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Rita de Santis: le droit de dire de grosses bêtises en toute impunité

Rita De Santis
Photo les archives, Jean-François Desgagnés

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La ministre libérale Rita de Santis a évoqué avec quelque ressentiment ses jeunes années d’immigrante au Québec. Parlant d’une enseignante qui l’avait invité à effacer son accent italien sans quoi elle ne parviendrait pas à faire sa place dans notre société, elle a répondu «toute personne qui parlerait à un enfant comme elle m’a parlé devrait être tuée, massacrée, jetée je ne sais où». Bon. Ok. Comment dire? Comprenant ensuite qu’elle était peut-être allée trop loin, elle s’est excusée, en disant regretter de telles paroles. Très bien. C’est noté. Lorsqu’elle n’est pas en colère, la ministre de la Réforme des institutions démocratiques ne veut pas massacrer ses vieux ennemis.

N’empêche que la chose fait réfléchir: imaginons un seul moment si une députée péquiste avait dit quelque chose de semblable, en évoquant un souvenir amer lié à l’enfance liée par exemple à la langue française. Seigneur Dieu! Jésus Marie Joseph! Je n’ose imaginer ce qu’on aurait pu dire. Les leaders fédéralistes en auraient appelé à la démission de la députée confessant ses penchants meurtriers! Qui sait, l’Assemblée nationale aurait peut-être même voté une motion de blâme pour la punir publiquement de son dérapage. Ce n’est pas inimaginable. Apparemment, elle l’a déjà fait en d’autres circonstances, sans qu’on ne sache trop pourquoi.

Je devine aussi l’émission spéciale à la télévision: dérapage et tentation meurtrière au Parti québécois! Je devine les réactions au Canada anglais: de gros titres, et d’encore plus gros titres auraient dénoncé la présence de psychopathes au Parti québécois. Et probablement que ces manchettes auraient eu un petit écho international. Ouf! Ça n’aurait pas été très drôle! L’événement aurait fait les manchettes, il aurait confisqué l’actualité et un panel d’experts autoproclamés en auraient profité pour dénoncer la part d’ombre dans l’histoire du PQ. La députée aurait eu beau plaider les mauvais souvenirs, la colère et le manque de sommeil, on ne lui aurait rien pardonné.

Mais là? Rien. Ou comme qui dirait, rien pantoute! On attendait les excuses, elles sont venues, le dossier est fermé, on n’en parle plus. Très bien. Ça devrait toujours être comme ça: on ne transforme pas une phrase aussi brutale qu’insensée en scandale politique. En un mot, comment ne pas noter l’incroyable déséquilibre dans le traitement médiatique et la présence du fameux «deux poids deux mesures» selon que la bêtise injurieuse provienne du camp fédéraliste ou du camp souverainiste? C’est dans de petits événements comme ceux-là qu’on comprend une chose simple: au Québec, la même connerie, selon qu’elle vienne des bleus ou des rouges, vaudra une petite réprimande ou la fin d’une carrière.