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Guy Nantel et Mike Ward en colère contre Les Olivier

Jugé trop salé, leur numéro a été retiré du gala à quatre jours de l’événement

Guy Nantel et Mike Ward en colère contre Les Olivier
Photo d'archives

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Le numéro que Mike Ward et Guy Nantel devaient présenter aux Olivier a été retiré du gala, a appris Le Journal. Ironiquement, le sketch censuré portait sur la liberté d’expression.

Guy Nantel et Mike Ward devaient présenter un numéro en duo ce dimanche, aux Olivier.
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Guy Nantel et Mike Ward devaient présenter un numéro en duo ce dimanche, aux Olivier.

«En 28 ans de carrière, je n’ai jamais vécu ou même entendu parler d’une histoire pareille.»

Au bout du fil, Guy Nantel n’en revient pas. Mercredi, Mike Ward et lui ont appris que le numéro de présentation qu’ils ont écrit a été entièrement coupé du Gala Les Olivier.

La raison? La compagnie d’assurance qui s’occupe du gala (voir autre texte) a jugé qu’il y avait des risques de poursuites avec certains gags des deux comiques.

«C’est surréaliste, dit Mike Ward. On fait un texte sur la liberté d’expression et il y a un avocat d’une compagnie d’assurance qui nous demande de changer des jokes. Cet avocat contrôle ce qui se passe en ondes.»

Sept versions

Admettant être de bonne foi, les deux humoristes ont changé des blagues tendancieuses dans leur texte, allant jusqu’à écrire sept versions différentes de leur présentation.

«On a retiré des blagues sur des groupes religieux, on a enlevé tous les sacres et on a changé des gags sur Tim Hortons et Ariane Moffatt, indique Guy Nantel. Cette semaine, on s’est fait dire que nos blagues sur la Commission des droits de la personne, ça ne passait pas.»

Le procès de Mike Ward face à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pour ses blagues sur Jérémy Gabriel n’étant toujours pas réglé, la compagnie d’assurance et le télédiffuseur ont préféré couper entièrement le numéro des deux humoristes.

Le gros bout du bâton

Du côté de l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour (APIH), qui coproduit Les Olivier, on reconnaît que l’assureur a le gros bout du bâton dans ces décisions de censure.

«Radio-Canada nous oblige contractuellement à avoir un assureur pour télédiffuser le gala, indique Gilles Grondin, directeur général de l’APIH. L’assureur a le droit de regard sur tout ce qui est mis en scène dans le gala.»

«C’est rendu qu’un agent d’assurance lit mes textes et décide si c’est acceptable ou pas, s’insurge Guy Nantel. Le principe même est inacceptable! Un agent d’assurance n’a pas à avoir mes textes dans ses mains. Ça va être quoi, le prochain? Le concierge?»

Avec ce qui s’est passé pour Dieudonné cette semaine, Guy Nantel s’inquiète pour la liberté d’expression. «Ce sont de plus en plus des fonctionnaires, des avocats et des douaniers qui deviennent des arbitres de la moralité, poursuit-il. Ça m’inquiète vraiment pour l’avenir.»

Mettre ses culottes

Mike Ward et Guy Nantel sont allés tester leur numéro à deux reprises au Bordel Comédie Club ces dernières semaines. «Ç’a super bien été, dit Guy Nantel. Le numéro était à environ 4 sur 10 dans le degré de provocation. C’était inoffensif.»

«C’est ça, le danger, quand personne ne met ses culottes et que tout le monde a peur d’avoir peur, ajoute-t-il. On n’a plus le droit de faire des jokes sur des grosses compagnies parce qu’elles commanditent, sur des artistes connus parce qu’on ne veut pas se les mettre à dos et sur des groupes religieux parce qu’on ne veut pas de poursuite.»

«Au Québec, rares sont les producteurs avec des couilles, renchérit Mike Ward. On dirait que la plupart du show-business a peur. Tant qu’à ne pas prendre de risques, deviens vendeur de souliers.»

N’étant pas en nomination ce dimanche, Guy Nantel a décidé de ne plus aller au gala, précisant qu’il ne s’agissait toutefois pas d’un boycottage.

De son côté, Mike Ward admet y aller «à reculons». L’humoriste indique que s’il remporte l’Olivier de l’année, il songe à faire un extrait de ce numéro censuré.

Le Journal n’a pu obtenir les commentaires d’Éric Belley, producteur au contenu du Gala Les Olivier.

Le pouvoir des assureurs

Pour que le Gala Les Olivier soit télédiffusé, il faut que le producteur prenne une assurance «erreur et omission» avec un courtier. Cette assurance particulière est connue sous le nom de «responsabilité professionnelle».

Dans le cas du Gala Les Olivier, l’assureur, dont l’identité ne nous a pas été confirmée, a droit de regard sur les textes et décide s’il assure ou non le gala. «On n’a pas le choix. Il faut que le gala soit assuré pour être télédiffusé», indique Gilles Grondin, directeur général de l’APIH, qui coproduit Les Olivier.

Qu’est-ce que l’assurance «erreur et omission»? «À une époque où les blâmes sont attribués et les poursuites sont engagées rapidement, les professionnels doivent prendre des mesures pour se protéger et protéger leur entreprise et leur réputation contre des allégations d’actes de négligence», peut-on lire sur le site de la compagnie d’assurance Groupe Encon.

Dernier mot

Les assureurs ayant un tel pouvoir, ont-ils le dernier mot sur les textes du gala? «La réponse se trouve entre eux et le télédiffuseur, mentionne M. Grondin. Le télédiffuseur nous oblige à avoir un assureur et l’assureur nous dit ce qui est acceptable selon lui. C’est la poule ou l’œuf.»

