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C'est normal ça ?

Bloc - bordel informatique
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Celle-là est difficile à comprendre.

Pour simplifier, fiction : je suis partenaire et revendeur des voitures d’une marque X.

Une municipalité m’engage pour la conseiller sur quelle marque de voiture choisir.

Il me semble que je ne sois pas le mieux placé pour les aider, non ? Surtout si en bout de piste, la municipalité achète des voitures de la marque X. Ça parait mal.

En informatique, ça marche comme ça avec votre argent dans plusieurs organismes publics.

Pour les aider à préparer des appels d’offres, des organismes publics n’ont pas les compétences et vont donc embaucher une firme spécialisée  pour les accompagner dans la rédaction d’un appel d’offres et la définition des besoins.

Cette firme est partenaire et revendeur avec le fabricant X.

Au terme de l’appel d’offres, ce sont les produits du fabricant X qui sont achetés.

Notre Bureau d’enquête a contacté différents organismes publics québécois qui ont octroyé des contrats dans ces circonstances. Aucun problème, c’est tout à fait légal. Qui le conteste formellement ? Personne. Tout est beau. Mais allons plus loin.

Que ce soit légal ou pas, même la juge France Charbonneau écrivait que ça ne changeait rien. Je la cite dans son rapport : «les moyens mis en œuvre par les ministères et organismes pour encadrer les processus d’acquisition se limitent à traiter généralement de la conformité avec la réglementation, ce qui est insuffisant pour détecter la corruption et la collusion»

Rien ne permet d’affirmer que ces situations ont mené à des cas de collusion ou corruption. Mais le Québec se vante de vouloir faire le ménage et d’encadrer les marchés publics afin d’évincer les apparences de conflits d’intérêts. Quand on permet à un revendeur de produits informatiques d’aider les organismes à s’acheter des produits informatiques de la même marque, c’est quoi alors ?

Ces firmes privées qui préparent les appels d’offres se substituent aux fonctionnaires qui n'ont pas les compétences, mais ils ne sont pas soumis aux mêmes règles, notamment en terme de lobbying. Qui s’assure que ces firmes ne sont pas influencées par les fabricants de produits informatiques en échange de gratitude monnayable ? Comment peut-on vérifier tout cela ? Oubliez l’accès à l’information, c’est du privé. Les poignées pour enquêter sont difficiles. Il faut donc leur faire confiance.

Nous avons contacté des entreprises qui nagent dans cette situation. Elles défendent d’abord leur intégrité, assurent qu’elles ne vont jamais influencer les organismes publics pour favoriser leurs fabricants partenaires et assurent qu’elles ne sont jamais payées par leurs partenaires. Mais elles reconnaissent que nos questions sont légitimes. Pas de doute qu’en apparence, ce n’est pas l’idéal. Il faut présume de la bonne foi, mais les Québécois ont raison de vouloir plus de garanties, souvenirs de construction obligent.


Les solutions  ?


Pourquoi ne pas exiger que les firmes informatiques qui préparent les appels d’offres ne soient partenaires d’aucun fabricant de produits informatiques ?

Simplement parce que ces firmes feraient faillite. La préparation d’appel d’offres n’occupe qu’une infime partie de leur chiffre d’affaires. En revendant des produits et en accompagnant des implantations, après des appels d’offres, c’est là qu’ils sont plus sollicités.

Certains consultants privés indépendants peuvent aussi offrir le service. Comme les firmes, il est difficile d’évaluer s’ils sont, en coulisses, influencés. C’est le même problème de l’imputabilité et de la transparence.

La solution ultime, même les firmes privées consultées la recommandent. Les appels d’offres doivent être préparés par des ressources internes compétentes. « Ce serait le monde idéal», nous raconte une firme, qui juge que la situation témoigne du manque criant d’expertise dans les organismes publics.

Évidemment, ce ne sont pas tous les organismes publics qui peuvent avoir des experts dans tous les domaines informatiques pour préparer des appels d’offres. Ce serait inutilement coûteux. Mais pourquoi pas une équipe volante qui peut accompagner différents organismes ? Pourquoi pas une banque d’experts en technologie spécialisés dans les définitions de besoin qui feraient la navette. La préparation d’un appel d’offres n’est pas assez sensible pour une telle garantie d’indépendance ?