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La francisation des élèves allophones a aussi écopée

Les allophones touchés par les compressions du gouvernement Couillard

Arrivée avec sa famille à Québec en janvier, Aya, 11 ans, fréquente une classe de francisation à l’école primaire Notre-Dame-de-Foy.
photo jean-françois desgagnés Arrivée avec sa famille à Québec en janvier, Aya, 11 ans, fréquente une classe de francisation à l’école primaire Notre-Dame-de-Foy.

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Il n’y a pas que les élèves en difficulté qui sont touchés par les compressions en éducation. Les élèves allophones le sont aussi, puisque le financement des services de francisation a aussi été amputé dans la foulée des coupes imposées par le gouvernement Couillard.

Les commissions scolaires qui accueillent des élèves allophones reçoivent un financement particulier provenant du ministère de l’Éducation pour leur offrir des services de francisation. Or Québec a réduit ce financement cette année, les compressions variant d’une commission scolaire à l’autre, a constaté Le Journal.

Dans la région de Québec, c’est la commission scolaire des Découvreurs qui a écopé de la baisse la plus importante, le budget accordé ayant diminué de 37% cette année comparé à l’an passé. Cette compression provient des règles budgétaires du ministère, précise son porte-parole, Alain Vézina. «On s’est ajusté, restructuré et fait en sorte que les élèves soient affectés le moins possible», affirme-t-il, tout en précisant que sa commission scolaire a dû jongler avec des compressions de 8 millions $ au cours des dernières années.

Un peu partout dans la province, le scénario se répète. À la commission scolaire de Sainte-Hyacinthe, la réduction est de 41% cette année. «Il s’agit d’une des coupures du ministère visant l’atteinte de l’équilibre budgétaire», explique sa porte-parole, Francine Campbell.

À la commission scolaire de la Beauce-Etchemin, qui accueille une quarantaine d’élèves allophones, aucun financement n’a été octroyé cette année, comparé à 38 000 $ l’an dernier. Une somme de 56 000 $ a toute de même été dépensée par la CS pour offrir des services à ces élèves, explique-t-on.

À la commission scolaire de Montréal, la compression est de 3 millions $ (20%) mais l’administration a décidé d’injecter 1,5 million $ supplémentaire pour amoindrir les impacts de cette coupe. La CSDM estime que le sous-financement de Québec en francisation représente environ 5,6 millions $, soit 2000 $ par élève. «C’est une préoccupation importante», affirme sa présidente, Catherine Harel-Bourdon.

À la Fédération des commissions scolaires, on rappelle que les commissions scolaires qui injectent de l’argent supplémentaire doivent couper ailleurs pour compenser.

Pour calculer le financement à accorder à chaque commission scolaire pour la francisation, le ministère de l’Éducation se base sur la moyenne du nombre d’élèves allophones des deux dernières années, ce qui peut expliquer les fluctuations d’un milieu à l’autre.

Québec a toutefois versé en cours d’année une allocation spéciale pour les élèves syriens (voir autre texte), qui ne vient toutefois pas combler le manque à gagner. Le nombre d’élèves allophones est par ailleurs en hausse dans plusieurs milieux.

Du côté de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), on dénonce haut et fort ces compressions. «On ne respecte même pas la Loi sur l’instruction publique, les services ne sont pas à la hauteur des besoins», affirme sa présidente, Josée Scalabrini.

Exemples de compressions dans les services de francisation

  • Commission scolaire de Montréal: -3 M $ (-20%)
  • Commission scolaire de Sainte-Hyacinthe: - 137 000 $ (-41%)
  • Commission scolaire des Découvreurs: - 267 000 $ (-37%)
  • Commission solaire des Premières-Seigneuries: -54 000 $ (-11%)
Arrivée avec sa famille à Québec en janvier, Aya, 11 ans, fréquente une classe de francisation à l’école primaire Notre-Dame-de-Foy.
Photo Le Journal de Montréal, Frédérique Giguère

Deux poids, deux mesures

De l’argent est octroyé pour les élèves syriens mais pas pour les autres élèves réfugiés

Une aide financière supplémentaire est accordée cette année aux écoles qui accueillent des élèves syriens, mais elle ne tient pas compte des autres élèves allophones qui reçoivent aussi des services de francisation. Des voix s’élèvent pour dénoncer cette «injustice».

«Ça n’a aucun sens, c’est fondamentalement injuste. Les familles africaines, dont les enfants sont souvent nés dans des camps de réfugiés, ont probablement des besoins encore plus grands que les Syriens», lance Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Chaque année, les commissions scolaires reçoivent un financement spécifique pour les élèves qui reçoivent des services de francisation, basé sur la moyenne du nombre d’élèves des deux dernières années.

Or cette année, pour donner un coup de pouce aux commissions scolaires qui devaient recevoir une vague d’élèves syriens, le ministère de l’Éducation a créé une allocation supplémentaire dont le premier versement vient d’être octroyé dans certaines commissions scolaires. Pour établir le montant, le ministère s’est basé sur le nombre d’élèves syriens actuellement inscrits dans les écoles.

Une minorité de Syriens à Québec

Mais à la commission scolaire de la Capitale, à Québec, la grande majorité des 185 élèves allophones arrivés depuis le début octobre ne sont pas des Syriens. Seulement 39 d’entre eux viennent de Syrie, alors que plusieurs proviennent d’Afrique subsaharienne. Le financement octroyé par Québec aurait donc été beaucoup plus important si le ministère de l’Éducation n’avait pas tenu compte du pays d’origine des élèves.

La directrice des services éducatifs, Mireille Dion, précise toutefois que cet argent ne sert pas uniquement aux élèves syriens et que tous les élèves ont droit aux mêmes services. Le nombre de classes d’accueil dans cette commission scolaire est passé de 5 à 10 depuis septembre.

De son côté, le ministère de l’Éducation indique que ce soutien financier additionnel «ne se fait pas au détriment des autres élèves réfugiés» puisque le financement pour ces élèves sera accordé au cours des années suivantes, selon la méthode de calcul habituelle.

Mais pour M. Reichhold, ce financement basé sur la provenance des élèves demeure profondément injuste, même s’il ne pénalise pas les autres élèves. «On limite ça aux Syriens pour ne pas que ça coûte trop cher, je ne vois pas d’autres raisons», lance-t-il.

Ce dernier tient à préciser qu’il ne s’oppose pas à l’aide supplémentaire de Québec, bien au contraire. Il estime toutefois qu’elle devrait être offerte à tous les réfugiés, peu importe leur provenance.

Au Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ), la vice-présidente Annie-Christine Tardif estime que cette façon de faire est aussi «dérangeante». «Est-ce que c’est de la discrimination? Ça peut ressembler à ça», laisse-t-elle tomber.

Afin d’assurer de meilleurs services pour tous les élèves, il faut que le financement reflète les besoins réels plutôt que de ceux d’il y a deux ans, puisque le nombre d’élèves allophones est en constante augmentation, souligne-t-elle.

L’exemple de la Commission scolaire de la Capitale

  • 185 nouveaux élèves allophones depuis le 1er octobre dont:
  • 39 en provenance de Syrie
  • 74 en provenance d’Afrique
  • 29 en provenance d’Asie
  • Depuis le début de l’année, le nombre de classes de francisation a doublé, passant de 5 à 10.
  • Allocation additionnelle versée pour les Syriens: 25 000 $