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Policiers obligés de se substituer en travailleurs sociaux

Le manque de ressources les force aussi à devenir infirmier ou chauffeur

Agents de police la nuit
Photo d'archives Faute de ressources sociales adéquates, les policiers de Montréal doivent souvent assumer un rôle de substitution envers les personnes vulnérables.

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Les policiers de Montréal sont de plus en plus obligés de se transformer en infirmier, chauffeur de taxi ou travailleur social auprès de la clientèle vulnérable, en raison du manque de ressources sociales.

C’est ce que révèle une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’UQAM.

«Faute de réponses adéquates des ressources sociales, les policiers assument des rôles de substitution», a constaté Guillaume Ouellet, qui a interrogé des policiers de Montréal sur leurs réalités au travail, notamment dans leurs contacts avec la clientèle vulnérable, comme les personnes âgées, celles qui ont des troubles de santé mentale ou les itinérants.

Entre indignation et résignation

<b>Guillaume Ouellet</b><br />
Chercheur
Photo Le Journal de Montréal, Valérie Gonthier
Guillaume Ouellet
Chercheur

Selon le chercheur, plusieurs policiers sont de plus en plus amenés à offrir des services aux personnes dans le besoin, puisqu’elles sont sans ressources. Il n’est ainsi pas rare qu’un agent soit obligé de jouer le chauffeur de taxi pour transporter une famille à l’hôpital ou une personne de ressource en ressource.

Ils doivent aussi parfois mettre leur chapeau de thérapeute et effectuer des interventions psychosociales.

«Un policier nous a dit que 70 % de son travail est en relation d’aide», a indiqué M. Ouellet hier, lors d’un colloque sur la judiciarisation des personnes itinérantes dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir qui s’est tenu à Montréal toute la semaine.

«Plusieurs policiers se sentent déportés de leur mission. La plupart sont entre l’indignation et la résignation. Ils sont résignés parce qu’ils n’ont pas le choix, et révoltés de voir des gens abandonnés à eux-mêmes», a ajouté M. Ouellet.

Manque d’intervenants

Selon lui, une des solutions pour régler ce problème est un «réinvestissement massif en santé et services sociaux».

«Il doit y avoir un programme de personnes-ressources, qui vont aller vers les gens vulnérables», a-t-il expliqué.

Sur le terrain, le patrouilleur est le mieux placé pour détecter les personnes dans le besoin, a-t-il admis. Mais s’ils sont formés en relation d’aide, les policiers n’ont pas suffisamment d’outils.

«Le policier est dans l’urgence lors d’une intervention. Il va ensuite tenter de relayer le cas aux bons services, ce qu’il est souvent incapable de faire», a exposé M. Ouellet.

 

Rôles qu’ont à jouer les policiers auprès de la clientèle vulnérable

  • Policier «prospecteur» : On leur demande de colliger de l’information sur l’intervention à venir.
  • Policier «arbitre» : Il doit sanctionner les fautifs et faire cheminer les plaintes.
  • Policier «militaire» : Il sécurise le périmètre et neutralise le danger.
  • Policier «avocat de la défense» : Parfois, un policier va refuser de judiciariser une personne vulnérable, jugeant que cela ne l’aidera pas.
  • Policier «épouvantail» : On va parfois demander aux policiers de dissuader un fautif potentiel, de lui faire peur en brandissant la menace de l’arrestation.
  • Policier «taxi» : Les policiers effectuent de plus en plus le transport de gens simplement parce qu’aucune autre ressource ne peut le faire.
  • Policier «thérapeute» : Le policier va entrer en relation d’aide, en effectuant une intervention psychosociale.
  • Policier «préposé aux bénéficiaires» : Les policiers se font parfois appeler pour assurer le bien-être physique de personnes.
  • Policier «intervenant pivot» : Le policier va être obligé d’assurer le suivi et adresser le client vers les bonnes ressources.