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Le cercle des vrais lecteurs : entretien avec Alex La Salle, intellectuel catholique

Le cercle des vrais lecteurs : entretien avec Alex La Salle, intellectuel catholique

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Les lecteurs de ce blogue connaissent cette série consacrée à ceux que j'appelle les vrais lecteurs : ceux pour qui la lecture est une activité vitale, et qui vivent en communion avec les oeuvres. Aujourd'hui, c'est Alex La Salle qui nous parle de son rapport à la lecture.

Dans un Québec déchristianisé, qui a renié la religion de ses pères et qui ne sait plus quoi faire de son héritage catholique, Alex La Salle est une créature à part : c’est un intellectuel catholique. Plus encore : il ne dissimule pas sa foi mais l’assume pleinement, en l’approfondissant intellectuellement. Chez lui, la raison féconde la foi, qui féconde la raison. Collaborateur régulier à l’excellent magazine Le Verbe, qui cherche à redonner à la pensée catholique une place dans la cité, il y révèle une plume splendide. Ceux qui liront cet entretien avec lui en conviendront : nous sommes devant un écrivain véritable, qui touche aux questions les plus fondamentales, mais qui ne manque ni d’humour, ni d’esprit. Je l’ai donc invité, dans cette série consacrée aux vrais lecteurs, à nous parler de son rapport aux livres – il en a profité, et je l’en remercie, pour nous parler aussi de son rapport au Livre. Je me permets de lui souhaiter une chose toute simple : qu’il trouve le temps de se consacrer à l'oeuvre qu'il porte en lui. Qu’on partage ou non sa foi, on saura en apprécier la profondeur et l’intelligence.

 

***

 

 

Il y a des gens qui lisent tout le temps, à tout moment et en tous lieux. Il y en d’autres qui ont un rituel de lecture particulier. Quel genre de lecteur êtes-vous ? Avez-vous un rituel de lecture ?

Quand je sors de chez moi, j’emporte toujours un livre. Je suis donc susceptible de lire partout, à n’importe quel moment favorable. L’essentiel est que règne un calme relatif autour de moi. Alors, comme un petit moinillon méditatif, je m’absorbe dans ma lecture. Ma seule crainte est que des noceurs éméchés ou que des terroristes amateurs passent par là, une Smirnoff ou une Kalachnikov à la main, et qu’ils dissipent, par leur joyeux raffut ou leur révolte, le halo de silence nécessaire à mon pieux recueillement.

Je fuis, en effet, avec une horreur égale, les débauches de bruit de l’homo festivus et la fureur tapageuse de nos chers djihadistes. Ces deux types humains, que tout oppose en apparence (goût du fusionnel et de la transgression d’une part, obsession de la limite et des interdits de l’autre), communient en fait à la même indigence sacrée et sont tous les deux étrangers – sinon foncièrement hostiles – au monde des livres, des vrais livres : ceux qui contribuent à l’édification de l’homme. Quelle pitié!

Que tant d’enfants humiliés choisissent aujourd’hui de s’éclater avec du festif ou des explosifs est toutefois un problème d’ordre secondaire. L’enjeu premier est de savoir si nous viendrons un jour à bout d’un monde qui produit, par troupeaux entiers, des êtres d’une tragique inconsistance, fêlés, aliénés et comme éviscérés par la culture du monde moderne, cette odieuse et exécrable « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure » (Bernanos), qui mine la raison et le cœur. 

Je n’ai pas de rituel de lecture particulier. J’aimerais toutefois faire plus souvent la lecture à voix haute à ma douce. Comme ce samedi où j’ai savouré avec elle quelques pages de Georges Orwell ou l’horreur de la politique, du regretté Simon Leys. En lisant l’ouvrage, je suis tombé sur cette remarque exquise, proprement prophétique, où l’auteur du Quai Wigan décrit avec mordant la faune hétéroclite, lunatique et funambulesque qui gravite toujours, d’une manière ou d’une autre, autour des partis de gauche et d’extrême-gauche :

« ...il [Orwell] n’épargna jamais ses sarcasmes à une certaine mystique socialiste qui, disait-il, avait le don d’ "attirer par une attraction magnétique tous les buveurs-de-jus-de-fruit, les nudistes, les illuminés en sandales, les pervers sexuels, les Quakers, les charlatans homéopathes, les pacifistes et les féministes d’Angleterre". » (Le Quai de Wigan).

