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Ils feront crisser leurs pneus pour le Christ

Le maire pensait bien s’être débarrassé du Show de boucane, mais celui-ci a été réanimé par l’église du village.
Photo courtoisie Le maire pensait bien s’être débarrassé du Show de boucane, mais celui-ci a été réanimé par l’église du village.

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SAINT-JOSEPH-DE-COLERAINE | Une soixantaine de propriétaires de voitures de sport feront crisser leurs pneus pour sauver l’église de leur village lors d’un immense show de boucane.

La fabrique de la paroisse de Saint-Joseph-de-Coleraine, près de Thetford Mines, a trouvé une façon originale de renflouer ses coffres. Elle organisera un grand show de boucane le 2 juillet ou une soixantaine de véhicules détruiront leurs pneus dans la cour de l’église et emboucaneront le cœur de la municipalité, au grand désespoir du maire qui ne veut rien savoir de l’événement.

«Si on ne trouve pas d’argent d’ici deux ou trois ans, il n’y aura plus d’église», affirme le marguillier Jacques Perreault. Le déficit annuel de la fabrique atteint 12 000 $.

«Si on amène les gens dans la cour de l’église, les jeunes vont peut-être entrer et nous découvrir», ajoute le président du comité de la fabrique, Yvan Lessard.

Le maire fulmine

L’année dernière, l’événement était organisé par la Ville et avait permis d’amasser 10 000 $. Mais le maire, Gilles Gosselin, a tout fait pour que le Show de boucane, qui attire 2000 personnes dans cette municipalité de 1800 citoyens, disparaisse. Il ne veut pas que sa ville devienne la capitale du show de boucane.

«C’est le pire endroit qu’on aurait pu avoir, c’est dans le cœur du village. [...] Il y a une culture ici, ce sont des gens qui aiment faire tourner leur moteur et ce n’est pas d’aujourd’hui. De la cervelle, ça ne s’achète pas au magasin. Il y a toujours des gens irresponsables», a dit le maire Gosselin.

« Il y a une culture ici, ce sont des gens qui aiment faire tourner leur moteur et ce n’est pas d’aujourd’hui. De la cervelle, ça ne s’achète pas au magasin. Il y a toujours des gens irresponsables. » – Le maire Gilles Gosselin

Il conteste l’aspect familial de l’événement et ne comprend pas comment certains parents peuvent amener leur enfant respirer un nuage de fumée noire.

Passion partagée

Les voitures et la conduite sportive sont des passions répandues dans cette région rurale. Le personnel de l’église assure avoir consulté tous les voisins avant de prendre cette décision. «On a cogné à toutes les portes et tout le monde est d’accord si ça peut sauver l’église», explique l’organisateur Denis Angers, en assurant que les citoyens ne seront pas incommodés pendant plus de trois heures.

L’organisateur de l’événement, <b>Denis Angers</b>.
Photo Journal de Montréal, Kariane Bourassa
L’organisateur de l’événement, Denis Angers.

«Je m’en fiche du côté écologique, une fois par année, il n’y a rien là», a dit un voisin de l’église, Bertrand Laprise.

Pollution

Denis Angers assure également que son événement est beaucoup moins polluant que les grands prix de Montréal et de Trois-Rivières. «Ce n’est pas nous qui allons faire mourir la planète», dit-il.

Lorraine Laprise dont la maison se trouve à quelques mètres de l’église ne craint pas un débordement et encourage la tenue du Show de boucane. «Moi, je vais aller voir ça, mais cette journée-là, on va juste fermer les fenêtres. On ne laissera pas les châssis ouverts, car la boucane va tout entrer dans la maison», dit-elle en riant.

L’an passé, une partie des profits a servi à aider un jeune garçon atteint du cancer. En plus de sauver l’église, les organiseurs souhaitent cette année soutenir la cause des paniers de Noël qui seront remis aux familles dans le besoin.

La Ville ne prêtera pas son camion de pompiers

En se dissociant publiquement du Show de boucane, le maire de Saint-Joseph-de-Coleraine souhaitait voir l’événement disparaître. Il craint qu’à cause de l’église, sa municipalité devienne la capitale de la boucane.

Le maire Gilles Gosselin ne cache pas son mépris pour l’événement, qui ne satisfait pas les valeurs écologiques de sa région.

«Je ne veux pas que les gens pensent que c’est la seule valeur de la municipalité. Si ça arrive, moi je démissionne demain matin, car je ne veux pas être maire de la capitale du show de boucane», dit-il.

Par le passé, l’activité se tenait à l’aréna, situé devant les 3Monts, une réserve écologique. Aucune plainte officiellement n’a été déposée, mais pour M. Gosselin, il s’agissait d’un geste irresponsable.

Courte victoire

Il y a près d’un an, lorsque le conseil municipal a voté pour s’en dissocier, c’est le maire qui a tranché. «J’ai quasiment crié victoire», raconte-t-il.

Il a été surpris de voir l’église réanimer l’événement, dans son stationnement, près d’une école et d’une résidence pour personnes âgées.

Même si la survie du spectacle est assurée, Gilles Gosselin refuse de collaborer ou même d’offrir son personnel et son équipement. «Je ne veux pas voir le camion d’incendie de la Ville, marqué Saint-Joseph-de-Coleraine, de quoi ça aurait l’air», demande-t-il.