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Justice éclopée

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Jeudi au palais de justice, cinq citoyens ont comparu menottes aux poings, dont quatre après une nuit en prison. Ils faisaient partie de 150 citoyens convoqués pour composer un jury anglophone. Lundi, 90 étaient absents. La shérif en a retracé seulement la moitié, et le juge a lancé des mandats d’arrêt contre 12 d’entre eux, encore absents mercredi.

Dans ma classe, si la moitié du groupe ne comprend pas, je m’interroge sur ma communication... Mais le juge furibard voulait sévir.

Méthode douteuse

La méthode de convocation des jurés est nonchalante, dépassée. On pige dans la liste électorale au hasard. Pour un jury anglophone, on choisit des noms à consonance étrangère. On expédie un mois d’avance une convocation en anglais par courrier régulier, même pas recommandé. Les listes électorales mises à jour tous les quatre ans ne garantissent pas la validité des adresses ni la langue parlée. En français, au verso de la lettre, on indique un numéro de téléphone. Mais la boîte vocale était pleine, selon des témoins.

Ça manque de rigueur, pour un système qui veut être pris au sérieux! Mardi, dans plusieurs cas, la shérif a simplement laissé un message sur une boîte vocale, sans garantie qu’il se rende.

Sévérité

Autre malaise: la sévérité avec laquelle on a traité ces citoyens par rapport aux crapules.

Un ivrogne au volant ne passe pas la nuit en prison; un bandit notoire ne subit pas son procès dans les 24 heures de son arrestation; on ne traque pas avec tant de diligence le délinquant absent à sa comparution. Récemment, un juge a donné un délai à un violeur pour se trouver un avocat à son goût. Un des jurés potentiels n’a pas eu cette chance.

Bilan: deux condamnés, trois acquittés, sept encore recherchés.

Que gagne la justice à terroriser des gens honnêtes plus que les bandits?