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L’héritage

Pierre Karl Péladeau fut le
premier chef du PQ depuis
le référendum de 1995 à placer
la souveraineté au centre
de son action politique.
Photo d’archives Pierre Karl Péladeau fut le premier chef du PQ depuis le référendum de 1995 à placer la souveraineté au centre de son action politique.

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Le passage de Pierre Karl Péladeau en politique fut bref, mais intense. S’il est vrai que l’annon­ce-choc de sa démission pour des raisons familiales ébranle le Parti québécois, son héritage n’en est pas moins réel.

Il fut son premier chef depuis le référendum de 1995 à placer la souveraineté au centre de son action politique. Le tournant, à lui seul, fut majeur. Son fameux «poing levé» en pleine campagne électorale l’annonçait déjà.

Refusant de reprendre la balle au bond, Pauline Marois s’était réfugiée dans un flou devenu chronique qui, face au fédéralisme inconditionnel d’un Philippe Couillard, s’avéra intenable.

Une fois chef, contrairement à Mme Marois, PKP miserait aussi ouvertement sur la «convergence» des forces souverainistes. Il le fit par pragmatisme. Pour la survie de son parti et de son option.

Face à l’austérité des libéraux et pour envoyer un signal positif à Québec solidaire, il en aura même surpris plusieurs quand, tout récemment, il positionnait cette même «convergence» au centre gauche de l’échiquier.

La suite des choses

Aux militants, PKP aura su redonner le goût de se battre. Voire, pour reprendre son slogan de la course à la chefferie, de «réussir» à reprendre un jour le pouvoir. Ou peut-être même, qui sait, cette indépendance frôlée de si près sous Jacques Parizeau.

On aura beaucoup dit que le magnat de la presse n’était pas un politicien «naturel». Et c’est peu dire. L’héritage qu’il laisse malgré son court passage témoigne cependant d’un instinct politique qui, sur le fond des choses, ne l’a pas trompé.

Pour la suite, savoir si cet héritage sera déterminant dépendra de sa ou de son successeur.

À deux ans et demi de la prochaine élection, il laisse aussi un peu de temps à son parti. Sur le plan politique, le fait est que PKP n’aurait pas pu choisir un «moins pire» moment pour partir.

Même si le temps est serré, le PQ pourra préparer ou reporter son congrès prévu pour 2017. Ce temps lui sera d’autant plus précieux si la ou le successeur de PKP est convaincu à son tour de la nécessité d’une «convergence» tout en étant connu pour sa vision socia­le-démocrate. Une condition sine qua non à tout rapprochement avec Québec solidaire.

Résilience caquiste

La réalité est celle-ci: la division croissante du vote francophone, la résilience de la CAQ et le monopole libéral du vote non francophone commandent la convergence, mais sans fusion, des partis souverainistes.

Malgré la défaite historique de 2014, sous PKP, le PQ frôle maintenant les 40 % d’appuis chez les francophones. À 25 %, la CAQ ne donne toutefois aucun signe d’un recul tel qu’il permettrait au PQ de s’imposer à nouveau comme l’unique alternative aux libéraux.

Face à un PQ sans chef pour les prochains mois, François Legault pourrait même monter dans les sondages.

Bref, plus que jamais, pour l’option souverainiste, l’ultime carte à jouer est celle de la convergence. Pierre Karl Péla­deau l’avait déjà compris.