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Un gigantesque aéroport espagnol vendu pour une bouchée de pain

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L’annonce du train rapide électrique de la Caisse de dépôt, le 22 avril dernier, a probablement eu l’effet d’un coup de pied dans le nid de guêpes chez les partisans - et les victimes de l’expropriation sauvage et massive - de l’aéroport de Mirabel.

C’est que parmi les pistes d'explication de l’échec collectif le plus retentissant de l’histoire de la nation, il y a celle du train, ou plutôt, de l’absence d’un lien ferroviaire rapide entre l’aérogare et le centre-ville, comme il avait été promis à l'époque.

Selon le projet présenté par la CDPQ la semaine dernière, on comptera une trentaine de minutes de parcours en train entre le «All Aboard!» à P.-E.-Trudeau et l’arrivée à la Gare centrale. Pour Mirabel, le projet original prévoyait aussi un trajet bien inférieur à l'heure.

SLR
Courtoisie

Notre ratage aéroportuaire total inspire désormais tous les opposants aux nouveaux aéroports dans le monde. Ils invoquent tous «un autre Mirabel». Ç'a été le cas à Denver (où finalement, l’aéroport s’est avéré succès, vu qu’on a  - détail important - détruit l’ancien aéroport pour du développement résidentiel et commercial près du centre-ville) ou encore en France, où un futur troisième aéroport est planifié pour la Ville Lumière, tout comme d'autres projets du genre, à Nantes.

Mais probablement que l’histoire de Mirabel n’a pas été traduite dans la langue de Cervantès, puisque le 15 avril dernier, la justice espagnole a vendu aux enchères un ancien nouvel aéroport pour Madrid, construit à des dizaines de kilomètres du centre de la métropole, et devant représenter l’avenir. Comme Mirabel. Et qui s’est conclu par un fiasco monumental pour ses promoteurs (comme Mirabel).

L'aéroport Ciudad Real

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AFP

Selon une dépêche de l’agence AFP du 15 avril, la justice espagnole a vendu pour 56 millions d’euros (80 millions $ CAN) l’aéroport «fantôme» de Ciudad Real, un symbole des excès immobiliers des années d’avant-crise désert depuis la fin 2011.

Fermé en 2012, on y tournait depuis des films, notamment de Les aimants passagers de Pedro Almodovar.

Comme à Mirabel. Vous vous souvenez de Le Terminal, de Steven Speilberg et mettant en vedette Tom Hanks, sorti en 2004?

Comme Mirabel, les prévisions d’achalandage étaient, au mieux, fantaisistes. Les autorités prévoyaient jusqu’à 2 millions de voyageurs par année dès le départ, il n’y en a pas eu plus que 50 000, soit 50 fois moins.

À Mirabel, l’objectif des 50 millions de passagers annuels a été remplacé par une réalité de 2,5 millions de passagers, les très meilleures années.

L'aéroport de Mirabel, vu par Google Earth

La construction de l’aéroport de Ciudad Real a coûté 1,5 milliard de dollars canadiens en 2008 (ou 1,8 milliard en dollars de 2016); celui de Mirabel, 500 millions, en dollars de 1975, soit 2,3 milliards en dollars de 2016.

AFP

Comme à Montréal, le nouvel aéroport a été boudé par les transporteurs aériens. Pour obtenir du succès, l'aéroport espérait notamment attirer les vols de compagnies aériennes à bas prix destinés à la capitale espagnole. Et comme à Montréal, ça ne s’est pas produit.

AFP

Et comme avec Mirabel, le constat d’échec a été prononcé relativement rapidement.

AFP

Inauguré en 2008, l’aéroport a été fermé en 2012. Dans le cas de Mirabel, il a fallu un peu plus de six ans pour constater que Mirabel ne serait jamais ce qui a été promis, et que Dorval demeurerait ouvert.

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Mais contrairement à Mirabel, l'aéroport de Ciudad Real a été entièrement financé par des capitaux privés...

- Avec AFP