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Le docteur a préféré la vie au suicide

Le premier chirurgien autochtone du Québec croit que seule l’éducation mettra fin à la crise

stanley vollant
Photo Courtoisie Le docteur Stanley Vollant a choisi la vie et souhaite faire une différence dans les communautés autochtones du Québec.

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Premier chirurgien autochtone au Québec, heureux père de trois enfants, Stanley Vollant a malgré tout lui aussi été confronté au désespoir qui frappe durement les communautés autochtones lorsqu’il a placé le canon d’un fusil dans sa bouche en 2007. Aujourd’hui, il lance un message d’espoir aux jeunes Autochtones.

En une fraction de seconde, Stanley Vollant a choisi la vie. «Il est plus courageux de survivre que de peser sur la déten­te. J’ai failli me tirer. J’y ai pensé une fraction de seconde», a-t-il confié.

Stanley Vollant

Originaire de la communauté des Innus de Pessamit, sur la Côte-Nord

  • Diplômé en médecine en 1989 à l’Université de Montréal.
  • Premier chirurgien autochtone au Québec.
  • Présentement en poste à l’Hôpital de Dolbeau-Mistassini.
  • En 2001 il a représenté les 9000 médecins de la province à la tête de l’Association médicale du Québec. Il est alors deve­nu le premier Autoch­tone à accé­der à la présidence d’une association médicale en Amérique du Nord.
  • Initiateur du projet Innu Meshkenu: en cinq ans, parcourir toutes les communautés du Québec et du Labrador à pied (6000 km) pour y promouvoir de saines habitudes de vie.

La vague de suicides qui frappe les communautés autochtones, le chirurgien originaire de Pessamit, sur la Côte-Nord, est bien placé pour la comprendre. «Ma mère est morte d’alcoolisme à 52 ans, c’est moi qui l’ai débranchée de l’appareil à l’hôpital. Je n’ai pas eu une enfance super heureuse, elle a été marquée par le rejet et l’abandon», a raconté Stanley Vollant.

Puis, rattrapé par ses traumatismes d’enfance et touché par une importante dépression au début de la quarantaine, le médecin a frappé un mur et a pensé mettre fin à ses jours. «J’en ai arraché, mais je pense qu’au moins l’éducation que j’ai eue a été un ancrage pour moi, pour résister à la tempête. Si tu n’as pas ça, la vague va partir et t’emporter, parce que tu n’es pas solidement ancré», a-t-il illustré, en pensant au fléau qui frappe présentement les jeunes Autochtones.

Malgré la crise qui sévit dans plusieurs communautés autochtones, le Dr Vollant est maintenant plein d’espoir. «Dans la nuit la plus froide, la plus dure, le soleil finit toujours par se lever», a-t-il dit.

C’est d’ailleurs le message qu’il transmet à travers son périple de 6000 km de marche, qui, d’ici 2017, lui aura permis de rencontrer toutes les communautés des Premières Nations du Québec et du Labra­dor.

Mettre fin au cercle vicieux

La mère de Stanley Vollant été abusée sexuellement dans les pensionnats et au sein de sa propre communauté.

«Ma mère a été une très mau­vaise maman», a lancé le premier chirurgien autochtone au pays. «L’alcool a été une façon de guérir son mal-être. Aujourd’hui, je lui pardonne, j’ai compris son histoire malheureuse et c’est à moi maintenant de réparer et de ne pas reproduire les mêmes traumatismes», a-t-il expliqué.

Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, les problèmes d’alcool chez les Autochtones ne sont pas génétiques, assu­re-t-il.

«C’est un mythe, l’alcoolisme chez les Autochtones est beaucoup plus une conséquence de la coloni­sation et des pensionnats.»

Il estime que le jour où les Autochtones, aidés par les gouvernements, décide­ront de mettre fin au cercle vicieux des traumatismes qui se transmettent de génération en génération, les problèmes vont se régler.

«Ça va demander un effort de plusieurs années, voire des générations. Ça va prendre un engagement très important des chefs des communautés et que ces dernières se disent: nous sommes responsables de notre futur. Et surtout, arrêter la victimisation. Oui, nous avons été victimes de la colonisation et des pensionnats, mais arrêtons de pleurer et mettons-nous debout», a conclu Stanley Vollant.

Argent en éducation

Le financement de l’éducation des jeunes Autochtones est primordial, aux yeux de Stanley Vollant. Plus de 70 % d’entre eux ne terminent pas leur secondaire V. «Au Canada on dépense en moyenne 12 000 $ par jeune et par année pour l’éducation, mais chez les Autochtones, on parle de seulement la moitié de ce montant», a-t-il fait valoir.

Si les fonds gouvernementaux sont d’une part insuffisants, il faudrait aussi mieux les gérer, croit-il. «C’est un sujet un peu controversé parce que les communautés ne veulent pas se faire dire comment dépenser leur argent, mais je pense que l’éducation devrait être un budget protégé. Il devrait y avoir une entente entre le gouvernement et les communautés pour que l’argent soit bien dépensé», a affirmé Stanley Vollant.

À cause du sous-financement, l’éducation est parfois reléguée au second rang par les conseils de bande.

Mauvais move

«Il y a quelques années, à Pessamit, pour combler les budgets d’autres postes importants comme l’habitation, l’eau et les infrastructures, ils ont réduit de plusieurs jours le calendrier scolaire de l’année afin d’économiser. Je pense que c’était un très mauvais move. On sacrifie nos jeunes et ces jeunes-là ne font qu’augmenter les problématiques socia­les», a-t-il déploré.