Le ton est peu amène, certes, mais comment démentir ce que dit Orwell?  Comment ne pas voir là un propos toujours actuel, même s’il a été écrit plus d’un quart de siècle avant la révolution sexuelle et le mouvement hippie – et plus d’un demi-siècle avant la vogue de l’alimentation bio et de l’écologie pénitentielle, qui ont leur raison d’être, bien sûr, mais qui réunissent aussi leurs cortèges de fanatiques et d’idolâtres, capables d’entrer en transe devant une barquette de luzerne fraîche ou de danser comme des chamans autour d’un composteur malodorant.  

 

D’où vous vient la passion de la lecture? Y a-t-il un livre qui a éveillé chez vous une vocation de lecteur ? Et parlez-moi d’un ou deux livres importants dans votre vie, qui ont marqué un tournant dans votre existence. Est-ce qu’un livre a déjà changé votre vie? Lequel et pourquoi?

Ma vocation de lecteur est née avec Jean-Jacques Rousseau et son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, au collégial. Ce livre plein d’éloquence rassemble moins des vérités incontestables que les rêveries d’un promeneur solitaire déambulant dans les méandres d’une Histoire imaginaire du genre humain (voir le tableau de l’état de nature, parfaitement fantasmé). Il m’a cependant fait faire une expérience de lucidité décisive, et m’a donné le goût de la philosophie.   

À l’Université, j’ai rapidement fait grief aux cours de philosophie qu’on nous enseignait d’être trop purement académiques, trop désengagés de tous les combats, trop platement érudits. Nos savants professeurs étaient souvent des personnages compassés, manquant de hardiesse, et trop occupés à parer toute accusation de cuistrerie pour se soucier d’avoir de la verve ou du panache. Seul Michel Seymour, qui nous enseignait que « la vérité est partisane », atténuait ce platonique dédain de la vie et ce climat de frilosité intellectuelle, aux antipodes de mon tempérament juvénile.

Dans son Histoire du romantisme, Théophile Gautier écrit ceci : « Pour nous, le monde se divisait en flamboyants et en grisâtres, les uns objet de notre amour, les autres de notre aversion. Nous voulions la vie, la lumière, le mouvement, l’audace de pensée et d’exécution. » Cela résume bien l’état d’esprit dans lequel j’étais à l’époque, et pourquoi, malgré la bienveillance relative de mes professeurs, je trimbalais mon amertume, mon dégoût, dans cette espèce d’exil universitaire, loin de toute passion franche et de toute grandeur.   

Un jour de désœuvrement et d’ennui, entre deux problèmes de gnoséologie stériles, je me suis inscrit à un cours sur André Malraux.  Je ne remercierai jamais assez Jean Larose de m’avoir initié à cette hauteur. La condition humaine, épopée sanglante, christique et tragique, a décidé de ma réorientation en littérature. À 23 ans j’ai donc tourné le dos au kantisme sophistiqué qu’on nous enseignait, en lui lançant à la figure, à la sienne comme à celles de toutes les autres formes de rationalisme satisfait dont on voulait faire notre pitance, cette phrase magnifique : « Qu'est-ce que tu veux que me fasse ta pensée, si tu ne peux pas penser mon drame? » (L’Espoir).

Dans l’entre-deux-guerres, Malraux a contribué plus que quiconque en France à l’essor du « roman métaphysique » (Mauriac). C’est justement ce questionnement existentiel, intimement lié à la trame de leurs œuvres, qui m’a rendu la lecture des Malraux, Sartre, Camus et Saint-Exupéry si nécessaire, si indispensable. Le sacré et le profane et Aspects du mythe, de Mircea Eliade, m’ont par la suite permis d’amorcer et de nourrir une réflexion sur la religion, que motivait une quête personnelle de sens (et pourquoi pas de transcendance).   

