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Une vraie bonne étude sur les conditions des cols bleus de Montréal

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Mon assistant de recherche Frédéric ne chôme pas depuis qu’il n’est plus en grève avec la Sétue à l’UQAM. Il vient de publier une étude sur la rémunération des cols bleus qui sont supposément des gras dur. Je lui laisse donc la parole.

Texte de Frédéric Rogenmoser, M.Sc (comptabilité) et doctorant en administration

Dans l’étude sur la rémunération des cols bleus que l’on vient de publier, on a d’abord étudié et analysé les études portant sur la rémunération des cols bleus réalisées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le Centre sur la productivité et la prospérité de l’École des hautes études commerciales de Montréal et les villes elles-mêmes. Ces études font des erreurs méthodologiques flagrantes. Ensuite, l’étude a proposé une analyse alternative procédant par une méthodologie qui comprend, entre autres, une comparaison des grandes villes canadiennes entre elles.

La première étude que nous avons regardée fut les analyses effectuées à partir de documents de recherche de l’ISQ, et l’opinion de plusieurs experts, élus et chroniqueurs qui prétendent que les employés municipaux auraient un avantage salarial de plus 38,6 % comparativement aux employés de la fonction publique québécoise. Il est important de souligner que ces chroniqueurs, comme Francis Vailles dans une chronique parue dans La Presse le 3 décembre 2013 en parlant des «... salaires incroyables des fonctionnaires municipaux», extrapolent sans réserve et sans nuance ces statistiques.

Même l’ISQ ne prétend aucunement que les salaires des cols bleus sont faramineux. Il est important d’être sceptique face aux chiffres de l’ISQ. Retenons que l’ISQ analyse que 14 emplois repères réservés aux ouvriers (opérateur, machiniste, électricien, etc.) alors qu’il y a plus de 191 postes nommés dans la convention collective de la Ville de Montréal. Plusieurs métiers ne sont pas nommés, comme les éboueurs et les plombiers, sans compter qu’on n’inclut pas les employés de l’industrie de la construction. Ces exclusions ne montrent aucunement un portrait réaliste. Aucun chroniqueur et expert sérieux n’en conclurait à un avantage salarial des employés municipaux à partir des données de l’ISQ.

Par après, nous avons analysé le Palmarès des municipalités du Centre sur la productivité et la prospérité de l’École des hautes études commerciales de Montréal. La Palmarès analyse des rapports financiers des villes du québécois et extrapole des indicateurs de gestion et des salaires moyens par employé en équivalent temps plein. Il faut encore être sceptique quant aux sources des données. Le Palmarès se base sur des chiffres non audités, donc la fiabilité se révèle discutable. Par exemple, on remarque une soudaine augmentation des avantages sociaux passant de 8561 $ par employé en équivalent temps complet en 2010 au montant de 29 739 $ par employé en équivalent temps complet en 2011 pour la Ville de Montréal sans que les chercheurs fournissent une explication plausible. Ceci est une augmentation trop suspecte. De plus, on remarque des baisses de rémunération soudaines entre 2012 et 2014. Enfin, on compare la Ville de Montréal avec un groupe de dix villes du Québec ayant plus de 100 000 habitants, dont Terrebonne et Saguenay. Nous ne voulons aucunement froisser la fierté des habitants de ces villes.

Toutefois, contrairement aux autres villes du Québec, la Ville de Montréal gère à la fois des trafics très imposants, un métro, des stationnements, des équipes sportives professionnelles et semi-professionnelles, des universités, des ponts, etc., ce qui explique les écarts importants dans l’analyse des salaires et autres indicateurs de gestion. Il faut ajouter que la grande métropole montréalaise risque plus souvent de faire travailler ses employés durant les nuits et jours fériés, ce qui fait en sorte qu’ils reçoivent souvent une prime. En outre, les données du palmarès, qui ne sont que la présentation des chiffres disponibles dans les différents rapports financiers non audités exigés par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, ne sont, dans les faits, ni fiables et ni comparables. On compare des villes disparates à plusieurs niveaux et, en plus, on fonde les conclusions sur des rapports non vérifiés.

La Palmarès des municipalités du Centre sur la productivité et la prospérité de l’École des hautes études commerciales de Montréal a pu être élaboré grâce, entre autres, à une subvention annuelle du gouvernement provincial de 1 million et demi de dollars entre 2009 et 2012. Cet argent aurait dû servir à établir une étude plus étoffée au lieu de servir d’argumentaire fallacieux dans le but de s’attaquer injustement aux conditions salariales des cols bleus des différentes municipalités.

