qui est devenu le prototype de ce qu’est devenu l’eSport. Je me rappelle à mon enfance et que mes amis et moi regardions le mec qui était super bon joueur sur des arcades. Le but est de battre le plus haut score.

L’aspect online du jeu a démocratisé la possibilité de jouer directement contre d’autres joueurs, ce qui a permis à la compétition de prendre de la maturité. 

 

Croyez-vous que le Québec est plus lent à apprivoiser l’eSport?

A.R.: Depuis qu’on a annoncé qu’on allait lancer un programme compétitif chez Ubisoft pour Rainbow Six, on a vu l’intérêt se multiplier chez nous. On voit des contacts plus business ou corpo qui veulent investir dans cette scène. On voit de plus en plus d’articles business parler de l'eSport. C’est une démographie 18-25 qui est très difficile à atteindre, mais qui a un pouvoir d’achat, et ces gens sont captifs. Ils sont captifs sur Twitch ou de l’eSport, donc d’un point de vue purement business, si je veux atteindre ces gens, je vais aller investir là où ils sont. Donc on voit de plus en plus une démocratisation par ces grands groupes et grands médias, parce qu’on voit des stades de 25 000 personnes. C’est bien différent des LAN d’il y a longtemps où l’on voyait 50 personnes! 

 

Parlons un peu de l’argent...Est-ce possible pour un joueur de vivre grâce aux jeux vidéo?

A.R.: Oui. Mais on parle d’une très petite minorité de joueurs professionnels, par contre. La grande majorité des joueurs sont plutôt occupés avec un emploi, ou sont des étudiants qui passent quand même quelques heures par jour. Pour les quelques élus qui sont parmi les meilleurs au monde, c’est du temps plein. Les prix en argent dans les compétitions sont parfois plus élevés que les sports plus traditionnels. La compétition «The International» du jeu Dota avait des prix en argent de plus de 18 millions de dollars à offrir de façon pyramidale parmi les équipes classées. Ce n’est pas rare maintenant de voir des scènes compétitives où le grand prix gagnant est d’un million de dollars. Dans les disciplines où tu as une minorité de gens qui peuvent percer, comme en musique par exemple, il y a des potentiels revenus très importants. 

Comprendre le phénomène eSport avec Ubisoft
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Est-ce une scène pour les gens qui ne sont pas forcément les plus doués dans les jeux?

A.R.: Peu importe le niveau, vous allez trouver une compétition ou une équipe de votre niveau. Je crois que tous les gamins qui jouent au hockey ne rêvent pas nécessairement à devenir le meilleur joueur de la LNH. J’ai des amis qui adorent le hockey et qui jouent dans une ligue de garage ou une ligue Ubisoft et on retrouve cette même mentalité dans une compétition ou Lan. Toi et moi, on pourrait se partir une équipe et aller par exemple au Lan ETS. Il y a des chances qu’on ne gagne pas, mais on reste pour la compétition. 

On a toujours aussi les plus petits regroupements. Nous chez Ubisoft, on a une initiative vraiment sympa qui s’appelle l’Ubisoft Gaming League (UGL) avec deux saisons et 3-4 jeux par saisons et 5 à 10 équipes d’employés Ubisoft qui jouent le midi ou le soir en format tournoi. À la fin, les gagnants gagnent des cadeaux ou des goodies. 

 

Que diriez-vous à la maman qui a un enfant qui aimerait faire partie d’une équipe eSport?

A.R.: Je lui dirais de venir aux événements auxquels son fils ou sa fille participe. Je pense que comprendre comment son enfant va vivre l’expérience, c’est ultra rassurant. Pour moi, j’ai été ravis de voir à tous les événements auxquels j’ai assisté des bénévoles et tous ces gens qui organisent un Lan. Ça peut dédramatiser et dédiaboliser l’image du jeu vidéo qui est peut-être associée à la violence par exemple. Voir comment une compétition se déroule, à mes yeux, c’est l’une des images les plus positives du jeu vidéo qu’on soit capable d’avoir. Toutes les valeurs associées sont de pratiquer, se sacrifier, persévérer. Ce sont des valeurs de sport, et l’exigence qui est derrière. Ce ne sont pas toujours des valeurs associées à la pratique du jeu vidéo, alors que là on les voit dans une démonstration très belle. Je pense que c’est rassurant. Si j’avais un enfant qui voulait participer à ça, je me dirais que c’est génial; il va dans une direction où il y a des valeurs que je trouve super positives. 

 

Et votre programme compétitif Rainbow Six, c’est quoi exactement?

A.R.: On a lancé Rainbow Six Siege en décembre 2015 et on a lancé ensuite un programme compétitif de Ligue professionnelle de Rainbow, qui est une ligue internationale. Dans cette ligue, on fait une compétition toute l’année sur la Xbox One et PC. La compétition est structurée avec plusieurs dates dans lesquelles on a plusieurs événements, et des finales à chaque trimestre et une super finale à la fin de l’année. C’est vraiment un programme conçu comme, par exemple, à la finale du Football il y a le Superbowl. C’est un peu le même principe, comme ça les joueurs ont des événements tout au long de l’année, et les spectateurs aussi qui aiment cette discipline. 

 

Comment s’inscrire au programme?

A.R.: Il faut avoir le jeu, premièrement. Une fois que vous avez le jeu, il y a des phases de qualifications qui ont lieu en ligne avec notre partenaire qui s’appelle l’ESL. Vous devez aller sur le site de l’ESL et entrer vos détails, pour ensuite participer aux petits événements du début. Si vous marquez assez de points, vous pouvez qualifier pour entrer dans la ligue professionnelle.