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Liberté!

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À l’île des Sœurs, avant le «paysagement», il y avait un petit sentier bordé de fleurs sauvages de toutes les couleurs. Chacun s’en faisait un petit bouquet. Alors, après cinq ans, il n’en resta plus une: rien que des pissenlits. La même chose risque d’arriver avec nos libertés, si on les enlève une à une.

J’aime les humoristes qui me font rire. Alors, Dieudonné ne m’intéresse pas. Dans ma tête, il est dans la même boîte que ces imams fêlés, certains sénateurs républicains, les militaires nord-coréens ou les évêques pédophiles.

Je ne serais pas allé voir son spectacle. Mais j’y serais peut-être allé manifester, parce que je déteste qu’on affirme que l’Holocauste n’a pas eu lieu alors qu’il a eu lieu.

Pas de la censure

Oubliez les hauts cris de Mike Ward et de Guy Nantel. Ce n’était pas vraiment de la censure aux Olivier, mais de la simple gestion de contenu – quoique malhabile. Ils peuvent toujours faire leur sketch ailleurs sans ennui.

C’est beaucoup plus inquiétant que l’affreux Dieudonné n’ait pas pu donner son spectacle ici. Il a été bloqué à la douane, un peu comme un client pas assez hip, barré par le portier du bar.

Derrière ce douanier se cachait le ministre canadien de l’Immigration, derrière lequel se cachait la ministre québécoise des mêmes affaires, qui s’est dite «soulagée» de la tournure des événements – après que le maire de Montréal eut mis sa barrette de curé pour twitter que Dieudonné n’était pas le bienvenu dans sa parois­se.

Une pente glissante

À Paris, des humoristes qui se sont moqués d’Allah ont été fusillés. Au Canada, un autre – antisémite, celui-là – se fait refuser l’accès au pays. Les méthodes diffèrent, mais le résultat est le même: on fait taire ceux dont le discours déplaît.

Nous sommes engagés sur la pente glissante du conformisme arbitraire. Et au bout de ce chemin, il n’y a rien. Rien que des pissenlits. Et des chardons.