Enfin, pour les indicateurs de gestion, nous avons regardé des indicateurs de performance, comme le coût de la gestion des déchets par nombre de portes ou le coût du déneigement par mètre de rue, fournis grâce à la loi à l’accès à l’information. Nous avons remarqué que dans le cas du coût au métrage du déneigement entre le privé et le public, la comparaison était problématique. Il est vrai qu’il en coûtait 28,80 $ par métrage au public contre 21,23 $ par métrage au privé pour le déneigement durant la période 2013-2014. Une grosse économie de 7,57 par mètre, me diront les adeptes du plus de privé. Cependant, une analyse plus poussée montre que seulement 26,1 % des coûts du public étaient attribuables au salaire des cols bleus; le reste des coûts se répartissaient entre les nombreux contrats de location et frais de transport. Donc, les coûts du public s’expliquent surtout par l’octroi de contrats de location qui pourraient être beaucoup moins chers si les contrats étaient négociés plus serrés par un organisme public indépendant des élus et des hauts fonctionnaires.

Il est étrange que les coûts de location et les frais de transport par métrage au public soient à 21,29 $ au métrage alors que le privé, ayant à subir les mêmes coûts, vend ses services à 21,23 $ au métrage tout en assumant 21,29 $ de coût en location et frais de transport par métrage (puisqu’on peut supposer que le privé doit encourir les mêmes coûts de location et frais de transport) sans compter les salaires et la marge de profit. On devrait, selon nos analyses, regarder du côté des hauts fonctionnaires et les élus qui octroient des contrats trop lucratifs aux firmes privées au lieu de blâmer la rémunération des cols bleus. En plus, il faut, avant de tirer des conclusions hâtives, tenir compte du fait que ces calculs comprennent une bonne dose de frais ventilés, estimés et budgétés qui font alors appel à beaucoup de subjectivité.

En tant que comptable, j’ai appris à être sceptique face aux chiffres et aux comparaisons boiteuses. Nous avons donc élaboré une méthodologie plus adéquate: soit comparer les grandes villes canadiennes (Montréal, Calgary, Toronto, Edmonton, Ottawa et Vancouver) ayant plus d’un million d’habitants, donc des villes sensiblement de même taille. Ensuite, nous avons décidé de regarder le taux horaire de plusieurs groupes de métier. Les conventions collectives nous donnant des chiffres plus fiables puisqu’ils sont imposés par un contrat. On évite ainsi des distorsions possibles.

Nos résultats démontrent que les avantages sociaux découlant de régimes de retraite et de vacances sont équivalents entre les six grandes villes canadiennes, mais que le taux horaire versé aux employés est plus avantageux dans les autres grandes villes canadiennes qu’à Montréal excepté pour la Ville d’Ottawa. Nous avons comparé 15 groupes de métiers représentant 48,7 % des postes inscrits dans la convention collective des cols bleus de Montréal. Nous avons rejeté des métiers qui ne se trouvaient pas dans les autres conventions collectives et des métiers d’aide, d’apprenti et de contremaître. Nous avons comparé les taux horaires minimaux et maximaux indiqués dans les conventions collectives et nous avons observé que Montréal a subi plusieurs retards salariaux dans plus de groupes de métiers que les six autres villes sauf pour les taux horaires minimums de la Ville d’Ottawa.

Un exemple pour vous le démontrer, un col bleu du groupe électricien/électronicien à Montréal gagne au maximum à peine 34,81 $ de l’heure contre 39,05 $ à Toronto, 40,79 $ à Vancouver, 41,60 $ à Ottawa, 45,58 $ à Edmonton et 47,98 $ à Calgary. À chaque taux horaire de chaque grande ville canadienne, excepté pour le taux horaire minimal des employés de la Ville d’Ottawa, plus de la moitié des groupes de métier ont des taux horaires minimal et maximal plus élevés qu’à Montréal, et ce, même si on tient compte du coût de la vie dans ces autres grandes villes canadiennes. Plusieurs groupes de métiers ont des taux horaires plus élevés de plus de 80 % et même 100 % dans le cas d’Edmonton et de Calgary (pour le taux horaire maximum). Nous avons aussi refait les mêmes calculs en incorporant cette fois le coût de la vie ce qui a donné des résultats similaires. Notre conclusion est que les salaires sont généralement inférieurs, et non le contraire, comparativement aux autres grandes villes canadiennes, et ce, même en tenant compte du coût de la vie, différent dans chacune des grandes villes analysées.

Pour lire l’étude, c’est ici.

 

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