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Bonne journée, camarades!

Bonne journée, camarades!
Photo d’archives

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Une petite agitation entoure toujours le 1er mai, Journée internationale des travailleurs, commémoration des luttes ouvrières au 19e siècle pour la journée de travail de huit heures.

Des manifestations ont notamment eu lieu vendredi à Montréal et à Québec. Aussi bien s’acquitter de cette obligation un jour ouvrable plutôt que de gruger sur sa fin de semaine!

Le gouvernement du Québec fait par ailleurs coïncider la hausse annuelle du salaire minimum avec cette date. Il augmentera de 0,20 $ l’heure aujourd’hui, à 10,75 $ l’heure, et celui des employés à pourboire passe de 9,05 $ à 9,20 $ l’heure, une augmentation de 0,15 $ seulement. Je n’ai jamais compris cette distinction. Les clients ne donneront pas plus de pourboire ce matin. Ces travailleurs s’appauvrissent d’année en année.

La hausse est globalement de 1,9 %, légèrement supérieure au taux d’inflation. Même le Conseil du patronat ne rechigne pas.

Pas le Klondike

Ce n’est certes pas le Klondike pour les 260 000 Québécois qui touchent cette rému­nération minimale.

La gauche sociale et Québec solidaire réclament 15 $ l’heure.

Ils s’appuient sur une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) qui a inventé en 2015 la notion de «salaire viable». Celui-ci permettrait aux personnes qui touchent ce revenu une pleine participation sociale et une marge de manœuvre pour des sorties culturelles occasionnelles ou au restaurant.

Pertes d’emplois

Les travailleurs au salaire minimum sont pour la plupart des jeunes, souvent à temps partiel.

Pourquoi se forcer les méninges sur des bancs d’école si un emploi de caissier au Couche-Tard du coin rapporte amplement pour répondre aux besoins d’un jeune adulte très pressé d’acheter sa première bagnole ?

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, une hausse substantielle du salaire minimum, soit entre 2 $ et 5 $, pourrait entraîner des pertes d’emplois massives.

L’économiste Pierre Fortin, une référence, estime pour sa part qu’une hausse de 10 % seulement provoquerait une perte de 3 % à 6 % des emplois chez les jeunes de 15 à 19 ans.

Les chercheurs de l’IRIS plaident évidemment qu’un salaire minimum à 15 $ l’heure susciterait une hausse de la consommation bénéfique qui compenserait de possibles pertes d’emplois.

Dans la moyenne

À 10,75 $ l’heure, le Québec est dans la moyenne des provinces au Canada. Il n’est devancé que par l’Ontario (11,25 $) l’Alberta (11,20 $) et le Manitoba (11 $).

Pour ma part, je craindrais surtout, en plus, qu’une hausse spectaculaire du salaire minimum devienne un incitatif au décrochage scolaire hâtif.

Pourquoi se forcer les méninges sur des bancs d’école si un emploi de caissier au Couche-Tard du coin rapporte amplement pour répondre aux besoins d’un jeune adulte très pressé d’acheter sa première bagnole?

Une telle augmentation rapide du salaire minimum exercerait aussi une forte pression à la hausse sur les salaires de l’ensemble des travailleurs des entrepri­ses, plus expérimentés, qui exigeraient de conserver un bon écart.

Les prestataires de l’aide sociale se mobili­seraient également pour se coller sur le «salaire viable», comme ils ont toujours su le faire avec le salaire minimum.

Désolé camarades, mais c’est non!