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«Il faut avoir l’humilité de vieillir à l’écran...» - Élise Guilbault

«Il faut avoir l’humilité de vieillir à l’écran...» - Élise Guilbault
Photo courtoisie

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On l’a découverte sous un jour nouveau avec sa Réjanne dans Yamaska, elle nous surprend dans Unité 9 avec Kim Vanier intrigante et on la retrouve ces jours-ci dans Séquelles... Après 30 ans de carrière, Élise Guilbault se réinvente constamment et fait vivre des personnages des plus inspirants. Entrevue avec une femme entière.

Élise, on peut te voir dans la série Séquelles, dans laquelle tu incarnes une psychologue. As-tu l’impression d’explorer quelque chose de nouveau avec ce personnage?

«Ce qui me fait le plus plaisir, c’est la fidélité dans mon travail. C’est une chose bouleversante de voir que ceux qui nous sont fidèles croient encore qu’on peut se réinventer.»

Oui, c’est un thriller à la fois policier et psychologique. J’apprécie le fait que la série ne soit pas dans la veine habituelle. C’est du grand Louis Bélanger! Je suis très contente d’avoir participé à cette série. C’était un privilège de jouer avec Céline (Bonnier).

Tu as aussi d’autres projets professionnels...

Oui, il y a Mensonges, qui est diffusé actuellement, et Unité 9, qui se poursuivra cet automne. J’y ai un beau personnage, qui a sa propre histoire. Il y a un réel engouement pour cette série: les gens me parlent beaucoup de Kim. Et nous venons de terminer Yamaska.

En tant qu’actrice, as-tu le sentiment de devoir constamment repartir de zéro?

Absolument. D’un rôle à l’autre, tout peut s’effondrer. Dans l’écriture, quelque chose peut incommoder le public, qui pourrait alors se fâcher contre le personnage. Avec Réjanne (son personnage dans Yamaska), j’ai parfois pensé que je risquais d’être malmenée. Elle était dure avec ses enfants, mais le public a compris que c’était quelqu’un de malade.

Crois-tu que c’est ton métier qui te fait rester jeune, puisqu’il te force à te réinventer constamment?

Oui, absolument. Inventer quelqu’un, c’est enivrant. C’est paradoxal, mais ça requiert à la fois beaucoup de rigueur et d’abandon. En vieillissant, le danger est de commencer à avoir peur, peur de ce qu’on va garder au montage. Il faut aussi avoir l’humilité de vieillir à l’écran, de ne pas toujours chercher à être parfait. Travailler durant des mois sur un tournage intense, passer une heure et demie devant un miroir, vivre dans l’œil de l’objectif et sentir le regard de 30 personnes sur soi, c’est quelque chose! C’est pour cette raison qu’il faut prendre congé de soi-même. Aller faire du sport, aller à campagne, marcher avec son chien... Prendre congé de soi-même permet de garder l’équilibre.

Ressens-tu une certaine insécurité quand un projet se termine?

Bien sûr! Jusqu’à maintenant, ma moyenne au bâton est bonne. J’espère juste rester dans le train. Sans rouler à la vitesse d’un TGV, je veux continuer à avancer, à pouvoir me projeter. Le doute et la remise en question font partie de mon travail. Quand on plonge dans une aventure, on se dit que ce sera peut-être la dernière. Comme des amants qui se laissent et font l’amour une dernière fois. C’est toujours la meilleure fois! C’est ça la vie de pigiste: elle impose une très grande intensité. Il faut avoir la nature du pigiste et je l’ai. Même lorsque j’étais petite, je n’avais aucune propension à la régularité. J’aimais les surprises. Je m’ennuie vite.

Est-ce rassurant de travailler autant alors qu’on vieillit?

