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Les patriotes : un devoir de mémoire

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Hier, on célébrait la Journée nationale des patriotes, ces hommes et ces femmes au cœur de certaines des pages les plus nobles et tragiques de notre histoire.

Au profit des jeunes, qui sont les premières victimes de l’amnésie du Québec d’aujourd’hui, je revisite ici, trop brièvement, quatre débats centraux des événements de 1837 et 1838.

N’était-il pas téméraire de défier militairement la plus puissante armée du monde ?

C’est infiniment plus complexe.

Les patriotes étaient certes mal armés, sans leadership militaire aguerri, sans appui des États-Unis, sans stratégie claire, divisés entre radicaux et modérés.

Mais des organisations paramilitaires ultra-loyalistes, bien armées, tolérées par les autorités britanniques, voulaient tuer dans l’œuf ce projet d’une république bas-canadienne indépendante. Il y avait donc deux soulèvements simultanés.

Le dérapage est l’aboutissement d’années de frustrations et de causes multiples qui s’enchevêtrent les unes dans les autres.

Était-ce seulement un conflit « ethnique » entre Français et Anglais ?

Il y avait certes une animosité culturelle et linguistique.

Mais plusieurs anglophones, surtout d’origine irlandaise, étaient dans le camp patriote au nom de la lutte contre l’impérialisme britannique. Plusieurs francophones, ayant des positions sociales avantageuses, soutenaient le statu quo contrôlé par Londres.

Les patriotes voulaient non seulement une république indépendante, mais avaient aussi des revendications sociales portant sur le suffrage universel, l’éducation gratuite, la peine de mort, l’égalité de droits et d’autres, qui s’inspiraient des grands principes du siècle des Lumières et des autres mouvements d’émancipation sur le continent américain.

Loin de se réduire à quelques escarmouches étalées sur deux automnes, les événements de 1837-1838 sont issus de décennies de revendications qui avaient fait monter les tensions et les frustrations.

Papineau s’est-il enfui dès que les balles ont commencé à siffler ?

C’est une calomnie grossière fabriquée des années plus tard par ses adversaires.

Papineau voit certes le déséquilibre des forces militaires et privilégie une stratégie politique. Devant le peuple, il souffle le chaud et le froid.

Quand il apprend que sa tête sera mise à prix et un mandat d’arrêt émis, il a trois options: se faire tuer, se laisser emprisonner ou s’exiler.

Louis-Hyppolite La Fontaine : héros ou collabo ?

Après la débâcle, La Fontaine s’impose comme le leader politique des Canadiens de langue française. Il essaie, dit-il, de tirer le meilleur profit possible d’un Acte d’Union délibérément conçu pour mettre en minorité les francophones pour toujours.

Louvoyant, sorte de Robert Bourassa de son temps, certains voient en lui celui qui a joué au mieux les pauvres cartes dans son jeu.

D’autres en font un parvenu qui s’est fort bien accommodé du nouveau régime pour se hisser au pouvoir, et que les Anglais écartèrent dès qu’ils n’eurent plus besoin de lui.

La Fontaine a certes obtenu des indemnisations et des amnisties à la suite des événements de 1837-1838. Mais la conquête du gouvernement responsable, dont on le crédite souvent, avait une portée relative une fois que les francophones furent minorisés et que le pouvoir sur les grandes questions leur avait irrémédiablement échappé.