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Le Hells «Crazy» visé par un règlement de comptes interne

Le VP de la section ontarienne n’est plus le bienvenu sur le territoire de motards du Québec

Phil Boudreault (à gauche), flanqué du président des Nomads ontariens, Martin Bernatchez, lors des funérailles du Hells montréalais Lionel Deschamps, le 7 novembre dernier.
photo d’archives Phil Boudreault (à gauche), flanqué du président des Nomads ontariens, Martin Bernatchez, lors des funérailles du Hells montréalais Lionel Deschamps, le 7 novembre dernier.

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Un règlement de comptes «à l’interne» expliquerait la tentative de meurtre commise aux dépens de Phil «Crazy» Boudreault, le numéro 2 des Hells Angels de la section ontarienne Nomads atteint par balle sur sa moto, à Lachute, le 16 avril.

La fusillade dans laquelle l’ex-boxeur olympique a été grièvement blessé – il a eu un poumon perforé et un éclat de projectile d’arme à feu est resté logé près de sa colonne vertébrale – résulte vraisemblablement d’une chicane d’affaires et de territoire avec un ou plusieurs Hells Angels québécois, selon plusieurs sources du Journal.

Sans être confirmée par la Sûreté du Québec qui reste muette sur l’enquête qu’elle mène dans cette affaire, l’hypothèse de la purge interne reste la plus plausible, d’après nos informations.

Le ou les auteurs du crime ont, à tout le moins, voulu passer un message sans équivoque au vice-président des Nomads de l’Ontario voulant qu’il ne soit plus le bienvenu sur les territoires d’activités criminelles de ses «frères» du Québec.

Transféré en hélicoptère ?

Toujours alité dans un hôpital de la région de Montréal, Phil Boudreault aurait d’ailleurs pris des dispositions pour être transféré de façon imminente dans un centre hospitalier de la région d’Ottawa, d’après nos sources.

Il serait même question que le motard, dont la vie n’est pas en danger, mais qui pourrait conserver des séquelles de ses blessures, nolise un hélicoptère pour assurer son transport.

Depuis le début de son hospitalisation, sa chambre est surveillée par deux policiers, au cas où les tueurs auraient l’intention d’y achever leur travail.

Ils n’ont rien vu

La présence de ce patient et de certains de ses visiteurs n’est pas sans soulever des inquiétudes parmi les professionnels de la santé de cet hôpital, dont Le Journal taira le nom pour des raisons de sécurité.

Selon nos informations, «Crazy» Boudreault a refusé de fournir une déclaration écrite aux policiers.

Mais il leur a dit que ni lui ni sa conjointe – qui n’a pas été blessée, même si elle était assise juste derrière la victime au moment de la fusillade – n’ont eu le temps de voir quoi que ce soit pouvant aider les enquêteurs à remonter jusqu’aux suspects.

Le samedi 16 avril, vers 10 h 30, le couple roulait sur le chemin Bethany lorsqu’un tireur, à bord d’un VUS conduit par un complice, a fait feu à plus de 10 reprises en direction du motard barbu.

Boudreault, qui arborait sa veste à l’effigie des Hells, a été atteint d’au moins une balle, a perdu la maîtrise de son engin et s’est retrouvé dans le fossé en bordure de la route.

Un proche de Boudreault les suivait à moto, mais il avait quitté les lieux à l’arrivée des policiers. C’est un résidant du secteur qui est allé aider la victime et a appelé le 911.

La police n’a pas retrouvé le véhicule suspect, un vieux modèle de couleur bleu ou gris.

Ils veulent reprendre leur place

Sortis de prison, les Hells Angels québécois ne lésineront pas sur les moyens pour reprendre la place qu’ils occupaient sur l’échiquier du crime organisé avant de se faire écrouer lors de l’opération SharQc.

Les policiers l’ont déjà répété et la fusillade du 16 avril semble appuyer leur prédiction.

Plusieurs membres du chapitre ontarien Nomads des Hells avaient accentué leur présence au Québec pour combler le vide causé par l’incarcération de plus de 100 membres et associés du gang de motards à la suite de cette rafle policière historique de 2009.

Mais au cours des 18 derniers mois, près d’une cinquantaine de motards québécois ont fini de purger leur peine, ont obtenu leur libération conditionnelle ou ont eu gain de cause en cour.

La bande est en pleine réorganisation dans la province, bien que leur chef allégué, Salvatore Cazzetta, soit détenu depuis son arrestation pour gangstérisme, en novembre 2015.

2 purges en 15 ans

Les deux derniers membres des Hells à avoir été assassinés au Québec ont été victimes de purges internes.

Mario Bergeron, de la section de Québec, aurait été liquidé en avril 2008 après avoir volé de la drogue à l’organisation pour financer sa consommation personnelle, a affirmé à la SQ l’ex-motard devenu délateur, Dayle Fredette. Le cadavre, qui aurait ensuite été enterré au Nouveau-Brunswick, n’a pas été retrouvé.

En juin 2000, l’ex-numéro 2 des Hells, Louis «Melou» Roy, a disparu et son corps n’a pas été trouvé. Le délateur Sylvain Boulanger a déclaré à la SQ que Roy avait été éliminé parce qu’il était en conflit avec d’autres Hells influents à propos du trafic de cocaïne.

Qui est Phil Boudreault ?

  • 41 ans, né à Sudbury
  • Surnommé «Crazy»
  • En 1996, le boxeur amateur qu’on surnommait aussi «la sensation de Sudbury» a représenté le Canada aux Jeux olympiques d’Atlanta dans la catégorie des poids super-légers
  • A fait partie des Satan’s Choice, un club affilié aux Hells Angels, avant de devenir membre puis vice-président de la section ontarienne Nomads des Hells
  • En 2007, il a été condamné à deux ans de prison et désigné délinquant à contrôler après s’être livré à des voies de fait graves aux dépens d’un homme et de son fils, dans un restaurant en Ontario