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La bombe

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Après un deuil, rien n’est plus difficile à vivre qu’un divorce. Surtout lorsque tu as des enfants.

C’est comme si une bombe explosait.

LE BIG BANG

Au début, surtout si c’est toi qui es à l’origine de la sépa­ration, tu te dis: «Ça va bien aller, je vais être capa­ble de bien gérer ça, on va s’arranger, la vie continue, les enfants sont plus forts et plus résilients qu’on ne le croit...»

Mais après un moment, ça fesse.

Ça finit toujours par fesser.

Comme si tu ressentais la déflagration en retard, quelques jours après l’explosion.

Tout vole en éclats.

Je le sais, je suis passé par là. Ça prend des années pour recoller les morceaux.

Ceux de tes enfants. Et les tiens.

Alors imaginez quand vous êtes chef du PQ et que votre ex est une des personnalités les plus connues du Québec.

Imaginez le bang.

LA THÉORIE ET LA PRATIQUE

La première question que tu te poses quand tu te sépares, c’est: «Vais-je voir mes enfants? À quel rythme? Une semaine sur deux? Un week-end sur deux? Un droit de visite de temps en temps?»

Alors imaginez quand vous êtes politicien et que vous passez le plus clair de votre temps à Québec, alors que la mère de vos enfants est à Montréal.

Tu te dis: «C’est fini, mon chien est mort. Je serai un père de passage, je leur donnerai des bisous sur Skype, le soir, avant leur dodo...»

Les gens pensent que parce que tu es une personnalité connue, et qu’on te voit tous les jours à la télé, tu n’as pas de vie intime.

Que tout est facile, que tout te glisse dessus comme la pluie sur le dos d’un canard.

Hier, un père s’est retrouvé à un carrefour. Il n’a pas hésité. 

Rien de plus faux.

Je dirais même que c’est pire. Les médias agissent comme une caisse de résonance et transforment le moindre de tes soupirs en coup de tonnerre...

Comment réfléchir dans un tel brouhaha? Comment trouver la quiétude nécessaire aux bonnes prises de décisions?

Vous me direz que Pierre Karl Péladeau savait qu’il verrait moins ses enfants en se lançant en politique, puis en se séparant.

Oui, peut-être.

Mais il y a une différence entre la théorie et la pratique.

C’est une chose d’imaginer une bombe tomber.

C’en est une autre de voir les murs de sa maison s’écrouler.

UN CARREFOUR

Habituellement, quand un politicien jette les gants pour «passer plus de temps avec sa famille», on se demande toujours si c’est sincère ou non.

Pas hier.

Autant Julie Snyder était solide à Tout le monde en parle dimanche, profitant de son passage à Radio-Canada pour attaquer TVA (au grand plaisir des patrons de la SRC qui se frottaient probablement les mains dans les corridors), autant Pierre Karl Péla­deau était fragile et dévasté hier.

Qui a dit que les hommes sont nécessaire­ment plus forts, moins émotifs?

Hier, un père s’est retrouvé à un carrefour. Son héritage politique à droite, ses enfants à gauche.

Il n’a pas hésité.

Déjà que son couple est tombé au combat, fallait-il qu’il sacrifie aussi sa paternité?

La vie est plus précieuse que n’importe quelle idée, aussi belle soit-elle...