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Dans les coulisses du pouvoir péquiste

<i>Dans l’intimité du  pouvoir  – Journal politique 2012-2014</i><br /><b>Dominique Lebel<br />Éditions du Boréal</b>
Dans l’intimité du pouvoir – Journal politique 2012-2014
Dominique Lebel
Éditions du Boréal

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On ne peut lire ce Journal politique 2012-2014 concernant le bref passage de vingt mois de Pauline Marois à la tête d’un gouvernement minoritaire sans penser à un autre journal, celui qui se déroule actuellement sous nos yeux avec le gouvernement Couillard qui, lui, est actuellement à mi-mandat. Peut-on imaginer une telle transparence de la part du Parti libéral au pouvoir de 2003 à 2012, qui a toujours fait preuve d’opacité dans sa gestion et qui a sans cesse été mêlé à des scandales et des pratiques de corruption maintes fois dénoncées? Ce serait tout à fait souhaitable.

Dans le présent ouvrage, on suit au jour le jour, à travers l’agenda du directeur de cabinet adjoint de la première ministre Pauline Marois, Dominique Lebel, les grands et forts moments qui ont marqué la courte gouvernance du gouvernement péquiste. Et cette expérience assez unique commence dès la tentative de magnicide contre la première ministre, au cours de laquelle une personne innocente est morte sous les balles d’un tireur déchaîné: «C’est le chaos. On ne comprend pas ce qui se passe. La première ministre est poussée en coulisse dans un mouvement incompréhensible. C’est la consternation dans la salle.»

On assiste, de l’intérieur, aux tractations et aux valses d’hésitations pour former le nouveau gouvernement (23 ministres, dont 6 ont moins de 45 ans) et embaucher le personnel politique qui va accompagner les ministres, alors que l’ancien gouvernement plie bagage et déménage dans d’autres locaux, emmenant avec lui ses ­secrets. «Même les meubles ont l’air de ne plus ­savoir à quoi ils doivent servir.» Dans ce chassé-croisé orchestré ­habilement par la première ministre, quelques ego sont mécontents. Certains sont en colère soit parce qu’ils n’apprécient pas le ministère qui leur a été confié, soit parce qu’ils estiment que le fait de n’avoir pas été choisi au sein du Conseil des ­ministres constitue «un affront à la nation tout entière».

Puis ce sera la définition des priorités, après avoir dressé le bilan du précédent gouvernement de Jean Charest: la recherche de l’équilibre budgétaire, la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly, la fin de l’amiante, les réponses à la crise ­étudiante avec l’annulation de la hausse des frais de scolarité, les questions identitaires, la création de nouvelles places en garderie, la taxe santé, le Plan Nord. Forcé de mettre de l’eau dans son vin afin de ne pas être renversé, le gouvernement péquiste n’a guère de temps et d’espace pour préparer la prochaine étape de l’indépendance du Québec.

Mandat chargé

Du temps, on se demande où ils en trouvent dans une journée qui n’a que vingt-quatre heures. Les ministres et le personnel de soutien doivent manœuvrer dans toutes les directions à la fois, c’est-à-dire travailler sur des dossiers aussi différents que l’éducation et l’agriculture, les infrastructures routières et la culture, éteindre des brasiers et défroisser les susceptibilités, réajuster le tir, être à l’écoute des citoyens et des régions, rédiger des discours et préparer aussi bien des points de presse que des projets de loi, tout en maintenant des relations équilibrées et harmonieuses avec leurs proches et leur famille.

Les derniers moments de la vie du gouvernement Marois, le soir des élections, sont des plus émouvants. Madame est battue dans sa propre circonscription, alors que plusieurs grosses pointures tombent avec elle. «Me faire battre dans mon comté, c’est l’humiliation totale.» Il en faudra du courage pour s’adresser à la nation et reconnaître la défaite aux mains d’un parti pourtant marqué par la corruption.

Pour ceux qui se demandent encore «à quoi ça sert un gouvernement», un gouvernement qui recherche, bien entendu, un maximum de transparence et d’efficacité, je recommande fortement la lecture de cet ouvrage qui nous fait pénétrer dans les coulisses du pouvoir. Ma première impression serait celle d’une ruche d’abeilles où chaque joueur est important. Et pourtant, malgré un agenda surchargé, l’auteur prend le temps de se plonger dans des lectures enrichissantes dont il nous fait part.