/lifestyle/books
Navigation

Un patriotisme solidaire

<b><i>La route du pays brûlé</i></b><br />Jonathan Livernois<br />Éditions Atelier 10
Photo courtoisie La route du pays brûlé
Jonathan Livernois
Éditions Atelier 10

Coup d'oeil sur cet article

Dans son ouvrage précédant, Essai sur la permanence tranquille au Québec, Jonathan Livernois nous rappelait que notre histoire est remplie de chantiers inachevés, qu’il s’agisse des rébellions de 1837-1838, de la Révolution tranquille, brusquement interrompue par le retour de l’Union nationale, des deux référendums, ou tout simplement du Stade olympique.

Dans son nouvel opuscule, il se questionne sur le patriotisme, à partir de sa propre histoire personnelle. Comme bon nombre de Québécois, il est préoccupé par ses origines et il remonte la filière de la généalogie familiale, en fouillant aux Archives nationales et en creusant la terre de ses ancêtres. Enfant, il a découvert, dans le sous-sol de la maison de son grand-père paternel, un livre, l’édition de 1937 des Patriotes de 1837-1838 de Laurent-Olivier David, publié originalement en 1884. Ce livre jouera un rôle fondamental dans sa prise de conscience. Il a alors une dizaine d’années et il découvre que des combats ont eu lieu ici même pour reprendre le pays aux Anglais.

un non-sens

Vingt-cinq années plus tard, il retourne à sa lecture de l’ouvrage de L.-O. David. Il est frappé par l’épitaphe qui était, jusqu’alors, passée inaperçue: «Je suis heureux de voir que nous devons à cette rébellion les bienfaits d’une constitution semblable à celle de la mère-patrie.» Ces paroles sont de Benjamin Holmes, qui fut député en 1849 et qui, en tant que lieutenant-colonel de la Montreal Light Infantry, participa activement à la répression de la rébellion, «ce qui fit monter sa cote de popularité au sein de la communauté anglophone de Montréal».

Comment peut-on «placer une citation d’un ennemi de la rébellion en tête d’un livre prorébellion? se demande Livernois. Exemple parfait du patriotisme québécois dans toute son ambiguïté, comme s’il était incapable d’aller au bout de lui-même. Un patriotisme qui n’est pas des plus confiants, dans la ­mesure où il prend la peine de citer ses ennemis, pour ne pas les effaroucher. Nous sommes un peuple qui ne veut surtout pas déranger. Tellement gentil, tellement accommodant. Cela me rappelle toutes ces personnalités qui, un jour ou l’autre, ont manifesté leur appui au projet indépendantiste et qui ­acceptent sans se faire prier de ­recevoir l’Ordre du Canada. Accommodant jusqu’à la flagornerie.

une question d’identité

Bien sûr, déplore-t-il, on pratique trop souvent un patriotisme de musée, de folklore qui tourne autour de notre drapeau, qui craint de mettre le pays sens dessus dessous. L’auteur rappelle la phrase du troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson (1743-1826): «Aime ton prochain comme toi-même, et ton pays plus que toi-même.» Vaste programme. Aimer son pays plus que soi-même? ­Encore faudrait-il s’identifier à un pays, à une communauté, à une ­nation. Et l’auteur de poser la question: «Est-ce que ça vaut la peine d’être Québécois? D’être de braves patriotes? On a beau dire, on a beau faire, la réponse ne va pas de soi.» Être Québécois, cette curieuse variété de la faune humaine, selon l’expression de Fernand ­Dumont, exige plus que de la fierté, plus qu’un like sur Facebook. ­Sinon, il ne reste plus qu’à sombrer dans «l’universalisme de bon aloi, représenté par Trudeau et tutti quanti». Un «patriotisme universel», sans frontières.

«Pourquoi se bâdrer d’un pays ­infirme?», se demandent bon nombre de ses étudiants. En guise de ­réponse, Livernois accuse (le mot est peut-être fort) les baby-boomers, «ces patriotes sincères issus de ce courant souverainiste dominant que je qualifierais, faute de mieux, de néocanadien-français [...] qui ont voulu vider l’indépendantiste du projet de société progressiste qu’il portait au début des années 1960.»

Livernois, on s’en doute, contredit cette phrase maintes fois répétée, voulant que l’indépendance ne soit ni à droite, ni à gauche, mais au centre. On pourrait en discourir longtemps. Mais peut-être a-t-il raison lorsqu’il affirme que «le patriotisme ne peut être efficace que s’il flèche l’itinéraire vers une plus grande justice sociale [...], une sorte de socialisme d’ici». Ou encore lorsqu’il propose de «créer ou réinvestir tous ces lieux de solidarité où l’on peut éprouver ce que veut dire être fier, où l’on peut faire des plans pour soi-même et pour sa collectivité».

Les candidats à la succession de Pierre Karl Péladeau devraient s’inspirer des constats et conseils de Jonathan Livernois.