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David Suzuki lance un message d’espoir

Selon le célèbre écologiste, le reste du Canada devrait prendre exemple sur le Québec

Âgé de 80 ans, David Suzuki place tout son espoir dans les jeunes qui sont, selon lui, très conscients du défi environnemental.
Photo amélie st-yves Âgé de 80 ans, David Suzuki place tout son espoir dans les jeunes qui sont, selon lui, très conscients du défi environnemental.

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TROIS-RIVIÈRES | Avril 2016 a été le 7e mois d’affilée où la planète a battu un record de chaleur, et de plus en plus de scientifiques estiment que l’humanité est près du point de non-retour. Pourtant, le célèbre écologiste canadien David Suzuki refuse de céder à la panique et garde espoir. Il croit que le Canada devrait suivre l’exemple du Québec en matière environnementale.

Selon vous, les dégâts environnementaux ne sont pas trop avancés pour assurer la survie des humains ?

Plusieurs de mes collègues, des gens importants, disent que c’est trop tard. Je me demande pourquoi ils disent cela. Si tu dis que c’est trop tard, ça veut dire que les gens comme nous, qui sont préoccupés par l’environnement, on perd notre temps, et ça ne fera pas avancer quoi que ce soit.

Je leur dis merci de nous rappeler que c’est urgent, mais «tais-toi et va-t’en!» Ça ne donne rien de dire que c’est trop tard. Tu dois espérer qu’on pourra encore faire quelque chose.

Quels sont les enjeux environnementaux qui devraient nous inquiéter actuellement au Québec ?

On utilise l’eau, l’air, et le sol comme une poubelle. Nous finirons par en payer le prix.

Donc, si on a une épidémie de cancer du sein et d’asthme chez les enfants, comme c’est le cas actuellement, on devrait penser qu’on respire l’air et que notre corps filtre ce qu’il y a dedans.

Croyez-vous que le premier ministre Philippe Couillard a pris la bonne décision en interdisant la fracturation hydraulique à l’île d’Anticosti ?

Oui! La fracturation hydraulique, qu’elle soit n’importe où, est la façon la plus stupide d’avoir de l’énergie. Ce n’est pas seulement que vous pompez l’eau, vous laissez d’énormes quantités d’eau chargée de produits chimiques retourner dans le sol.

Tout ça pour avoir un petit peu d’énergie qui sort des roches, c’est complètement cinglé.

On a vu un train exploser à Lac-Mégantic. Étant donné que la société dépend toujours du pétrole, est-ce que le transport par oléoduc constitue un moyen plus sécuritaire de le transporter ?

Non. Et si on prend au sérieux l’engagement qu’on a pris à Paris (de limiter à 1,5 degré Celsius la hausse des températures), ça veut dire que 80 % du gaz et du pétrole qui est dans le sol doivent y rester.

Si on investit des milliards dans un oléoduc, il faudra l’utiliser pour une vingtaine ou une trentaine d’années. On doit arrêter d’utiliser du pétrole bien avant ça. Alors, pourquoi dépensons-nous de l’argent là-dessus?

Puisque le Québec est situé près de l’océan et qu’on est traversé par le Saint-Laurent, est-ce que nous serons affectés plus rapidement par les changements climatiques que si on était au centre du pays ?

Tout le monde est affecté. Et c’est ça qui me surprend le plus. Bien sûr que dans les pays nordiques, comme le Canada, ça ne sera pas aussi pire que si tu vis dans des régions plus au sud ou dans l’Arctique, où le réchauffement climatique est deux fois plus rapide. Il y a des différences régionales, mais je ne pense pas que c’est important de savoir qui va s’en sortir le mieux. Les problèmes sont actuels et ont des impacts maintenant.

On aime dire que les enjeux environnementaux nous tiennent à cœur au Québec. Est-ce que c’est vraiment le cas selon vous ?

Le Québec a toujours été la province qu’on a regardée pour son leadership. Les Québécois comprennent que la forêt et le Saint-Laurent sont importants. Cela fait partie de votre identité de Québécois. C’est pour cela que vous répondez bien à notre message par rapport à certaines autres provinces, c’est dans votre ADN de vous soucier de l’environnement.

Biographie

  • David Suzuki est un généticien et environnementaliste célèbre né à Vancouver en Colombie-Britannique, en 1936. Dans sa carrière, il a écrit 52 livres et animé quelques séries télévisées sur l’environnement et le développement durable, dont une, A Planet for the Taking, qui a été récompensée par les Nations Unies.
  • Depuis 1990, une fondation à son nom vise le but ultime de rétablir un équilibre entre l’environnement et les besoins des humains.
  • David Suzuki a reçu plusieurs prix pendant sa carrière, dont le prix «Right Livelihood» en 2009, considéré par plusieurs comme un «Nobel alternatif».