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La bombe a explosé

La bombe a explosé
REUTERS

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Au moment d’écrire ce billet, je suis déchiré.

D’un côté, je veux être respectueux à l’égard d’un homme qui a fait et a annoncé un choix difficile. Ça n’avait pas l’air facile d’être Pierre Karl Péladeau à la télévision cet après-midi.

Et une petite note aux Gilbert Lavoie de ce monde qui se montrent déjà sceptiques quant aux raisons familiales évoquées par M. Péladeau lors de son annonce : avez-vous écouté Tout le monde en parle hier? Vous n’avez donc pas compris que c’est compliqué, présentement, dans la vie personnelle de PKP? Vous trouvez qu’il avait l’air de bonne humeur, le bonhomme?

Il suffit d’avoir un peu d’antennes au sein du PQ pour savoir que les membres voyaient encore en lui l’homme providentiel qui allait les mener au pays, même si ça peut paraître étrange. « La crise », s’il y en a une, n’est pas venue de l’interne.

En conséquence, je suis triste. Triste pour ma famille politique, pour les personnes qui la composent, pour tous ces gens à qui M. Péladeau a apporté de l’espoir et qui sont déçus aujourd’hui. C’est assurément un coup dur pour le Parti Québécois et le mouvement souverainiste que de voir l’aventure de cet homme à succès s’interrompre ainsi. (C'est un coup dur pour le PLQ aussi, remarquez...)

J'aurais aimé ça que ça marche.

Un gâchis prévisible

Mais aussi, et j’ai de la misère à ne pas en parler, je suis fâché. Vraiment, Et je n’arrive pas à le cacher... 

Tous les drapeaux jaunes avaient été levés. Tous les voyants rouges étaient allumés.

Pour quiconque ayant un peu de distance et de volonté d’avoir une analyse allant plus loin que la pensée magique, il n’existait pas de scénario où « le moment Péladeau » se concluait favorablement pour le PQ.

Il y avait sa situation familiale complexe, évoquée le jour même de l’annonce de sa candidature au PQ. Il y avait la propriété de Quebecor, qui continuerait de créer des malaises et encore plus s’il était devenu premier ministre. Il y avait son passé de patron, qui le coupait d’une partie significative de l’électorat. Il y avait son caractère réputé instable et son statut de néophyte en politique qui n’aideraient en rien.

Bref, toutes les données qui ont mené au gâchis d’aujourd’hui, Pierre Karl Péladeau les avait en main et il a choisi de faire le saut quand même.

On comprend mieux cette rumeur, qui avait couru pendant l’été avant la course, selon laquelle l’ex-PDG de Quebecor avait les pieds froids et hésitait à y aller.

Tout ça pour ça

Aujourd’hui, deux ans après la défaite électorale et un an après la fin de la dernière course, le PQ doit revivre ce processus, coûteux en argent et en unité.

D’autant plus que les mêmes aspirants – et peut-être d’autres joueurs – ont les mêmes raisons de se voir là maintenant qu’il y a 18 mois. On n’assistera pas à un couronnement. (Pour un billet de rumeurs et de spéculations, on va attendre à demain.)

C’est malheureusement le bilan qu’il faut déjà faire, « du moment Péladeau » : deux ans de perdu, beaucoup de capital politique dépensé, la démission d’un député important en Stéphane Bédard, le départ de nombreux jeunes opérateurs politiques talentueux et une deuxième course qui s’annonce déchirante.

Tout ça pour ça... Pierre Karl Péladeau devient le premier chef du PQ à ne pas se rendre aux élections générales, contrairement à ce que j’avais prédit.

La palme des prévisionnistes revient toutefois à Jean-François Lisée, dont l’image de la bombe à retardement aura fait école.

Il n’est juste pas allé jusqu’à prévenir qu’il s’agissait d’une bombe à fragmentation... Le PQ en ressort bien mal en point.

Vraiment, c’est tout un gâchis politique auquel nous assistons aujourd’hui. J'ai dit que je suis fâché, mais c'est triste à tous les niveaux, au fond.