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Questions sur la liberté d’expression

ART-GALA DES POLITICIENS
Photo d'archives

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Hier, dans le cadre de l’émission que je coanime sur les ondes de CHOI Radio X, j’ai eu un échange très intéressant avec Guy Nantel sur la liberté d’expression...

Cette discussion m’a amené à me poser plusieurs questions sur le sujet.

Des blagues de «fifs»?

1. Si on lutte contre l’intimidation, pourquoi devrait-on défendre le droit des humoristes d’attaquer le physique de certaines personnes? Quelle est la différence entre rire du p’tit gros dans la cour d’école et rire du p’tit gros à la Place des Arts?

Quand tu es humoriste, tu as le droit d’intimider, c’est ça? Tu as un permis spécial, comme l’agent 007?

2. C’est bien beau, la liberté d’expression intégrale et absolue... Mais on pousse ça jusqu’où? «Tel animateur est tellement “fif” que son anus est aussi large qu’une station de métro»? Des jokes de tapettes, de mongols, de Noirs? Vous trouveriez ça fantastique? Vous applaudiriez? Ça serait un grand plus pour la société?

3. Dans son sketch qui a été censuré, Guy Nantel disait que les juifs demandent à leur femme de porter un stérilet en or, car «ils aiment ça, rentrer dans leur argent». Ai-je le droit de dire que ce gag est puant, raciste, et qu’il véhicule les pires clichés sur une communauté?

Pourquoi ne pas montrer un juif avec un gros nez caressant des sacs remplis d’or, tant qu’à faire? C’est exactement le genre de caricature qui faisait saliver les nazis...

Un tel gag n’est pas innocent. Il contribue à rendre certaines idées nauséabondes acceptables...

Liberté à deux vitesses?

4. Rire des islamistes, n’importe quand. Ce sont des extrémistes malades. Mais des Arabes? Rire du sionisme, oui. C’est une idée, qui est parfaitement critiquable. Mais des juifs?

Il y a une différence entre se moquer d’une idéologie (ce que Charlie faisait) et se moquer d’un groupe. Ce n’est pas du tout la même chose.

5. Pourquoi, quand un animateur de Québec lance une blague sexiste ou visant une communauté, il est vilipendé, alors que lorsqu’un humoriste de Montréal fait la même chose, le milieu se porte à sa défense?

Il existe deux libertés d’expression? Une pour la République indépendante du Plateau et une pour le reste de la province?

6. Vous savez ce qu’on dit des paradis fiscaux: «C’est légal, oui, mais ce n’est pas moral.»

Ne devrait-on pas dire la même chose à propos de l’humour? Ce n’est pas parce que tu as LE DROIT de le dire que tu DOIS le dire?

7. On ne cesse de répéter que le terrain de jeu des humoristes a rétréci au cours des dernières années, qu’ils n’ont plus de marge de manœuvre. Pourtant, on n’a jamais entendu autant de gags blessants visant des individus.

Comment expliquez-vous ça?

La caution Deschamps

8. De grâce, lâchez-moi Yvon Deschamps! Il ne visait pas des individus, mais des types! Pour mieux critiquer les intolérants! Et ses gags ne roulaient pas sur internet 24 heures par jour, sept jours par semaine! Nous sommes à une autre époque...

Qu’en pensez-vous?