L’assurance «erreur et omission» est de plus en plus répandue en humour.

«Pour le documentaire sur Mike, il a fallu que je prenne cette assurance au coût d’environ 5000 $, mentionne Michel Grenier, gérant de Mike Ward. Le Canal D n’achetait pas notre émission sans cette assurance.»

 

Voici le numéro censuré

Guy Nantel et Mike Ward en colère contre Les Olivier
Photo d'archives

Mike Ward et Guy Nantel ont écrit sept versions différentes de leur numéro de présentation pour Les Olivier. Sans succès. Voici la deuxième version intégrale de leur texte qui comprenait certaines blagues controversées selon l’assureur du gala.

FRANÇOIS*: Mesdames et messieurs, voici Mike Ward et Guy Nantel.

MIKE: (en déchirant l'enveloppe)

Alors, les nommés dans la catégorie (quelconque)...

GUY: Quessé tu fais là?

MIKE: J'veux juste être sûr de pas me mettre dans la marde. J'fais pas de sketch.

GUY: Voyons, j'suis sûr que t'es capable de faire rire sans faire de scandale.

MIKE: Alors, les nommés sont...

GUY: Mike, faut pas avoir peur. Les gens sont capables d'en prendre.

MIKE: Tu diras ça à la Commission des droits de la personne. Voici une joke qu'ils m'ont écrite. «Sais-tu c'est quoi la différence entre un homosexuel et un Inuit? Y en a pas, les deux sont fantastiques! Vive la diversité!»

GUY: Ben oui, allume! C'est rendu ça, l'humour, pu besoin de punch Mike, y faut juste te faire aimer par les matantes, c’est de même que tu vends des billets en 2016; pu de punches OK? Inspire-toi de Philippe Bond; y en a pas de punches, y vend trois fois plus que toi.

MIKE: Je tiens à m'excuser à Phil Bond pour ce gag-là, pis je m'excuse à sa mère aussi.

GUY: Pourquoi à sa mère?

MIKE: Ç’a l'air que, quand tu fais une joke sur quelqu'un, ça blesse sa mère encore plus.

GUY: Où c’est que t'as appris ça, à la Commission des droits de la personne? Ça devrait même pas exister, cette affaire-là.

MIKE: Je tiens à m'excuser à la Commission des droits de la personne, pis je sais pas si la commission a une mère, je m'excuse à elle aussi.

GUY: Arrête de t'excuser!!! Ressaisis-toi. C'est ça que tu fais, de l'humour noir. Toi tu fais de l'humour méchant, moi je fais de l'humour intelligent. Mais les deux sont utiles à la société. On a besoin de scientifiques pour trouver un remède au cancer, mais on a quand même besoin de la petite baquaise au Tim Hortons qui sert les beignes.

MIKE: Moi j'suis la madame du Tim Hortons?

GUY: Non... Mais vous avez la même shape. Pis fais pas le gars triste, je revendique le droit de dire que t'as une shape de marde, T'AS UNE SHAPE DE MARDE. C'est ça, la liberté d'expression. Moi j'ai le droit de dire que t'es gros, pis toi t'as le droit d'être blessé pis manger tes émotions en Tim Bits comme tu fais depuis trois ans.

MIKE: Fac j'ai le droit de faire de l'humour méchant?

GUY: Oui, mais faut faire attention en 2016. Le monde forme des groupes pour faire pitié, ça t’insulte sur Facebook, ça te poursuit. La seule manière de faire ça, y faut que tu t’attaques juste à un groupe duquel tu fais partie.

MIKE: J’comprends pas.

GUY: Ben, les jokes sur les Juifs par exemple, tu peux en faire, mais juste si t’es toi-même un Juif. Mais t’sais, comme moi je le suis pas, j’pourrais pas arriver à la tévé pis dire: «Heil! Savez-vous pourquoi les Juifs donnent des stérilets en or à leur femme? Non? Parce qu’y aiment ça, rentrer dans leur argent.»

MIKE: Ok, fac vu que j'suis pas gai, j'peux pu faire de jokes de gais.

GUY: Non, mais tu ressembles à une lesbienne, fac tu pourrais faire des jokes là-dessus.

MIKE: J'ai pas l'air d'une lesbienne tant que ça.

GUY: Toi-même tu le disais dans ton show, que tout nu, de dos, t'avais l'air d'Ariane Moffatt... Pis depuis que t'as pris du poids, j'te confirme que tu lui ressembles de face avec.

MIKE: Fait que je peux faire des jokes su'es lesbiennes?

GUY: En résumé, Mike, je te regarde... Toi tu peux faire des jokes sur les lesbiennes, sur les Anglais, sur les obèses, sur le monde qui pue, pis sur les idiots qui se rendent pas compte quand ils se font insulter.

MIKE: Merci Guy... T'es vraiment bright, t'es allumé. Pas pour rien que ta tête à l'air d'une ampoule. Ça, je peux le dire?

GUY: Moi ça me dérange pas, mais je pense que tu viens de blesser ma mère.

MIKE: J'pense que la chose qui l'a plus blessée, c'est quand ta grosse tête a sorti à l'accouchement. Ça, ça devait faire mal.

Y est né en 1969, sa mère a arrêté de saigner en 2006.

GUY: Sais-tu, à ben y penser, c'était une bonne idée de présenter les gagnants en direct.

MIKE: Alors, les nommés dans la catégorie (quelconque)...