/opinion/columnists
Navigation

Quel partage?

POL-COUILLARD-PARTAGE
Photo Agence QMI, Yves Charlebois Philippe Couillard a indiqué dimanche dernier aux militants de son parti mécontents de la loi 10 pour encadrer Uber, qu’il mettra sur pied un «chantier de l’économie de partage».

Coup d'oeil sur cet article

Un agriculteur loue ou prête à ses deux voisins un équipement pour les semences qui ne sert que quelques jours par année à chacun. En retour, ceux-ci lui louent ou prêtent de la machinerie pour les récoltes. Les trois pratiquent l’économie de partage ou, plus précisément dans ce cas, l’économie collaborative, l’une de ses composantes.

Un couple habite au centre-ville de Montréal. Les deux se rendent à leur travail en utilisant le transport en commun. Ils n’ont pas besoin d’une automobile dans le quotidien. Ils avaient prévu une fin de semaine dans les Laurentides à l’occasion de la fête des Patriotes. Ils se sont tournés vers Communauto pour la location d’un véhicule. Ce couple s’inscrit aussi dans l’économie de partage.

Hôtellerie au noir

Des propriétaires d’une résidence dans le Vieux-Québec utilisent les réseaux sociaux pour louer de façon continuelle une ou des chambres à des touristes. Ils font de l’hôtellerie au noir, sans permis d’hôtel, sans inspections sur le respect des normes de sécurité et de salubrité, sans inspections par les pompiers, sans vérification des sorties de secours, sans assurances qui correspondent à leurs activités commerciales, sans payer TPS, TVQ et taxe d’hébergement.

Ils entrent en concurrence directe avec les hôteliers du quartier qui se soumettent à toute la réglementation et à toutes les lois, sous le couvert pratique de l’économie de partage, dans laquelle l’hôtellerie clandestine ne correspond aucunement.

Le site Airbnb a accentué cette pratique un peu partout dans le monde. Une loi est entrée en vigueur au Québec le 15 avril pour la contrer, mais il faudra du temps pour que ses effets se fassent sentir.

350 nuitées

Selon la présidente de l’Association hôtelière de la région de Québec, Michèle Doré, les illégaux s’approprient chaque jour 350 nuitées, même si la Ville est proactive pour les neutraliser. À Montréal, la problématique est encore plus complexe parce que chaque arrondissement est responsable de ces activités sur son territoire. Il faudrait presque une police de l’hôtellerie pour éradiquer les tricheurs.

Vous m’avez sans doute vu venir.

Dans l’industrie du transport des personnes, Uber et ses pareilles n’ont absolument rien non plus d’une économie de partage. Le covoiturage de collègues de travail en est; le transport sur appel d’un inconnu d’un point A à un point B contre rémunération, sur le modèle du taxi, mais en se soustrayant à toutes les contraintes de l’industrie, est du taxi au noir.

Quand un gouvernement veut balayer un dossier sous le tapis, il crée un comité ou un chantier.

Coincé, Philippe Couillard a indiqué dimanche dernier aux militants de son parti mécontents de la loi 10 pour encadrer Uber, qu’il mettra sur pied un «chantier de l’économie de partage».

Il faudra commencer par s’entendre sur une définition de celle-ci.

M. Couillard a volontairement ratissé beaucoup plus large que le problème posé par Uber et il a noyé ce problème dans le concept très valable de l’économie de partage.