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Chasse-Balcon: de la musique trad sur les balcons

Selon Catherine Planet, la musique traditionnelle souffre de préjugés au Québec.
Photo: Anne Castelain Selon Catherine Planet, la musique traditionnelle souffre de préjugés au Québec.

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La Chasse-Balcon fait son retour à Montréal pour un deuxième printemps. Chaque vendredi, un balcon de la ville accueille un collectif de musique traditionnelle : une invitation à danser et à tisser des liens pour les habitants du coin et d’ailleurs.

«On réussit à faire danser tout le monde, je me suis rendue compte qu’un paquet de gens voulait ça», lance Catherine Planet, l’organisatrice de la Chasse-Balcon, qui a débuté il y a quelques jours et se poursuit jusqu’au 10 juin. Des Montréalais lui offrent d’organiser l’événement sur leur balcon et cette dernière fait un choix parmi les propositions. Pour trouver le lieu chaque vendredi, il faut se fier aux indices de la page Facebook ou du site internet de La Chasse-Balcon.

Catherine Planet a eu l’idée de cette série d’événements festifs printaniers en rédigeant son mémoire de maîtrise. «J’ai étudié à l’UQAM en communication et j’ai fait une partie de mes recherches en Louisiane, où j’ai étudié l’évolution de l’expression identitaire des Cajuns : j’ai beaucoup réfléchi à l’impact de la musique traditionnelle là-bas sur les liens communautaires parce que c’est un endroit super festif. Je suis revenue ici et ça me manquait alors j’ai essayé de voir comment je pouvais recréer ça à travers mon projet de maîtrise», explique-t-elle.

L’idéatrice de Chasse-Balcon souhaitait combiner musique traditionnelle et liens communautaires dans ce projet sans toutefois savoir quelle forme celui-ci allait prendre. «Un jour j’ai écouté le film Un Violon sur le toit, de Norman Jewison, dans lequel un violoniste joue sur des toits et ça représente un peu l’équilibre d’un peuple par rapport aux traditions, se souvient-elle. Ça m’a inspirée et je me suis dit que je pourrais faire des spectacles de musique traditionnelle sur des toits pour la faire connaître aux Québécois, car elle n’est pas tant écoutée ici.»

Les balcons ont finalement pris le dessus. «Je trouvais que les toits étaient compliqués pour la sécurité, affirme-t-elle. Puis après coup je me suis dit que c’était une image importante pour moi, le balcon est le lien entre l’espace privé et l’espace public, au niveau des relations communautaires c’est une belle symbolique. J’ai toujours eu une crainte de sortir sur mon balcon, pourtant c’est important comme individu de prendre sa place. Si on veut que la collectivité sorte sur son balcon, chaque individu doit le faire. En Louisiane les gens prennent leur place et se regardent dans les yeux.»

Des préjugés

Catherine Planet est elle-même violoniste. «Je faisais déjà un peu de musique traditionnelle et je remarque que ce qu’on en entend ce sont surtout de vieux enregistrements et à moins d’être un passionné, ce n’est pas toujours attirant.» Elle note pourtant que de nombreux groupes spécialisés dans cette musique fleurissent à travers le Québec : «Les radios ne les diffusent pas. Les musiciens de musique traditionnelle au Québec gagnent leur vie à l’extérieur du Québec, ce n’est pas valorisé ici.»

Selon elle, la musique traditionnelle souffre de préjugés. «Pour moi, ces préjugés sont liés à plusieurs facteurs, notamment la partisanerie politique. Souvent quand on parle d’identité québécoise, c’est fragile. Parfois au Québec j’ai l’impression qu’on a peur de nommer la différence, on a peur de choquer si on se célèbre trop on dirait.»

La violoniste fait partie du collectif de musiciens – qui peuvent varier d’une semaine à l’autre – se produisant sur les balcons de la ville. Deux danseurs sont également présents pour entraîner la foule. « Au début ça ne bouge pas trop et après, c’est le party! », pointe-t-elle.

Dès la toute première soirée de Chasse-Balcon, début mai dernier, environ 125 personnes se sont jointes à l’événement. «Les gens viennent de partout grâce au bouche-à-oreille, aux médias sociaux et aux médias tout court, ce ne sont pas juste les voisins. Au tout début il fallait faire du repérage, aller chercher des balcons avec des espaces en bas pour accueillir du monde. On est allés beaucoup dans des balcons de ruelles, mais aussi encore dans des balcons de façade, là où il y a de grands trottoirs.»

Cette année, grâce au succès de la première édition, Catherine Planet a l’embarras du choix et continue à varier les quartiers. «On regarde aussi quel arrondissement, quelle circonscription va nous soutenir parce qu’on offre ça gratuitement à la population, on a de la promotion à faire derrière, il faut payer les frais de tout ça et on cherche d’ailleurs un partenaire majeur», précise l’organisatrice qui travaille notamment en collaboration avec le Regroupement arts et culture Rosemont — Petite-Patrie. Catherine Planet pense exporter prochainement son projet dans d’autres villes du Québec.

Indices de la prochaine Chasse-Balcon

Le quartier Mercier–Hochelaga-Maisonneuve accueillera la prochaine Chasse-Balcon exceptionnellement le mardi 17 mai au lieu du vendredi 13 en raison de la pluie prévue. Voici deux premiers indices pour trouver l’adresse :

Indice #1: Pour trouver l’emplacement du quadrilatère dans lequel se trouve le balcon : "Adam, le beau roux du village, appelait son amoureuse my darling plutôt que par son vrai nom, Catherine. Elle rougissait chaque fois et lui lançait des regards pleins de désir." Une carte est nécessaire pour décoder la phrase.

Indice #2: Pour trouver le nom de la rue : Officier né à Montréal en 1789, il fut le capitaine des Voltigeurs sous De Salaberry, à Châteauguay, en 1813.