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Ukraine: un journaliste renommé interdit de travail dénonce les «pressions» des autorités

Savik Shuster
Photo AFP Savik Shuster

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L’Ukraine a annoncé mardi avoir annulé le permis de travail du journaliste Savik Shuster, présentateur du talk-show politique le plus populaire du pays, qui a déclaré entamer une grève de la faim en signe de protestation, incident aussitôt dénoncé par l’OSCE.

M. Shuster, 63 ans, a dénoncé ces «pressions» du pouvoir à son égard. «Je déclare une grève de la faim jusqu’à ce qu’on me rende mon droit de travailler en Ukraine», a lancé, selon Interfax-Ukraine, le journaliste, né en Lituanie, alors république soviétique, et aujourd’hui citoyen canadien.

La représentante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté de la presse, Dunja Mijatovic, a dit dans un communiqué sa «préoccupation» devant cette «obstruction» au travail du journaliste.

Elle a appelé Kiev à «examiner rapidement cette question» pour «s’assurer que les droits du journaliste sont protégés» et qu’il peut continuer à travailler «de façon libre et sûre».

Le président pro-occidental ukrainien Petro Porochenko a dit «espérer» que cet incident serait «réglé» par les structures publiques «concernées» dans «les plus brefs délais». «J’ai toujours protégé la liberté de la parole et je vais» continuer à le faire», a-t-il ajouté sur sa page Facebook.

Plus tôt dans la journée, M. Shuster a pourtant déclaré subir depuis «longtemps» des pressions des autorités. «Le problème est que le pouvoir ne supporte plus aucune critique», a-t-il dit.

«J’ai déjà eu cette expérience en Russie où on m’avait privé alors de mon permis de séjour», a ajouté M. Shuster, qui avait dans les années 1990-2000 dirigé à Moscou le bureau de la radio américaine Free Europe/Liberty. Il a ensuite travaillé pour la télévision russe NTV avant de s’installer en Ukraine en 2005 où son talk-show, baptisé actuellement Shuster Live, a connu différents noms et diffuseurs, mais est toujours resté très populaire.

Le Service d’État pour l’emploi a indiqué dans un communiqué avoir annulé le permis obtenu récemment par le journaliste après avoir découvert de «fausses informations» dans son dossier: M. Shuster est visé depuis octobre par des poursuites du fisc, mais n’en a pas fait mention dans son dossier, selon le communiqué.

Le journaliste, qui peut néanmoins rester en Ukraine, avait annoncé en janvier que sa société de production, Savik Shuster Studio, avait été accusée de fraude par le fisc qui lui réclamait une amende de 13 millions de hryvnias (environ 500 000 euros).

Mardi, M. Shuster a qualifié ces accusations d’«affaire montée de toutes pièces» en promettant que son talk-show continuerait d’être diffusé sur son site 3S.tv même «sans permis de travail».

Pendant le mandat du président déchu Viktor Ianoukovitch, un pro-russe autoritaire, M. Shuster a été accusé de faire écho, sur son antenne, aux thèses discréditant des opposants.

Les nouvelles autorités pro-occidentales, aux prises depuis deux ans à un conflit armé avec les rebelles pro-russes dans l’est du pays, ont été critiquées pour avoir dressé des listes noires de livres et de journalistes interdits de séjour, notamment russes.

Cette ex-république soviétique a néanmoins grimpé cette année de 22 positions, à la 107e place sur 180, dans le classement mondial de la liberté de la presse établie par l’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui y dénonce toujours l’emprise des oligarques sur les médias.