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Deux homosexuels battus parce qu'ils s'embrassaient

Le couple est mort de peur depuis l’agression et a porté plainte à la police

Sébastien (à gauche) et Simon n’auraient jamais pensé que ce type d’attaque homophobe pouvait survenir à Montréal.
Photo BEN PELOSSE Sébastien (à gauche) et Simon n’auraient jamais pensé que ce type d’attaque homophobe pouvait survenir à Montréal.

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Deux homosexuels disent s’être fait battre à coups de poing au visage simplement parce qu’ils s’embrassaient dans une rue de Montréal, le week-end dernier.

«J’ai quitté mon pays [la France] il y a six ans parce que j’étais tanné de me faire cracher dessus et de me faire insulter parce que j’aime les garçons. Ce sont vraiment des animaux», a confié Sébastien, l’une des victimes, précisant qu’il ne pensait jamais vivre une telle situation à Montréal.

Sébastien, 36 ans, et Simon, 23 ans, ont préféré taire leur nom de famille pour éviter les représailles. Rencontrées séparément lundi, les victimes ont exposé le récit de leur soirée avec minutie et sans contradictions.

Samedi, vers 23 h, le couple s’est rendu devant le bar Chez Françoise, dans le quartier Hochelaga. Les deux hommes, qui avaient quelques verres dans le nez sans toutefois être ivres, marchaient main dans la main. Tout juste avant d’entrer dans l’établissement, ils se sont embrassés, ont-ils raconté. «Décalissez les tapettes! Dégagez!», leur aurait soudainement lancé un individu qui se trouvait à proximité.

Les blessures de Simon photographiées au lendemain de l’agression.
Photo courtoisie
Les blessures de Simon photographiées au lendemain de l’agression.

«Une meute de chiens enragés»

Ébahi par ce qu’il venait d’entendre, Simon n’a pas tardé à lui demander s’il était homophobe et à répondre aux insultes. C’est à ce moment que la tension aurait monté d’un cran, selon le témoignage des victimes.

«J’avais l’impression de voir une meute de chiens enragés autour de moi», a confié Simon.

Les insultes virulentes, provenant des deux clans, se seraient rapidement transformées en coups de poing au visage sur les deux homosexuels. Quelques minutes plus tard, le groupe aurait poursuivi son chemin, laissant leurs victimes un peu amochées derrière eux, selon le témoignage des hommes.

Après avoir repris ses esprits, le couple est finalement retourné au bar pour éviter que la soirée soit gâchée. À leur arrivée dans l’établissement, leurs assaillants étaient bien installés au fond. Une deuxième agression se serait produite, et Simon et Sébastien auraient de nouveau reçu quelques coups, avant de finalement pouvoir s’enfuir en courant, ont-ils soutenu.

Sébastien (à gauche) et Simon n’auraient jamais pensé que ce type d’attaque homophobe pouvait survenir à Montréal.
Photo courtoisie

Envahis par la peur

Arrivé chez Sébastien, Simon a été pris d’une crise de panique. «Je me souviens, j’étais en petite boule dans la salle de bain, je pleurais et je hurlais», a-t-il dit.

Depuis samedi soir, Sébastien n’a pratiquement pas été capable de sortir de chez lui.

Les deux Montréalais se sont rendus dans un poste de quartier du SPVM dimanche matin pour porter plainte. Tous deux ont été agréablement surpris par la compréhension et la gentillesse des agents qui ont traité leur cas, considéré comme un «crime de haine» par la police métropolitaine.

Pas un cas isolé

Les homosexuels sont nombreux à déplorer ce type d’agression homophobe sur les lignes de Gai Écoute, souligne le directeur général.

«C’est certain que ça ne me surprend pas, même à Montréal», dit Pascal Vaillancourt.

Selon les statistiques, 1,2 appel par jour concerne des actes homophobes et plusieurs d’entre eux ont été commis dans la région de Montréal. «Sur le plan légal, on a maintenant la reconnaissance des droits légaux pour les LGBT [lesbiennes, gais, bisexuels et trans], a dit M. Vaillancourt. Mais le nerf de la guerre, c’est la reconnaissance sociale.»

Répliquer?

Dans le cas des deux Montréalais, si Simon n’avait pas répliqué lorsqu’il s’est fait insulter, le résultat de l’altercation aurait possiblement été différent.

Même s’il n’encourage pas l’escalade d’insultes, le directeur général estime qu’il est tout à fait «humain» de vouloir rétorquer quand on se fait insulter. «On suggère plutôt aux victimes d’évaluer l’environnement, le contexte, etc. S’il y a un danger pour leur sécurité, c’est sûr que c’est mieux de ne pas répondre.»

Gai Écoute organisera un kiss-in lundi près de l’endroit où les jeunes hommes se seraient fait attaquer. Ce type de manifestation consiste à regrouper un grand nombre de personnes et de s’embrasser, peu importe le sexe, pour briser les tabous.