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Une tape sur les doigts

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Je dis bravo à la lutte antidopage qui parvient à identifier les tricheurs dans la majorité des sports, mais je doute un peu des conséquences des sanctions en natation.

J’avoue que je n’ai pas trop suivi l’étendue des suspensions imposées dans les autres sports comme en athlétisme, par exemple. En natation, toutefois, l’histoire récente nous dit que c’est un peu bizarre, ce qui se passe.

La politique m’inquiète

Je prends l’exemple de la Russe Yulia Efimova. Sanctionnée parce qu’elle a été testée positive pour avoir pris du meldonium, sa suspension a ensuite été levée par la fédération internationale. Jusqu’à nouvel ordre, elle a été réintégrée dans l’équipe et les Jeux olympiques approchent. Les athlètes – surtout quand il s’agit de gros noms – engagent des avocats pour débattre leur cause. On en vient à se demander si ces gens-là sont atteignables.

Je m’inquiète de la politique autour de ça. Dans une de ses chroniques, Charles Philibert-Thiboutot suggérait qu’il fallait mettre tous les Russes dehors, notamment en athlétisme, parce que la preuve a été faite que le dopage est systémique dans le pays. Je suis d’accord aussi.

Par contre, lorsqu’il s’agit d’un cas isolé d’une athlète qui a triché, ça m’amène à me demander si les sanctions vont vraiment décourager quelqu’un d’autre à «s’essayer».

Oui, je trouve encourageant de voir qu’on commence de plus en plus à découvrir la vérité. Mais dans le cas où ces athlètes sont encore actifs, est-ce que les sanctions vont se résumer à des tapes sur les doigts ou elles vont permettre réellement de dissuader n’importe qui à tricher?

Dans l’ensemble d’une carrière, c’est vrai que rater les Jeux olympiques est différent. Par contre, faire rater les championnats du monde une année ou deux à un nageur, ça n’a pas un gros impact dans une carrière de 10 ans.

Ne pas se sentir inférieur

À l’époque de Brent Hayden, le Brésilien Cesar Cielo, qui nageait dans les mêmes épreuves que lui, avait aussi reçu une suspension, mais il avait pu ensuite participer aux championnats du monde.

Même chose pour Ryan Cochrane. Il y a deux têtes d’affiche mondiales dans son épreuve de 1500 m qui ont déjà eu des tests positifs, dont le Chinois Sun Yang, champion olympique sur cette distance. Ces gars-là ont continué à nager par la suite. Devant cela, Ryan a appris à ne plus être obsédé avec les doutes qui continuent à peser sur les athlètes contre qui il nage. Il ne veut pas se voir inférieur. C’est aussi mon point de vue.

Une affaire personnelle

De toute façon, là où je suis rendue dans ma carrière, je fais de mes performances une affaire très personnelle. C’est peut-être pour ça aussi que toutes ces histoires de dopage me touchent un peu moins.

Je fais une course plus stratégique, alors c’est bon d’avoir cette attitude-là. Quand tu fais l’épreuve du 200 m papillon, tu ne veux pas te laisser déconcentrer par une nageuse qui part plus rapidement. J’ai appris à développer cette habileté-là, ce qui fait que je la traîne maintenant un peu partout dans mon sport...

-Propos recueillis par Alain Bergeron