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«M. Cuillère» restera devant le Ogilvy, malgré une nouvelle règle

M. Cuillère
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Beaucoup de touristes et de passants s’arrêtent tous les jours devant les performances de Cyrille Estève, appelé «M. Cuillère».

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«M. Cuillère» qui joue de la musique devant le Ogilvy depuis près de vingt ans n’en est pas à sa première prise de bec avec la Ville. L’homme vient de recevoir une amende de 149 $ pour du bruit et compte faire tout ce qu’il peut pour contourner le nouveau règlement qui le force à changer d’endroit toutes les heures.

Tous les jours en poste devant le magasin de luxe Ogilvy, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, Cyrille Estève fait jouer de la musique traditionnelle et joue de la cuillère, beau temps mauvais temps.

Assis sur une chaise aménagée sur son vélo, il tente aussi de vendre ses modèles de cuillères aux touristes qui s’arrêtent pour l’écouter.

Or, l’artiste surnommé «M. Cuillère» a reçu une contravention de 149 $ des mains d’un policier, qui se basait sur un ancien règlement.

La Ville a effectivement confirmé hier que celui-ci s’appuyait sur un ancien règlement et que l’homme avait fait trop de bruit et n’utilisait pas un appareil électronique validé par l’arrondissement.

Mais même si «M. Cuillère» a plaidé non coupable et a refusé de payer l’amende, il doit tout de même se plier aux nouvelles mesures adoptées par l’arrondissement Ville-Marie en février.

Contraintes

Les nouveaux règlements stipulent que le bruit fait par les musiciens ne doit pas être entendu à plus de 25 mètres.

Les musiciens ambulants sont aussi forcés de se déplacer de 60 mètres toutes les 60 minutes s’ils veulent continuer de jouer.

Pour éviter les ennuis, Cyrille Estève a pris son mètre pour mesurer lui-même la distance de 25 mètres, lorsque Le Journal l’a rencontré hier.

Mais il refuse de changer d’endroit.

«Ranger et déballer mes affaires me prendrait trop de temps, dit «M. Cuillère». Je vais faire une pause d’une heure, chaque heure. Ça va baisser mes revenus, mais je n’ai pas le choix.»

Après avoir perdu son emploi de technicien électronique il y a environ vingt ans, Cyrille Estève raconte avoir passé six mois à quêter dans les rues du centre-ville.

«Je suis libre, estime-t-il. Je n’ai besoin de la permission de personne pour m’arrêter, je n’ai pas de patron, pas d’employé.»

Il veut continuer

Il y a une quinzaine d’années, les musiciens n’avaient pas le droit de jouer des percussions et les cuillères dans les rues de Montréal. Mais «M. Cuillère» s’est battu avec la Ville pour les autoriser.

«J’aime ce que je fais! lance-t-il. Après tout, qui va engager un vieil homme de 64 ans qui joue de la cuillère depuis 19 ans? Tant que je peux continuer, je le fais.»

«M. Cuillère», qui habite un logement social près du métro Lionel-Groulx, espère tout de même de la tolérance de la part des autorités.

«Je suis dans mon pays, je fais la musique traditionnelle de mon pays. La cuillère au Québec c’est comme la cornemuse en Écosse. Je ne pensais pas faire ce métier toutes ces années et je ne fais pas fortune. Mais je prends du plaisir.»

Le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas été en mesure de réagir hier.

Les revenus de «M. Cuillère»

  • Il vend en moyenne 40 cuillères par mois
  • Environ 30 modèles différents sont disponibles
  • Les prix varient de 15 à 50 $
  • Ses revenus sont estimés à 900 $ par mois
  • Il indique toucher en moyenne 6 $ de l’heure l’été en 60 heures de travail par semaine et 15 à 20 $ durant le temps des Fêtes