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Avis d'expulsion de Pierino Di Tonno: Sursis pour le locataire de l'épicerie Milano

Avis d'expulsion de Pierino Di Tonno: Sursis pour le locataire de l'épicerie Milano

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Pierino Di Tonno a remporté une bataille, pas la guerre. Ce photographe de renom qui vit depuis 40 ans au-dessus de l'épicerie Milano pourra conserver son logement, mais n’est pas à l’abri d’un autre avis d’éviction pour l’an prochain.

C’est le soulagement pour Pierino Di Tonno, qui a passé la moitié de sa vie dans ce petit 500 pieds carré du boulevard Saint-Laurent. 

Grâce à la récente décision de la Régie du logement qui juge que «la demande d’éviction [souffre] de deux points majeurs d’irrégularités qui sont fatals et rendent le présent recours nul», l’homme de 82 ans évite l’expulsion.

«L’avis est illégal, car les dates sont hors délais et la personne qui l’a signé n’était pas autorisée à le faire, précise Martin Blanchard, du Comité logement de la Petite Patrie. Il y a donc eu vice de forme, le seul moyen qu’ont actuellement les locataires pour résister à l’éviction, car la Régie accepte automatiquement ce type de projets.» 

Dans cet appartement studio restreint situé juste au-dessus de son propriétaire, l’épicerie Milano, les souvenirs sont nombreux. 

En plus des centaines de photos de vedettes du cinéma qui tapissent les murs, des milliers de négatifs s’entassent, fruit de plus d’un demi-siècle de travail.

«Ça fait 43 ans que je suis ici, déménager ce serait comme mourir deux fois», lance M. Di Tonno avec émotion.

Victoire amère

Cette victoire obtenue à la Régie n’est qu’une demi-victoire, reconnaît-il, car dans les faits, rien n’empêcherait le propriétaire de renvoyer un avis d’éviction d’ici fin novembre, soit six mois avant la fin de son bail, lui demandant de quitter l’an prochain.

Mais ça, Pierino Di Tonno ne préfère pas trop y penser. «J’espère que le propriétaire changera d’idée ou peut-être que le projet de loi aura passé d’ici là.»

Projet de loi

Rendre illégal ce genre de pratique, c’est aussi le souhait de Québec solidaire qui a déposé en juin dernier, le projet de loi 492, demandant aux propriétaires qui souhaitent obtenir l'éviction d'une personne aînée de lui trouver un logement équivalent.

«Je suis extrêmement heureuse de cette décision [...] malheureusement, j’ai bien peur que ce soit seulement un sursis, confirme Françoise David, députée de Gouin et porte-parole de Québec solidaire. La Régie du logement n’a pas donné raison au locataire pour des questions de fond, mais des questions de forme.»

Pression sociale

En attendant, le Comité logement de la Petite Patrie demande au propriétaire «de renoncer publiquement à évincer ses locataires vulnérables» et demande en guise de soutien populaire, le boycottage de son épicerie.

Difficile à chiffrer

À la Régie du logement, on dit avoir traité 85 demandes d’évictions en 2014/2015 contre 72 il y a 5 ans.

Des chiffres bien en dessous de la réalité selon le Comité logement de la Petite Patrie, puisque toutes les situations n’aboutissent pas à la Régie.

«Dans Petite Patrie, 3500 unités de logement ont été converties en condo dans les derniers 15 ans, indique M. Blanchard. Les locataires ont dû quitter notamment via des avis d’éviction et on estime qu’un tiers d’entre eux étaient des ainés».

À l’épicerie Milano, personne n’a souhaité répondre à nos questions, Cecilia et Mario Zaurrini, de Fruiterie Milano, étant en dehors du pays.