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Des libéraux bougonnent

Le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement de Philippe Couillard est élevé, mais il est encore fort dans les sondages en raison de la division du vote d’opposition.
Photo d'archives Le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement de Philippe Couillard est élevé, mais il est encore fort dans les sondages en raison de la division du vote d’opposition.

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Le projet de loi sur l’industrie du taxi visant à neutraliser Uber suscite une grogne si forte chez certains libéraux qu’ils se promettent de bloquer les ministres Jacques Daoust et Dominique Anglade lors de leur investiture en vue des élections de 2018.

Les mouvements de forte contestation publique sont rares, au PLQ. Les plus importants des dernières décennies furent le déboulonnage du chef Claude Ryan après sa défaite électorale de 1981 et le schisme qui a suivi le tablettage du rapport Allaire sur la politique constitutionnelle du PLQ, provoquant la démission fracassante de Mario Dumont de la présidence des Jeunes libéraux.

Le pouvoir

Les libéraux exercent le pouvoir depuis 2003, avec une parenthèse de 18 mois dans l’opposition, entre 2012 et 2014.

Le pouvoir est un bon ciment, normalement, au PLQ, surtout lorsque les sondages lui sont favorables. Du persiflage se fait entendre toutefois depuis quelques mois dans les rangs libéraux.

La conclusion à forte hausse monétaire des négociations dans le secteur public après les prédications sur l’austérité a frustré des députés et des militants. Ceux-ci avaient défendu dans leurs milieux de vie la politique de vaches maigres du gouvernement depuis l’élection.

Il en est de même de la formule choisie pour soutenir Bombardier, qui a suscité des critiques soutenues dans les milieux spécialisés.

Le dossier d’un fichier québécois des armes d’épaule a fâché de nombreux militants et des députés ont chuchoté leur désaccord dans les oreilles de journalistes.

En passant, plusieurs députés étaient dépités à la suite du dernier remaniement ministériel en faveur d’ouvriers de la dernière heure, comme Sébastien Proulx et Dominique Anglade.

Une large majorité de maires est d’allégeance libérale. Le recul qui s’annonce sur l’octroi du pouvoir de décréter les conditions de travail dans les municipalités provoquera de la grogne chez plusieurs, dont les plus populaires et les plus influents, Denis Coderre et Régis Labeaume.

La piètre performance au chapitre de l’emploi déçoit aussi dans les rangs libéraux, après avoir promis en campagne électorale la création de 250 000 emplois.

Bref, les sujets de mécontentement sont nombreux et le gouvernement n’est en place que depuis deux ans.

La place des militants

Des militants veulent par ailleurs que le pouvoir discrétionnaire du chef dans le choix des candidats aux élections soit restreint.

Ils ne laisseraient au chef que 10 circonscriptions qu’il pourrait réserver à des candidats vedettes, par exemple. Partout ailleurs, des assemblées d’investiture devraient être tenues.

Ce n’est pas une fronde contre Philippe Couillard, mais une volonté de militants de se réapproprier leur parti.

Le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement Couillard est élevé, mais il est encore fort dans les sondages en raison de la division du vote d’opposition, de l’instabilité appréhendée avec le PQ et de l’incapacité de François Legault à s’imposer comme alternative.

Le premier ministre doit cependant prendre acte que de plus en plus de gens bougonnent dans ses troupes.