/opinion/columnists
Navigation

L’éthique élastique

Senator Duffy leaves the courthouse after being cleared of bribery and fraud charges in Ottawa
Photo REUTERS

Coup d'oeil sur cet article

Mike Duffy a été acquitté sur toute la ligne de 31 accusations criminelles.

Quel retentissant échec pour la GRC qui avait mené l’enquête et pour la Couronne! Ils y repenseront à deux fois avant de se lancer dans des procès pour d’autres sénateurs sous le coup d’accusations du même type.

Mais cela ne veut pas dire que le sénateur Duffy a eu un comportement parfaitement éthique depuis sa nomination par Stephen Harper.

M. Duffy vit à Ottawa depuis 40 ans et voilà que pour toucher des allocations, sa résidence principale était devenue son chalet de l’Île-du-Prince-Édouard. Il a aussi réclamé le remboursement de dépenses pour des soins personnels, tels ceux d’un entraîneur, et des massages.

Suivre le trafic

Le juge a simplement conclu que les règles auxquelles devaient se soumettre les sénateurs étaient trop floues et que la preuve qui lui avait été présentée ne démontrait pas hors de tout doute des intentions criminelles de la part de l’ex-journaliste vedette de CTV.

Des actes non éthiques peuvent effectivement être posés sans qu’ils soient automatiquement criminels. Certaines personnes ont toutefois l’éthique plus élastique que d’autres.

Le journaliste et chroniqueur Michel C. Auger de RC a bien résumé le dossier vendredi en lançant que Duffy a été acquitté parce que, comme un automobiliste accusé d’excès de vitesse, il avait plaidé avec succès qu’il ne faisait que suivre le trafic !

Le Sénat, de son côté, devra dissiper tout vague qui pourrait encore subsister dans les directives à ses membres. Jacques Demers, notamment, s’est déjà ouvert sur la gêne qu’il ressentait lors de sorties publiques depuis les diffusions d’abus de fonds publics de la part de sénateurs.

Duffy, quant à lui, retournera vraisemblablement au Sénat au cours des prochains jours. Il siégera probablement comme indépendant pour profiter encore du système.

Les 90 000 $

Le directeur du cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, avait insisté auprès de Duffy pour qu’il accepte une enveloppe de 90 000 $ afin de rembourser le Sénat et ainsi étouffer la crise politique soulevée par cette affaire.

Le sénateur refusait en soutenant ne rien avoir à se reprocher.

Coincé, M. Wright a dû remettre sa démission.

Le juge a été très sévère à l’endroit du cabinet de l’ex-premier ministre Harper pour cette forme de justice parallèle utilisée pour éteindre un feu politique.

Les «entourages» des premiers ministres tournent souvent les coins ronds.

Les plus efficaces que j’ai connus dans cet emploi très particulier furent Jean-Roch Boivin aux côtés de René Lévesque, Mario Bertrand et John Parisella, auprès de Robert Bourassa, dans des styles différents et Jean Royer, bras droit de Jacques Parizeau.

Les deux premiers jouaient de la massue, comme Jean Pelletier, alter ego de Jean Chrétien.

L’efficacité des chefs de cabinet et chefs adjoints est mesurée à leur capacité d’étouffer les problèmes. La fin ne justifie pas tous les moyens, devront retenir ces pompiers.