Bientôt, La mort de Virgile, du romancier autrichien Hermann Broch, et Journal d’un curé de campagne, de l’écrivain français Georges Bernanos, m’ont aiguillé vers le catholicisme et le Dieu de nos pères. « Le catholicisme n’est pas une règle imposée du dehors : c’est la règle de la vie, c’est la vie même », nous dit Bernanos. J’ai découvert et accueilli cette vérité à l’âge de 24 ans, en lisant quelques lignes de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, au couvent des Dominicains, où je m’étais fait un ami.    

Finalement, c’est à L’expérience de Dieu avec Thérèse d’Avila, une anthologie préparée et présentée par Thérèse Nadeau-Lacour (une de nos meilleures théologiennes), que je dois ma découverte émue, des années plus tard, de la théologie spirituelle. Cette initiation à la sainte réformatrice du Carmel a achevé de me convaincre que « la vraie vie [...], la seule vie pleinement vécue », ce n’est pas « la littérature », comme le pensait Proust, mais bien « la vie dans l’Esprit », comme le pense Benoît XVI, architecte du catéchisme.   

En détournant la célèbre phrase de la Recherche, je ne veux pas donner l’impression d’opposer l’amour des lettres et le désir de Dieu.  Comme l’a rappelé le pape émérite lors de sa visite au Collège des Bernardins, en 2008, les deux vont de pair (en régime chrétien du moins). Et si l’axe de toute vie est le « Je veux voir Dieu » thérésien, les lettres n’en ont pas moins leur place dans le plan divin. Une des premières choses qu’il incombe à l’homme de faire au jardin d’Éden est de nommer l’une après l’autre les créatures. C’est là, symboliquement, que commence l’histoire de la littérature.     

 

Y a-t-il un livre vers lequel vous revenez tout le temps ?

Les Pensées de Pascal, vertigineux sommet de l’intelligence humaine, que je redécouvre chaque fois avec le même émerveillement, comme s’il s’agissait d’une première lecture.    Ce livre d’une éternelle fraîcheur, éminemment moderne par sa facture, est un condensé de notre condition, recelant des vérités éternelles.  Tout y est.  La croix de l’ennui, la fuite dans le divertissement, la misère de l’homme sans Dieu, l’apologie de la religion chrétienne, etc. 

En ces temps de démesure, où l’homme rêve à son élargissement, au franchissement de toutes les barrières éthiques, génériques et biologiques en vue d’une parodique ascension au-dessus de sa condition, Pascal est là pour nous aider à retrouver le sens des proportions, le goût des limites. Depuis son lointain xvie siècle, il nous rappelle entre autres ceci : «L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »  

Les Pensées ne sont dépassées, à mes yeux, que par les Confessions de saint Augustin, classique dense et sublime, auquel j’accorde, sans hésiter, le titre d’Everest de la littérature. Si l’on veut se convaincre que le christianisme est d’abord une affaire de désir, qu’il est d’abord une brûlure d’amour avant d’être quoique ce soit d’autre, il suffit d’entendre Augustin nous dire comment son cœur était sans repos avant qu’il ne repose en Dieu. Ce qui fait la force des Confessions, c’est qu’elles sont une prière.

 

Certains livres correspondent-ils à certaines périodes de votre vie?

Depuis mon séjour à Rome, en 2005-2006, j’ai surtout lu des œuvres marquées au sceau de la foi : romans, essais, recueils et journaux de Léon Bloy ou de Paul Claudel, de Charles Péguy ou de Georges Bernanos, de Julien Green ou d’André Frossard.  J’ai lu aussi certains ouvrages de philosophie ou d’histoire (Maritain, Marrou ou Rémond) et une pléthore de documents magistériaux (catéchismes, encycliques, exhortations) traitant de la vie et de la mission de l’Église.   

Reconnaître en toute chose la primauté du spirituel ne dispense pas d’étudier le monde comme il va – ou comme il allait jadis. Pour cette raison, j’ai lu, depuis Rome, des livres comme les Mémoires de guerre du général de Gaulle, qui ont laissé sur moi une forte impression; comme Le terrorisme intellectuel, de Jean Sévillia, qui dit bien les limites de la liberté d’expression dans le milieu des plumitifs et autres matraqueurs d’opinions; comme Vivre dans la vérité, du dissident chinois Liu Xiaobo, cette lueur à l’Est.    

