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Le discret héritage de Monsieur Harper

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Stephen Harper, l’ex-premier ministre quasi oublié, qui a annoncé sa retraite jeudi, était un animal rare: l’anti-vedette. À l’ère des candidats formatés, coiffés, téléguidés, il était plutôt le type qu’on voit descendre de son Chevrolet devant un Tim Hortons, loin de chez soi.

Harper ne cherchait pas vraiment à séduire, et ça tombe bien, on ne ­l’aimait pas beaucoup – au Québec, surtout, on le soupçonnait d’être de tous les complots de droite pour faire du Canada un Texas du Nord. À tort, la plupart du temps.

Certes, Harper avait ses manies: un culte du secret, une phobie des ­médias, une obsession pour la ­«sécurité». Il a requinqué l’armée canadienne, et nous a tous enrichis en envoyant valser le protocole de Kyoto, pour faire du Canada une puissance pétrolière. Ses choix. Il a payé pour.

Réconciliation

Mais, plus tard, on se souviendra peut-être de Harper comme de l’homme qui a réparé le Canada, et l’a délivré de ses démons «d’unité nationale». Son règne, de 2006 à 2015, en fut un de réconciliation. Il a reconnu les Québécois comme une nation du Canada, et commençait toujours ses interventions en français. Il a ­demandé le pardon des Premières ­Nations pour les pensionnats, et a ­ramené les provinces de l’Ouest au cœur de l’action politique.

Peu de chicane

Harper a affaibli Ottawa en transférant de nombreux «points d’impôt» aux provinces, et il a désengagé le fédéral de domaines de responsabilité provinciale. Peu de chicane fédéral-provincial sous M. Harper.

Ce n’est peut-être pas cela qui a tué le Bloc québécois, mais le Bloc s’est effondré sous Harper.

Les indépendantistes qui espéraient le retour des bonnes années avec l’élection d’un Trudeau l’automne dernier ont vite déchanté.

Tout indique que Stephen Harper a fait sa marque, en pesant sur le bouton rouge marqué «reset».

Il a respecté la Constitution: tel sera sans doute l’héritage qu’on lui ­reconnaîtra.