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Roulés dans la farine

Assises UMQ
Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre Martin Coiteux (à gauche) réserve-t-il des surprises aux maires Denis Coderre et Régis Labeaume?

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Les maires craignent beaucoup de s’être fait rouler dans la farine en décembre dernier lors de la conclusion du pacte fiscal avec le gouvernement Couillard. L’orgueil des Denis Coderre et Régis Labeaume en prendra un coup!

Tous les maires avaient compris en décembre dernier qu’en échange de leur acceptation de coupures de 1,2 G$ dans les transferts destinés aux municipalités -300 M$ par année - ils obtiendraient le droit de décréter les conditions de travail des employés syndiqués, devant l’impossibilité d’en arriver à une entente négociée.

Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, est maintenant trop sibyllin pour que le projet de loi attendu ne comporte pas un recul.

Le gouvernement rétablira un meilleur équilibre dans les relations de travail au niveau municipal, s’engage-t-il, mais il a aussi glissé qu’on ne pouvait pas transposer un pouvoir réservé au gouvernement à un autre niveau d’administration.

Villes menottées

La rémunération globale des employés municipaux dépasse de près de 40 % celle des syndiqués de l’administration québécoise, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), un organisme indépendant du gouvernement.

Un tel écart s’est creusé parce que les administrations municipales sont menottées face à leurs syndiqués. Lorsque le gouvernement est coincé dans ses négociations pour le renouvellement des conventions collectives, il brandit la menace de décrets et il les adopte lorsque cela s’avère nécessaire.

Il recourt alors à cette arme ultime au nom des intérêts de l’ensemble des contribuables.

Le droit de négocier

Ce pouvoir détenu par le gouvernement n’est pas une négation du droit à la libre négociation. À preuve, les syndiqués du secteur public québécois ont obtenu en décembre dernier le triple de l’offre initiale du ministre Martin Coiteux, au terme d’un sprint de négociations avec le «gun» de la loi spéciale sur la table.

Il n’y a aucune raison de croire que les maires utiliseraient le pouvoir de décréter de façon plus irresponsable que les gouvernements. Ils seraient conscients qu’ils devraient vivre ensuite pour la durée de la convention avec des syndiqués frustrés, non coopératifs et non motivés.

Ils seraient aussi tenus de négocier de bonne foi, comme le prévoit la loi.

L’arbitrage

L’arbitrage exécutoire forcé pourrait être une autre façon de modifier le rapport de force. Il est toutefois toujours très périlleux de laisser à des non-élus, non imputables, le soin de régler un différend à caractère financier. Les arbitres penchent le plus souvent du côté syndical.

L’arbitrage existe déjà dans le cas des policiers, par exemple, et la formule s’est révélée désastreuse.

Le statu quo

De toute façon, seul le statu quo est acceptable pour le SCFP, a répété le bouillant directeur québécois de ce syndicat, Marc Ranger.

Les actuelles règles du jeu assurent les syndiqués de gagner la partie à coup sûr, ils ne voudront pas les changer d’aucune façon. Ils veulent continuer de lancer dans un filet désert.