 

Est-ce que vous accordez une importance particulière au fait de lire un livre papier, ou vous êtes-vous convertis à la liseuse électronique?

Pour moi, La liseuse est un tableau de Fragonard, rien de plus. 

 

On dit souvent que la multiplication des écrans et l’emprise des médias sociaux sur nos vies réduit considérablement notre capacité de concentration, notre capacité de lecture. Est-ce votre cas? Avez-vous dû reconquérir votre capacité de concentration?

 

La consultation d’Internet est inévitable et elle nuit souvent à la vie de l’esprit. L’avalanche quotidienne d’informations nous distrait constamment et le risque de dispersion intellectuelle est multiplié par environ cent millions à chaque fois qu’on ouvre l’ordinateur. Les problèmes de dépendance et de déréalisation sont fréquents. Si la situation s’aggrave, on parlera peut-être un jour des internés d’Internet.

Il faut se prémunir contre ce nouveau mal, ne pas céder à la curiositas et s’ancrer dans la studiositas. Mais la liberté de l’esprit ne peut se conquérir que par la volonté et la discipline, constamment purifiées et fortifiées par la grâce. Autrement, on se fait emporter par le tourbillon de l’information et le tsoin-tsoin du divertissement. On s’abaisse au niveau du chien de Pavlov, qui réagissait servilement, par conditionnement, à tous les stimuli qu’on lui proposait.    

Y a-t-il un auteur dont vous avez traversé l’œuvre entière? Ou y en a-t-il un dont vous attendez chaque fois le nouveau livre, avec une forme d’enthousiasme presque adolescent?

Le seul auteur dont j’ai lu les œuvres complètes – je parle seulement de ses œuvres écrites, car il en a beaucoup d’autres – est Dieu.  D’environ 1000 avant J.-C. jusqu’à 100 après J.-C., il nous a offert une succession de chefs-d’œuvre réunis en un vaste ensemble, comparable à la Recherche de Proust, et qu’on pourrait intituler À la recherche du paradis perdu, bien qu’on le connaisse sous un titre plus sobre : la Bible. 

Cette fresque monumentale en 72 tomes est une sorte d’autobiographie improbable, où Dieu avoue sa passion dévorante pour une créature qui, en définitive, ne le mérite pas, l’homme, mais pour laquelle il ne cesse de se dépenser et qui le fait passer par les affres de la jalousie autant que par les délices et les souffrances crucifiantes d’une union charnelle de laquelle naît, au bout du compte, une humanité nouvelle. 

Là, je viens de vous dévoiler l’intrigue, mais je vous le dis, ça vaut la peine d’être lu quand même, pour le style. Car l’auteur manie le Verbe avec maestria, et il a du souffle.       

Y a-t-il un ouvrage qu’on vous ait offert et qui vous a marqué particulièrement ? Est-ce que les gens qui vous offrent des livres visent normalement juste, ou vos préférences sont-elles finalement plus discrètes qu’on ne le croit?

En 2001, peu de temps après ma conversion, Raymond Beaugrand-Champagne, l’ancien réalisateur de l’émission Rencontre (ce monument oublié de notre histoire télévisuelle), m’a offert les documents conciliaires de Vatican II et m’a invité à lire la constitution pastorale Gaudium et Spes, sur l'Église dans le monde de ce temps.  On y trouve cette réflexion : 

« C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. Et c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort. »

Les mots « irréductible à la seule matière » me sont toujours restés en mémoire. Ils définissent parfaitement l’être humain. 

 

Y a-t-il des livres que vous lisez à l’abri du regard public, dont vous n’avouez pas avoir le goût?

Je devrais peut-être me cacher pour lire Veritatis splendor (1993), de Jean-Paul II, qui défend l’idée que la vérité morale engage moralement, autrement dit qu’elle appelle, requiert et réclame l’adhésion de la volonté, de manière à orienter l’action dans le sens du bien, sous peine de « rater la cible » de la béatitude si on en fait fi.  Mais me cacher de la sorte et contribuer ainsi à l’oblitération du christianisme ne compromettrait-il pas l’idéal de diversité culturelle auquel nous nous devons tous?

