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Charlie, Dieudonné et la liberté d’expression

Dieudonné
Photo d'archives

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Finalement, c’est à se demander si le mouvement Je suis Charlie lancé en réaction aux attentats de Paris n’a pas fait plus de mal que de bien. Je ne compte plus le nombre de fois où on me sert «t’étais pas Charlie, toi?» quand je dénonce des propos haineux ou que je corrige des faits erronés.

Charlie ou pas, affirmer que tous les musulmans sont des terroristes en puissance ou que les juifs contrôlent la planète sera toujours faux et méritera toujours d’être condamné.

Certains semblent croire que l’expression de solidarité avec les victimes des massacres de janvier 2015 via le slogan Je suis Charlie javellise toutes les dérives de la pensée et du langage. Comme si s’afficher Je suis Charlie permettait de tenir des propos haineux sans être inquiété.

Être Charlie veut aussi dire qu’on se réserve le droit de critiquer ce qui apparaît critiquable, mais sans en demander l’interdiction, à moins que le discours ne dépasse les limites prescrites par la loi.

Pourquoi il a été refoulé

Cette précision s’imposait avant que je n’entre dans le vif du sujet: interdire Dieudonné de séjour au Canada n’a rien à voir avec Charlie, la liberté d’expression ou l’absence de testicules chez les politiciens canadiens.

Non, le Canada ne commence pas à pencher du bord de la Corée du Nord ou de l’Allemagne nazie, comme on peut le lire sur le site de Dieudonné. Ou que les sionistes ont pris le contrôle de nos frontières.

Manifestement, Dieudonné a été refoulé parce qu’il a été condamné en France et en Belgique pour des actes qui sont illégaux au Canada. Les articles 318 et 319 du Code criminel canadien imposent des restrictions à la liberté d’expression, notamment la diffamation et l’incitation à la haine de groupes identifiables.

Sans oublier qu’il a été trouvé coupable de diffamation envers Patrick Bruel par un tribunal québécois et condamné à 75 000 $ d’amende en 2009. Cela a pu jouer, surtout qu’il est moins que certain que Dieudonné a payé l’amende, si on se fie à sa feuille de route en France.

Pourquoi il n’a pas été refoulé

Il n’a pas été refoulé parce qu’il nie l’Holocauste. Comme le signale notre blogueur juriste Pierre Trudel, nier l’Holocauste n’est pas un crime au Canada alors qu’en France cela est interdit. La France, qui a envoyé des Juifs français dans les camps nazis, et le Canada, force de libération, n’ont pas tout à fait les mêmes souvenirs de la guerre de 1939-1945.

Pas parce qu’il a félicité le Hamas pour ses victoires électorales à Gaza. Pas parce qu’il soutient Bashar al Assad, le bourreau syrien. Pas parce qu’il fait des «quenelles», un geste qui simule la sodomie par le bras et que certains disent être un signe nazi inversé. Pas parce qu’il s’oppose au mariage gai et se moque des homosexuels. Pas parce que les raëliens l’ont nommé Guide honoraire de l’humanité. Pas parce que le Canada n’est pas suffisamment Charlie.

Mais sans doute parce qu’il a frappé le mur au pied duquel s’arrête la liberté d’expression au Canada: celui de la haine.

À moins qu’il n’ait été refoulé parce qu’il fait l’objet d’une enquête en France pour blanchiment d’argent...

Complexe personnage.