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Restaurant Ottavio: un dollar de plus pour les clients allergiques

Une Lavalloise se plaint à la Commission des droits de la personne pour discrimination

lidia croteau
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont Lidia Croteau tenant sa facture affichant un dollar supplémentaire en raison de ses allergies.

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Une femme portera plainte contre un restaurant de Laval qui lui a facturé un dollar de plus parce qu’elle a prévenu le serveur qu’elle était allergique aux arachides et au soya.

Le propriétaire du Ottavio de Laval ne voit pas de problème puisque le dollar supplémentaire garantit que le plat ne contient pas d’allergènes.

La femme de 31 ans a contacté la Commission des droits de la personne parce qu’elle estime avoir été discriminée à cause d’un handicap.

«C’est insultant et injuste. Est-ce qu’on demande 5 $ de plus aux gens en fauteuil roulant parce qu’il bloque une place dans le restaurant ou bien parce que la porte automatique qui leur permet d’entrer a coûté très cher?» s’insurge Lidia Croteau.

La résidente de Laval souffre d’allergies depuis l’enfance. Elle a toujours averti à l’avance les restaurateurs qu’elle ne pouvait pas manger certains aliments, mais jamais elle n’avait payé d’extra avant sa visite récente au Ottavio.

Pas de changement

«Je n’ai pas demandé de changer quoi que ce soit à mon plat. J’ai simplement dit que j’allais prendre la pizza sur le menu et j’ai nommé mes allergies. J’allais régulièrement à ce restaurant parce que je me sentais en sécurité, je savais qu’ils prenaient vraiment les allergies au sérieux, mais je ne payais rien de plus», déplore-t-elle.

La gérante du restaurant lui aurait alors expliqué qu’il s’agissait d’une nouvelle politique puisque la préparation des plats pour les clients allergiques «ralentissait» la cuisine en raison des mesures prises pour éviter les allergènes.

«Elle m’a dit que le resto n’avait pas le choix de faire ça pour décourager les nombreuses personnes qui faisaient semblant d’avoir des allergies quand ils n’aimaient pas un aliment. La cuisine prenait alors des précautions pour rien. Le 1 $ servait à les décourager. C’est ridicule», mentionne-t-elle.

Le pire, selon Mme Croteau, c’est que le restaurant se vante sur son site internet qu’il «peut accommoder [des clients] avec plusieurs autres allergènes et intolérances. Venez expérimenter pourquoi Ottavio se qualifie comme bon premier pour les cœliaques et pour les gens souffrant d’allergies alimentaires», peut-on y lire.

«Ce n’est pas pour le dollar, c’est pour le principe. Je veux que ça arrête, je ne veux pas que ça crée un précédent et que d’autres restaurants les imitent. Je comprends que c’est plus complexe de servir des gens allergiques, mais ça fait, selon moi, partie du service à la clientèle», insiste la jeune femme.

« Ce n’est pas de l’abus », dit le proprio

Le propriétaire du restaurant Ottavio de Laval qui montre l’une des précautions prises: soit, les ustensiles bleus pour les gens allergiques et les rouges, pour les gens qui ont la maladie cœliaque.
Photo Le Journal de montréal, Martin Alarie
Le propriétaire du restaurant Ottavio de Laval qui montre l’une des précautions prises: soit, les ustensiles bleus pour les gens allergiques et les rouges, pour les gens qui ont la maladie cœliaque.

Les propriétaires des restaurants Ottavio considèrent que le dollar de plus en vaut la peine puisqu’ils sont les seuls à garantir que le plat est sécuritaire pour les clients allergiques.

«Ce n’est pas de la discrimination, le supplément montre que l’on prend ça au sérieux», insiste John Zannis, copropriétaire des succursales de Laval et Gatineau.

Le fondateur de la chaîne Aki Progakis détient aussi deux autres succursales à Montréal, qui ont toutes la même politique.

En plus d’être ouverts à la clientèle allergique, les restaurants Ottavio, qui proposent des plats de pâtes, des pizzas et des moules entre 15 $ et 20 $, ont été dans les premiers à offrir un menu entièrement sans gluten en plus du menu régulier.

«Aucun autre resto n’investit argent, temps, procédures et énergie comme nous. Nos méthodes sont uniques dans l’industrie», insiste M. Progakis.

Tout le personnel, du plongeur au serveur, est informé des allergènes et connaît ses responsabilités pour éviter la contamination, assure son associé.

Personnel conscientisé

En cuisine, un nouveau pot de sauce est ouvert et réchauffé dans une casserole différente. L’eau pour cuire les pâtes est aussi remplacée, cite en exemple M. Zannis.

Les ustensiles à la table du client sont également enroulés d’une serviette bleue pour permettre aux serveurs d’identifier rapidement les clients allergiques lors du service.

M. Zannis avoue qu’il a reçu des plaintes concernant la surcharge qu’il a mise en place il y a un peu plus d’un an. Il ignore s’il a pu perdre des clients.

Il soutient par ailleurs qu’il s’agit seulement d’une façon de montrer qu’il prend soin de ses clients et non une manière détournée de décourager ceux qui s’inventent des allergies.

Le fondateur des restos Ottavio ajoute qu’il a vécu le même genre de réticence lorsqu’il a commencé le menu sans gluten, il y a huit ans.

«On s’est fait dire par le passé qu’on était discriminatoire en servant les plats sans gluten dans des assiettes rouges. Mais aujourd’hui les gens savent que c’est sécuritaire, c’est la même chose que l’on vit avec les allergies», mentionne M. Progakis.