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La tyrannie des shows de vedettes

La tyrannie des shows de vedettes
Photo Le Journal de Montreal, Ben Pelosse

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La déclaration de Pierre Lapointe à Tout le monde en parle a eu l’effet d’une bombe. On le sait, il a confié son exaspération devant l’abandon de sa mission culturelle par Radio-Canada.

Le diffuseur public privilégierait désormais les shows de vedettes. Des personnalités viennent s’y parler entre elles de leur vie privée sous le regard d’un public qu’on veut passionner avec de fausses confidences vraiment insignifiantes.

C’est malheureusement vrai. Cela donne une télévision de commérages, qui s’élève difficilement au-dessus du niveau du magazine à potins. Évidemment, certaines émissions surnagent. Elles ne sont pas toutes médiocres. Mais le constat de fond demeure vrai.

Insignifiance

Autrement dit, Lapointe dénonce les émissions où le petit milieu artistique se parle à lui-même en étant persuadé d’être le centre lumineux de l’univers. Ces gens s’enferment dans une bulle et s’émerveillent d’être si merveilleux.

Lapointe espère une télévision qui ne traitera plus la culture comme un produit honteux. Il souhaiterait y voir des artistes inconnus du grand public qui ont peut-être quelque chose de fascinant à nous apprendre.

On l’espère avec lui.

Mais faisons quelques souhaits supplémentaires.

Pourrions-nous souhaiter une télévision ne diffusant plus les films de qualité à des heures réservées aux insomniaques?

Pourrions-nous souhaiter un retour à l’esprit des Beaux dimanches, qui ont fait la gloire de Radio-Canada à une autre époque?

Pourrions-nous souhaiter des émissions de débats «à la française» où des intellectuels engagés discutent franchement sur des questions de fond en se donnant pour mission d’élever l’esprit public?

Qui sait, le commun des mortels est peut-être moins bête qu’on ne le croit.

Pourtant, on sent bien que malgré cet appel, rien ne changera. Car quelque chose bloque au Québec.

Malheureusement, nous avons tendance à croire que la culture est élitiste et seulement bonne pour quelques snobs.

On se rappelle ainsi la hargne qu’a suscitée il y a quelques années la construction de la Maison symphonique de Montréal. On accusait les riches de se payer un parc d’attractions avec les fonds publics.

Pour ne blesser personne, on dira que tout est culturel. Parce que tous les goûts sont dans la nature, on dira que tous les goûts se valent.

Relativisme

On dira que Michèle Richard est aussi culturelle que Michel Rivard.

Qu’un humoriste qui parle aux forces grossières est aussi estimable que Fred Pellerin.

Que le livre d’un auteur racontant sa petite pé-peine sentimentale vaut le dernier ouvrage d’un écrivain d’exception.

Il ne faut vexer personne. Mais le relativisme fait le lit de la médiocrité.

Tant qu’à parler franchement, reprochons autre chose à Radio-Canada: son biais idéologique.

Sauf exception, la gauche bon chic bon genre y règne sans partage.

C’est le lieu de la bien-pensance où cohabitent deux tendances: la gauche d’Outremont et la gauche du Plateau Mont-Royal.

La première est plus collet monté, la seconde plus militante, mais les deux se partagent les ondes en croyant faire preuve d’objectivité.

En vérité, nous croyons tous à Radio-Canada. C’est pour cela que nous sommes exigeants à son endroit.