Mille fois oui. Ça me rassure! Pas juste sur mon sort, mais sur celui des femmes en général. Ça me rassure pour mes amies, comme Guylaine Tremblay, Marie-France Lambert, Josée Deschênes, Anne Dorval, Céline Bonnier, Marie-Chantal Perron, Anne-Marie Cadieux... Je sais très bien que 5000 autres ne travaillent pas. Je suis sensible à ça. Mais voir des femmes comme Danielle Proulx et Micheline Lanctôt au petit écran, je trouve ça formidable! Alors, oui, je suis reconnaissante et j’apprécie chaque jour. Je suis très amie avec un pilote qui me parle de sa retraite. Il est sidéré à l’idée que je n’arrêterai jamais. C’est une chance, mais nous devons penser à l’avenir. Il faut faire comme l’écureuil. Il n’y a personne pour nous protéger. Parfois, la vie peut être éprouvante pour une femme pigiste. Je suis une femme vieillissante et je suis encore à l’écran. On croit encore que je peux faire rêver, que je peux inspirer, et c’est tant mieux.

Tu animes l’émission Loin d’être bête. D’où te vient cette passion pour les animaux?

Je suis folle des animaux depuis toujours. J’aime leur énergie, leur présence m’apaise. J’ai un immense respect pour eux. Je ne mange d’ailleurs plus de viande, que du poisson. Ça vient de ma famille. Mon père aimait beaucoup les bêtes. J’ai toujours eu un chien. Ça m’apporte beaucoup de joie de vivre. Mon chien a aussi une influence sur ma forme physique, puisque nous marchons beaucoup ensemble.

Tu parlais d’amitié précédemment. Elle occupe une place importante dans ta vie?

Oui, une grande place. J’appelle ça ma famille reconstituée. J’ai ma famille et j’ai mes amis. Ma plus vieille amie, je la connais depuis 52 ans. C’est une amie d’enfance, je suis la marraine de son fils. J’ai des amies depuis 30, 35 ans. Nous avons traversé les hauts et les bas de la vie. Nous nous connaissons bien.

L’amitié a-t-elle plus de chance de survivre que l’amour a ton avis?

Ça ne se compare pas. J’ai des amis hommes avec lesquels je blague sur le fait que nous serons ensemble toute notre vie parce que nous n’avons jamais été amoureux... Mais certaines amitiés se brisent aussi.

Un mot sur le célibat. Est-ce un statut que tu apprécies?

Je n’en parle jamais, mais je peux dire que ce n’est pas parce qu’on n’est pas accompagnée lors d’un gala qu’on est nécessairement seule. Quand on est prête, on se présente accompagnée. Quand ce n’est pas encore le bon moment, on ne se présente pas. (sourire)

Es-tu de celles qui s’épanouissent mieux en couple?

Oui, et je crois qu’on vient en paquet de deux. Certains aiment être seuls, d’autres préfèrent être en couple.

Si elle existe, quelle est ta recette pour vieillir en forme et en beauté?

La recette, c’est de savoir ce qui nous convient. C’est rare que je reste à ne rien faire. Je bouge, je fais beaucoup de sport, je mange bien... Je fais attention à moi. J’essaie de faire circuler les idées, d’améliorer mes comportements pour être mieux dans ma peau et être une présence qu’on souhaite. Je ne fais rien d’exceptionnel, mais j’aime bien quand, à la fin de ma journée, j’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Et par-dessus tout, j’aime écouter de la musique. La musique m’accompagne de très tôt le matin à très tard le soir, et dans toutes les circonstances, joyeuses ou tristes. Elle prend une place immense dans ma vie.

Si tu fais le bilan de ces dernières années, le dirais-tu positif?

C’est au-delà de ce que je souhaitais. Je n’ai jamais espéré autant. Parfois je me pince. J’essaie de ne pas me laisser happer par le complexe de l’imposteur, pas après tant de travail! J’ai travaillé très fort. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est la fidélité dans mon travail. C’est une chose bouleversante de voir que ceux qui nous sont fidèles croient encore qu’on peut se réinventer.

 

ON PEUT VOIR ÉLISE GUILBAULT DANS...

«Il faut avoir l’humilité de vieillir à l’écran...» - Élise Guilbault
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Loin d’être bête, mardi 19 h 30 (TV5)

«Il faut avoir l’humilité de vieillir à l’écran...» - Élise Guilbault
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Séquelles, mercredi 21 h (Série+)

«Il faut avoir l’humilité de vieillir à l’écran...» - Élise Guilbault
Photo courtoisie, Serge Gauvin

Mensonges, jeudi 21 h (addikTV)