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À pleine vitesse en boîte à savon!

20 juin 1948

Avant Après
Courtoisie de BAnQ, Conrad Poirier, Feature. Coaster Classic, Juin 1948 P48,S1,P16607;
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

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Au fil d’arrivée

Courtoisie de BAnQ, Conrad Poirier, Feature. Coaster Classic, Juin 1948 P48,S1,P16607;

Presque ex aequo à quelques secondes de la ligne d’arrivée, ces deux pilotes se livrent une chaude lutte au volant de leur boîte à savon. La foule retient son souffle avant d’acclamer chaleureusement le vainqueur. Le 20 juin 1948, l’ambiance est cordiale à l’occasion de la course annuel­le Kinsmen Coaster Classics sur la rue Desjardins, entre les rues Sherbrooke et Boyce (maintenant Pierre-de-Coubertin), une section disparue en 1976 avec la construction du Stade olympique. S’élançant du haut d’une plateforme inclinée, les jeunes conducteurs de 9 à 15 ans atteignaient une vitesse allant jusqu’à 30 milles (48 km) à l’heure! Pas étonnant que les journalistes de La Gazette les surnommaient «les démons de la vitesse»! Concevant eux-mêmes leur engin, ces ingénieurs en herbe utilisaient souvent une planche à repasser pour le châssis, tandis qu’un manche à balai et un rouleau à pâte étaient assemblés pour la colonne de direction. En plus de développer le savoir-faire technique des garçons, la course permettait d’aider les plus démunis d’entre eux.

Les courses du club Kinsmen

Courtoisie de BAnQ, Conrad Poirier, News. Winner Bill Telfor, 8  octobre 1938 P48,S1,P2907.

Vainqueur de la première édition, en 1938, de la course Kinsmen à Mont­réal, le jeune Bill Telfor tient fièrement le trophée Birks dans sa voiturette «Thunderbolt» commanditée par les chocolats Cadbury. Le champion gagne en plus une bicyclette et des billets de cinéma. De quoi faire rêver bien des jeunes garçons d’origine modeste. La course annuelle de caisses à savon était une des activités caritatives du Kinsmen Club, qui avait des antennes partout à Montréal. Ayant lieu sur la rue Aird en 1940, les voiturettes déferleront ensuite au parc Trenholmes, à Notre-Dame-de-Grâce, où le jeune Tommy Butters fut couronné vainqueur trois années de suite. À la fin des années 1940 et dans la décennie suivante, la rue Desjardins accueillait les jeunes coureurs téméraires, certains venant même du club Kinsmen de Shawinigan. Organi­sant des activités pour la jeunesse et voué à aider les enfants des quartiers pauvres, Kinsmen aménageait des terrains de jeu et des centres récréa­tifs tout en veillant à la santé dentaire des petits Montréalais.

Médias et publicités

Courtoisie de BAnQ, Conrad Poirier, Feature. Coaster Classic, Juin 1948 P48,S1,P16607;

Près du mur, une caméra installée sur son haut trépied filme la course et la foule. Des photographes comme Conrad Poirier et des journalistes sont également présents afin d’immortaliser le moment. La couverture médiatique attirait de grandes foules. Près de trois mille personnes se déplacèrent en 1942! Très tôt, plusieurs compagnies profitèrent de l’événement caritatif comme vitri­ne publicitaire. À la recherche de financement pour la construction de leurs bolides, les jeunes pilotes de Griffintown cherchaient des commanditaires, comme le mentionnaient les journalistes quelques semaines avant la course. Ainsi la ligne de départ était aux couleurs de Pepsi et les barres de chocolat Oh Henry! de Lowneys, les savons Narvo, les théâtres Dominion ornaient les voiturettes des jeunes participants. La bijouterie Birks offrait le trophée au champion. Toujours médiatisée et fortement publicisée, telle une version miniature de la Formule 1, la tradition des courses de caisse à savon est toujours bien vivante du côté de Dorval ou lors de l’édition Red Bull tenue au centre-ville en septembre 2015.