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Rien à voir avec la liberté d’expression

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Les humoristes qui montent sur scène avec un masque; le discours de Louis Morissette sur la responsabilité du public; le monologue de François Morency: la liberté d’expression était sur toutes les lèvres dimanche aux Olivier.

Mais tout ce beau monde s’est trompé de cible. L’affaire Mike Ward n’a rien à voir avec tout ça.

Le sketch Ward-Nantel n’a pas été coupé parce qu’il était politiquement incorrect. Il a été écarté parce qu’il ne respectait pas le processus judiciaire.

PAS RAPPORT

Tout le monde, ou presque, est tombé dans le panneau.

Il a suffi que Mike Ward et Guy Nantel crient à la censure pour que tout le monde crie: «Censure!».

Il a suffi que des humoristes se disent brimés dans leur liberté d’expression pour que tous crient: «Défendons la liberté d’expression!».

Désolée de péter votre balloune Messieurs-dames, mais la crisette des Olivier n’a rien à voir avec la liberté de penser.

C’est juste un cas de quelqu’un (Mike Ward) qui allait commenter publiquement une cause qui est devant les tribunaux et pour laquelle le jugement n’a pas encore été rendu.

Radio-Canada a parfaitement raison en affirmant dans son communiqué: ce n’est pas un cas de censure.

Mettons que tu es en procès avec ton voisin pour une chicane de clôture: tu ne vas devant un million de personnes pour dire que ton voisin est un zouf, que le juge est un tata ou pour convaincre le Québec au complet que la clôture est de ton côté de la cour et que c’est ton voisin qui a tort.

Ça pourrait être perçu comme une façon d’influer sur le processus judiciaire.

Normalement, tu te la fermes et tu attends que le jugement soit rendu. Là tu peux dire ce que tu veux.

Il faut défendre la liberté d’expression. Mais il faut la défendre dans un cas où elle est clairement menacée.

(Et ne me sortez pas que le petit Jérémy a trouvé le sketch inoffensif, ça n’a aucun poids, il n’est pas juge ou avocat à ce que je sache.)

J’ai adoré que Martin Matte, en acceptant son prix, rappelle qu’en 20 ans de carrière il n’a jamais été victime de censure. J’ai adoré que les gars de La soirée est encore jeune rappellent qu’ils ont carte blanche pour dire les pires niaiseries.

Ouf! Ça faisait du bien de se faire rappeler que, somme toute, au Québec, on jouit d’une liberté d’expression exceptionnelle.

Parce qu’à écouter certains commentateurs ces derniers jours, on avait l’impression de vivre sous une dictature sanguinaire où d’innocents humoristes se faisaient condamner à 10 000 coups de fouet par une méchante compagnie d’assurance.

LES VRAIES VICTIMES

J’ai un message pour les humoristes qui déchirent leur chemise pour appuyer la pauvre «victime» Mike Ward .

Si vous voulez vraiment dénoncer la censure infâme, si vous souhaitez nous faire pleurer sur une injustice abjecte, et prendre le parti d’une vraie victime, j’ai un nom à vous suggérer: Raif Badawi.

Le jour où vous monterez sur scène, en gang et en silence, avec un masque sur la bouche marqué d’une croix rouge, pour dénoncer les coups de fouet d’un blogueur saoudien, là je vous applaudirai.