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Pilote dans le Grand Nord à 79 ans

Le Canadien Ron Sheardown s’apprête à prendre part à une autre expédition périlleuse au Groenland

Ron Sheardown dans l’avion qu’il pilotera vers le Groenland.
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Ron Sheardown dans l’avion qu’il pilotera vers le Groenland.

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Même à 79 ans, le pilote de brousse Ron Sheardown se lancera encore une fois dans une expédition dangereuse dans le froid polaire.

«On est complètement fou, mais on le fait parce qu’on reste des passionnés de l’aviation», dit-il.

Le pilote a élu domicile au Holiday Inn de Saint-Hyacinthe pour quelques semaines. Il se prépare à partir le mois prochain vers le Groenland avec une dizaine d’aventuriers canadiens et américains pour tenter de ramener un appareil P-38 coincé dans les glaces.

Il s’agit de l’un des huit avions militaires américains laissés sur l’île nordique en juillet 1942. M. Sheardown, originaire de l’Ontario, a d’ailleurs fait un premier voyage la semaine dernière pour aller porter de l’équipement et de la nourriture au Groenland.

«On va creuser un trou dans 350 pieds de glace avec une machine à vapeur pour sortir un avion», lance-t-il, comme s’il s’agissait d’une tâche tout à fait normale.

Perte d’un avion

Cet appareil, un Antonov AN-2 conçu par les Russes à la fin des années 1940, permet de décoller et d’atterrir facilement.
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse
Cet appareil, un Antonov AN-2 conçu par les Russes à la fin des années 1940, permet de décoller et d’atterrir facilement.

Il faut dire que M. Sheardown est un habitué des grandes expéditions. À 16 ans, il était déjà aux commandes d’un avion, fasciné de les voir voler au-dessus de sa tête.

Au cours de sa carrière, il a multiplié les voyages dans le Grand Nord canadien, mais aussi en Alaska, au Groenland et en Islande.

Il a même vécu quelques années au Québec. «Je partais de Dorval et je montais dans le Nord pour identifier des projets de mine comme celle de la fosse d’Ungava ou sur l’île de Baffin», indique-t-il.

Bien que le Nord soit un milieu hostile avec ses tempêtes et son froid polaire, M. Sheardown n’a jamais eu de problèmes majeurs en vol, sauf lorsqu’il a perdu son avion dans les eaux glacées au pôle Nord.

«On voulait vérifier si la glace était assez solide, il faut croire qu’elle ne l’était pas. Ç’a été très difficile de convaincre ma femme de me racheter un nouvel avion par la suite», raconte-t-il, souriant.

Sauvetage héroïque

Le logo de la femme dénudée est un jeu de mots avec les homophones anglais bear (ours) et bare (dénudé), l'ours étant un symbole russe, un clin d’œil au pays d’origine de l’avion.
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse
Le logo de la femme dénudée est un jeu de mots avec les homophones anglais bear (ours) et bare (dénudé), l'ours étant un symbole russe, un clin d’œil au pays d’origine de l’avion.

Le septuagénaire est responsable de l’un des plus grands sauvetages en Arctique dans l’histoire récente. C’est lui qui a retrouvé le pilote Bob Gauchie coincé à -50 degrés pendant 58 jours dans les Territoires du Nord-Ouest en février 1967. Un simple «coup de chance», dit le héros.

«C’est vraiment ironique parce qu’on était en retard de trois ou quatre heures sur notre vol à cause de problèmes mécaniques et au moins 10 km trop loin de notre véritable trajectoire», raconte-t-il.

En vol, M. Sheardown a aperçu le reflet du soleil dans le pare-brise de l’avion du pilote disparu, ce qui lui a permis de le retrouver en vie.

«Il est décédé récemment, et sa fille m’a envoyé un message pour me remercier d’avoir permis à son père d’avoir 40 ans de vie de plus que prévu. J’étais vraiment ému», raconte-t-il.

Après plus de 63 ans dans les airs, le pilote ne se lasse pas des paysages du Nord. «Je viens de repasser tous les tests pour avoir droit de voler.»