/news/health
Navigation

Des infirmières intimidées ont été congédiées, montre une étude

Hôpital de Val-d'Or
Photo d'archives Beaucoup d’infirmières qui dénoncent l’intimidation dont elles sont victimes se font congédier, a constaté l’auteure de l’étude.

Coup d'oeil sur cet article

Alors que le gouvernement souhaite lutter contre l’intimidation, plusieurs infirmières qui ont dénoncé des situations inacceptables ont payé cher le prix, et ont été carrément congédiées, montre une étude.

«C’est fou, elles perdent leur emploi! souligne l’auteure de l’étude, Hélène Durocher, qui complète son doctorat en sciences infirmières à l’Université de Montréal. Mais l’intimidation, c’est tabou dans le domaine.»

<b>Hélène Durocher</b><br /><i>Auteure de l’étude</i>
Photo Collaboration Université de Montréal
Hélène Durocher
Auteure de l’étude

Le tiers congédié

Les résultats de sa recherche seront présentés aujourd’hui au congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).

À l’automne 2015, la chercheuse a rencontré 52 professionnelles victimes ou témoins d’intimidation de la part de leurs collègues infirmières, et ce, partout au Québec. La majorité travaille en première ligne, mais aussi à l’hôpital et dans les résidences.

Résultat: 27 % des infirmières disent avoir été congédiées après avoir dénoncé des situations inacceptables (12 sur 44).

«C’est immense, réagit Mme Durocher. La dénonciation les a conduites vers la porte.»

À noter que plusieurs infirmières ont aussi quitté leur poste avant de se faire congédier, soit quand «elles sentent la soupe chaude». Selon l’auteure, les infirmières se mettent à risque dès le dépôt d’une plainte.

«Elles deviennent des cibles. On monte un dossier contre elles à la moindre erreur. Quand la direction a une liste de 15 affaires, ils les rencontrent et les mettent dehors pour incompétence», souligne celle qui est infirmière.

Éliminer le problème

«Les directions font du ménage, dit Mme Durocher. Le but est d’éliminer toute source de problème, ça dérange ces dossiers-là. Il ne faut pas nuire à la réputation.»

Selon l’étude, les victimes d’intimidation sont surtout celles qui veulent changer des pratiques qu’elles considèrent comme inappropriées ou dangereuses pour les patients.

«Elles se font dire: “ici, on marche comme ça, viens pas changer les façons de faire”. Elles ne peuvent plus remettre en question ce qui les préoccupe.»

Mme Durocher souligne toutefois l’importance de nuancer les résultats préliminaires de son étude; les infirmières ont participé à l’étude sur une base volontaire, et sont donc biaisées.

«Mais chaque fois que je présente mon étude, 10 à 15 infirmières viennent me voir pour me dire qu’elles ont vécu la même chose.»

Par ailleurs, l’auteure souhaiterait que le problème soit reconnu au Québec.

«On ne veut pas en entendre parler. Si au moins les directions admettaient qu’il y a un problème, ce serait tout un pas.»

Quelques chiffres sur les infirmières de l’étude

  • 27 % ont perdu leur emploi
  • 50 % ont l’intention de quitter leur poste actuel
  • 40 % ont l’intention de quitter la profession
  • 6 % ont été forcées de prendre une retraite prématurée (7-8 ans trop tôt)
  • 68 % travaillent en milieu urbain, 32 % en régions