 

Est-ce que lire vous donne envie d’écrire ?

Oui. Plus un discours pollue l’atmosphère avec toutes ses faussetés, plus il trahit la suffisance et l’ignorance de son auteur, plus il charrie des lieux communs d’une platitude abyssale, plus ils conforte les masses dans le mépris facile et imbécile de la religion, plus j’ai envie d’écrire pour réparer le tort fait à une humanité fourbue, exsangue ou sinistrée, qui a le droit de savoir que Dieu existe et que la vie n’est pas un drame vécu en vain, malgré toutes les galères et misères qui nous fatiguent et nous défigurent, malgré tous les fardeaux qui nous font peiner et rouler jusqu’au bord du tombeau. 

Qu’on me comprenne bien. J’ai mes idées sur l’existence de Dieu ou la sainteté de l’Église (ce sont d’ailleurs plus que des idées – cela relève de l’expérience intérieure), mais je ne crois pas pour autant que tout se résume à une opposition philosophique entre athéisme et religions. C’est souvent beaucoup plus la paresse et l’effort intellectuel, le conformisme et la marginalité courageuse, le dogmatisme et l’humilité devant le mystère, ou encore l’arrivisme et la pauvreté dignement assumée qui entretiennent des clivages entre les hommes.                    

Lorsqu’on vous prête un livre, le rendez vous?

Depuis des années, oui. Mais, au début de ma carrière de lecteur, pas toujours. Quelques livres dorment dans mes cartons, qui appartiennent à d’anciennes connaissances perdues de vue depuis des lustres. J’espère que, au Jugement dernier, les livres que j’ai prêtés et qui ne me sont jamais revenus compenseront pour ceux que je ne devrais plus avoir et qui m’accusent.   

Y a-t-il un livre que vous rêvez de lire mais que vous n’avez jamais été capable de lire?

La divine comédie, de Dante Alighieri. À quarante ans, je suis « au milieu du chemin de [ma] vie ». Il serait peut-être temps de méditer sur l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis

 

Que lisez-vous en ce moment?

Je lis Éloge de l’action politique, du dominicain Thierry-Dominique Humbrecht. C’est un essai dans lequel on trouve quelques vérités bonnes à dire, comme celle-ci :

« Le problème de l’Occident n’est pas d’abord le renforcement numérique et communautariste de l’Islam, mais la perte d’identité des chrétiens. La force des uns se nourrit de la faiblesse des autres. »

Ou celle-ci :

« Le laïcisme [...] ne veut pas avouer qu’il est plus antireligieux que neutre; qu’en imposant le silence public aux religions il les mutile, favorisant ainsi leur ressentiment; qu’il n’est pas compétent pour répondre aux questions profondes de l’homme. »

Ou encore celle-là :

« En clair, une société athée mutile l’homme. L’athéisme d’État et culturel laisse inoccupé un espace public, lequel risque de se remplir de transcendances de remplacement, entre sectes, drogues et violences de toutes sortes. »

Pour mon travail, je lis aussi Divine Renovation, du Père James Mallon. C’est un ouvrage qui nous apprend comment transformer une vie de paroisse mortelle d’ennui en camp d’entraînement pour apôtres. Les nouvelles générations de catholiques savent que, lorsqu’elles quittent le stationnement de l’église, le dimanche, elles entrent en territoire de mission. Il s’agit de les préparer à cette aventure, et l’ouvrage du Père Mallon y contribue brillamment.

Enfin, je lis la sibylline Apocalypse de Jean et ses commentateurs modernes et anciens, dont Victorin de Poetovio, évêque pannonien du iiie siècle. Véritable feu d’artifice théologique, point d’orgue de la Révélation et sorte d’apothéose littéraire au symbolisme psychédélique, l’Apocalypse est une magnifique méditation sur le mystère de Jésus, Agneau immolé, qui, par son exemple, nous enseigne à être heureux sous la torture des dictatures totalitaires.  Avis aux intéressés.