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Pas de concurrence pour des contrats informatiques avec Cisco

Encore des achats informatiques, avec votre argent, sans guerre de prix

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Des organismes québécois continuent de dépenser des millions de dollars en informatique sans aucune concurrence alors que le gouvernement prend pourtant les bouchées doubles pour assainir la gestion des fonds publics.

En moins de trois ans, notre Bureau d’enquête a mis en lumière plus d’une dizaine de cas où des organismes québécois ont voulu octroyer des contrats sans concurrence. Ceux-ci totalisent plus de 120 M$ d’argent des contribuables.

La moitié de ces contrats ont finalement été annulés, certains à la demande des ministres titulaires.

Néanmoins, trois nouveaux cas viennent de s’ajouter à la liste des contrats reliés au domaine des télécommunications, dont un seul a finalement été annulé.

Université de Montréal

L’Université de Montréal avait lancé un appel d’offres évalué à plus de 4 M$, intitulé «Fourniture d’équipements et produits Cisco». Comme le nom du fabricant se trouvait dans le titre de l’appel d’offres, il devenait pratiquement impossible pour les concurrents de l’entreprise Cisco de soumissionner.

L’UdeM a expliqué que l’appel d’offres visait principalement «l’entretien et la réparation» du réseau existant Cisco, ce qui pourrait justifier le choix précis de ce fournisseur. Cependant, la simple lecture de l’appel d’offres révèle que les deux tiers du contrat visaient l’achat de nouveau matériel, et non de l’entretien.

Finalement, l’appel d’offres a été annulé le 18 mars, «à la suite de plaintes qui ont été formulées», nous a confirmé l’UdeM.

Université McGill

L’Université McGill a fait la même chose dans un processus contractuel achevé le 22 mars, demandant expressément des équipements «Cisco» et écartant donc tout fournisseur concurrent.

L’Université martèle qu’il ne s’agit pas d’un appel d’offres, mais plutôt d’un avis d’intérêt, soit un processus pour sonder le marché. Sur le site gouvernemental des appels d’offres, le processus est plutôt qualifié d’«avis d’intention», ce qui est différent et signifie plutôt l’annonce de l’intention d’acheter des équipements et services Cisco.

Les relations médias de l’Université nous parlent d’un éventuel contrat d’un an pour l’entretien des équipements Cisco en place et certains remplacements d’urgence. En lisant les documents, on constate toutefois que le contrat d’un an peut, en fait, être reconduit deux ans. Le montant anticipé: entre 604 700 $ et 4 999 999 $. Plusieurs achats prévus ne sont pas pour de l’entretien, mais pour de nouveaux équipements.

École de technologie supérieure

L’École de technologie supérieure (ÉTS) a aussi connu des ratés dans l’octroi de contrats en télécommunications. Le gouvernement du Québec a annulé coup sur coup, avant Noël, deux appels d’offres qui pouvaient «contrevenir aux principes de concurrence de la loi», nous avait dit le cabinet du président du Conseil du trésor.

La première fois, l’ÉTS demandait spécifiquement des «produits Cisco». La deuxième fois, plusieurs conditions favorisaient Cisco.

Puis un troisième appel d’offres a été lancé et l’ÉTS se disait convaincue d’assurer la participation de concurrents. L’appel d’offres a même été soumis au Conseil du trésor. Dans l’industrie, plusieurs demeuraient sceptiques. Finalement, les deux soumissionnaires ont seulement présenté des produits... Cisco.

L’ÉTS réplique que «Cisco n’est pas le seul fournisseur qui pouvait répondre» et estime «avoir complètement ouvert à la concurrence». Cisco n’a pas répondu à nos questions.

Appels d’offres annulés impliquant Cisco

Août 2013

Après des discussions avec le gouvernement provincial qui réclame une ouverture à la concurrence, l’UQAM annule un appel d’offres de 13 M$ qui visait les produits d’un seul fournisseur: Cisco.

Mars 2016

Montréal annule un appel d’offres de 8 M$ qui favorisait Cisco et qui a fait l’objet de vérifications par le Bureau de l’inspecteur général de la Ville.