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Éducation ou lavage de cerveau?

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Lundi, j’ai assisté à une fascinante webconférence dont le contenu sera repris dans un livre à paraître.

Au Québec, le cours Éthique et culture religieuse (ECR) dit vouloir former de futurs citoyens regroupés autour de valeurs communes. Il se prétend «neutre» et veut éviter toute «pression» sur les enfants.

La professeure Nadia El-Mabrouk, de l’Université de Montréal, a soigneusement examiné les manuels scolaires utilisés au primaire, ainsi que les cahiers d’exercices accompagnants.

Derrière les beaux discours, elle est allée voir ce que l’on transmet réellement aux enfants de six à 12 ans.

Banalisation

Sans le moindre recul, de manière uniformément positive, on y présente une vision des religions stéréotypée, folklorique, relativiste, sexiste et déconnectée de la réalité québécoise.

Dans ces manuels, LE juif porte forcément la kippa. LE bouddhiste porte un vêtement orange. LA musulmane est évidemment voilée. L’enfant apprend à reconnaître au moyen du profilage ethno-religieux.

Dans le cas de l’islam, c’est la vision salafiste, la plus intégriste, qui sert d’illustration. L’exception est donc posée comme la norme représentative.

On montre une fillette de huit ans dont le mariage est arrangé. Pour bien banaliser, on note que cela se faisait en Occident... au Moyen Âge.

On explique que les jeunes musulmanes devront être réservées et modestes.

À la naissance d’un enfant, dit-on, on tue un mouton, comme si c’était une pratique normale et répandue au Québec. Il faut évidemment prier cinq fois, manger halal, etc.

Le niqab est présenté comme un code vestimentaire parmi d’autres.

Pas un mot sur le message de soumission qu’il comporte. Pas un mot sur la charia.

Pas un mot, surtout, sur le fait que l’immense majorité des musulmans du Québec ne vit pas ainsi. Il n’y a rien sur les musulmanes non voilées ou sur les non-croyants.

L’enfant dont les parents sont des musulmans non pratiquants risque de se faire demander si ses parents sont de «bons» musulmans.

Celui dont les parents sont athées se demandera carrément où sont papa et maman et s’ils sont normaux.

La «diversité» évoquée ne fait jamais référence aux vagues d’immigrants dont la différence n’avait rien à voir avec la religion. La seule différence, c’est la religion, illustrée par le vêtement et les pratiques rituelles, jamais les arts, la cuisine ou la langue d’origine.

Endoctrinement

Les exercices proposés aux enfants, qui n’ont pas l’âge de raison, sont du genre: «parle de ta religion», comme si cela ne relevait pas de la vie privée.

Bref, on encourage l’expression et la célébration des particularités religieuses de chacun et, donc, l’adhésion, voire le repli sur le groupe ethno-religieux d’origine.

On cherche en vain les valeurs communes indispensables à la convergence qui rend possible le vivre-ensemble.

Au nom d’un relativisme rebaptisé «respect», on étouffe le sens critique. L’égalité des sexes, ce sera seulement bon pour les Québécoises «de souche».

Pas une seule allusion à ce qui pourrait être rétrograde.

Il faut accepter l’autre tel quel, complètement, même s’il est extrémiste.

Ma conclusion personnelle? De l’endoctrinement pur et simple. Si on ne le voit pas, c’est qu’on ne veut pas le voir.